25e Paracha - Tsav : Ordonne, d'urgence
Vayiqra (Le Lévitique) 6, 1 - 8,
35
Urgent : comment se rapprocher
En rapprochant chacune des dynamiques de notre
être
vers le niveau de Hachém,
c'est le sens du sacrifice: rapprochement,
montée.
Plan
Thèmes et mitsvotes de la paracha
La paracha aborde les tâches liées aux sacrifices
dans le sanctuaire
Etude du sens des sacrifices
Précaution de méthode
La signification du sacrifice
Les différents types de sacrifices
Le rapprochement et l'intention
L'enjeu de développement personnel et collectif
Souhaitons
Aujourd'hui
La prière
Etude de la ôla
Un classification simple des sacrifices de ôla,
pour y voir clair
Ce sacrifice de ôla comporte ces phases.
Exercices.
2e niveau : le sens de tsav.
Tout l'hébreu de la mitsva
Le rémez sur tsav
|
téâmim séfaradiim
:
Entendre la
paracha Tsav (Alliance)
|
Un préalable: Pourquoi on a besoin aujourd'hui
de parler des sacrifices?
L'homme moderne adore les idéologies, les grands principes
et les voir écrits dans la presse ou affirmés
dans les débats télévisés. Mais
notre monde, a contrario, est le plus sauvage, destructeur envers
le prochain concret : on le sacrifie sans vergogne. La Torah
nous enseigne l'art nécessaire du "rapprochement", c'est
le sens du mot qorbane, mal traduit par "sacrifice" (mot
latin sacri-ficium, faire du sacré).
L'an dernier, cette paracha était lue et
étudiée en des jours où, comme depuis des
années, les nations accusent mensongèrement Israël
de forfaits, de tuer des innocents sans jugement (vieux truc
antisémite), de sacrifier l'existence et le territoire
d'autrui. Pourtant, il s'agit de son propre territoire, c'est
Israël qui est attaquée et se défend, et
elle n'applique aucune de ces règles immorales qu'on
lui reproche.Cela, de même qu'on tuait les Juifs avant
soi-disant au nom de leur Torah, pour leur reprocher de l'avoir.
L'absurdité des antisémites n'a aucune pudeur.
Le plus cynique est que les accusateurs, eux, exterminent à
des milliers de kilomètres des populations civiles sans
vergogne pour atteindre leur but, et y refusent toute présence
d'observateurs. Et, en notre génération, ils ont
exercé des massacres nombreux sur des populations qu'ils
colonisaient sur des territoires externes au leur.
La pression sur Israël est immense, portée par des
coalitions hétéroclites sur le plan culturel ou
politique, au point que cela ne relève plus du rationnel.
La Choa n'a rien appris à ces peuples qui se disent civilisés
et sont des barbares infames dans des bas de soie, comme disait
Napoléon de son ministre. 6000000 de victimes auxquelles
certains de ces peuples ont collaboré n'entraînent
chez eux aucun scrupule ni culpabilité. Et des siècles
de bûchers de Juifs ne leur suscitent aucun remords ni
scrupules.
Et ces peuples trouvent même en Israël quelques collaborateurs
empressés (politiciens, dits intellectuels, groupes dits
pacifistes) qui parcourent les capitales pour faciliter la destruction
d'Israël en promouvant la politique de ses adversaires.
Et les chefs politiques eux-mêmes ne manifestent pas de
force morale suffisante pour résister aux pressions qui
veulent les faire capituler.
Cette année, les nations se réjouissent des résultats
des élections israéliennes qu'ils interprètent
faussement comme la fin du rêve israélien sur la
terre d'Israël. Le journal Le Monde fait son éditorial
de ce titre; "Fin du Grand Israël", titre relié
aux fantasmes antisémites classiques qui attribuent à
ce qui est le territoire de Judée (nom des Juifs) et
Samarie et donc Israël des imaginations de conquête
de toute la région depuis la Méditerranée
jusqu'à l'Euphrate, comme les sites et médias
arabes sont remplis de ces fantasmes. Et cette fin leur semble
assurée puisque ce seraient pour la première fois
un Juif soi-même (Olmert) qui annule ce rêve. Et
ils mettent ce
scénario en éditorial (lien ici). Et un
autre article du même journal dans un ton méprisant
déclare: "à la morgue des colons a succédé
la dépression... ils s'y accrochent encore mais cette
terre semble leur échapper ". C'est le Juif et Israël
qui sont déniés. Important de détecter
la continuité des attitudes, et de rester soi-même
sans courir après les appréciations auxquelles
il faudrait aboutir par concessions.
Alors, les angoisses montent, les souvenirs
macabres se ravivent avec l'inquiétude que cette fois
encore il n'y aurait pas d'arrêt de la machine de mort.
Quelle prière adresser en ce cas ? Y aura-t'il un espoir
de réponse ?
Certains se tournent alors vers les magiciens qui liraient
dans leur boule de cristal la date de la délivrance prochaine.
Ils fleurissent comme les bourgeons au printemps ces jongleurs
de guématrias fantaisistes. La paracha Tsav arrive à
temps pour nous dire que la solution ne tient que dans notre
rapprochement réel et sincère à la Torah
et à sa morale qui nous relient au D.ieu de la bénédiction
vitale. Le mot Tsav signifie qu'il faut le dire d'urgence
au peuple, pour qu'il agisse avec empressement en se rapprochant
vers D.ieu dans la pureté de ses actes ; nous allons
développer ce commentaire. Les lettres finales des mots
qui commencent la paracha (Moché llémor tsav
éte) forment le mot Torah pour nous indiquer que
c'est cela la Torah de vie.
La seconde condition que nous indique la paracha,
c'est d'agir en utilisant les moyens précisés
dans la Torah et non pas d'autres artifices. En effet, le
second verset (Vayiqra 6,2) dit : "c'est la ôla
qui se consomme sur le brasier toute la nuit jusqu'au matin".
Nous remarquons une lettre plus petite que les autres. Après
l'étude de la paracha Vayiqra, nous savons qu'il faut
donc faire particulèrement attention à cet enseignement.
Il répond à notre situation. Nous sommes dans
un brasier, brûlés intérieurement en toutes
nos fibres par les drames que nous vivons, et cette nuit va
durer jusqu'à quel matin ?
Alors, c'est là que les faux prophètes
surgissent au lieu de nous enseigner la seule Torah et sa
seule morale qui peuvent renverser le courant. Ecrivons ce qu'en
dit le commentaire de Elie Munk dans son excellent livre La
Voix de la Torah : "ces sacrifices, poursuit Hayim Ben Attar
dans Or ha 'hayim, se succèderont jusqu'à
l'aube de l'ère messianique. Il se livre, à cette
occasion, à un calcul du terme de notre exil et de l'avènement
du Royaume de Dieu, qui se situeraient dans la seconde moitié
du sixième millénaire (nous sommes en 5762). Ce
calcul ne va pas au-delà de ce que le Talmud précise
également de son côté au Traité Avoda
Zara 9a. En conséquence, il ne peut pas être question
de classer Ban Attar parmi ceux qui se livrent à des
calculs fantaisistes sur la venue du Messie et qui sont frappés
d'un interdit de nos Sages (voir le Traité Sanhédrine
97a). Rabbi Yehouda hé 'Hassid les a condamnés
avec une violence particulière en ces termes (Séfer
ha 'hassidim 262) : "si vous voyez quelqu'un qui fait des
prophéties sur le Messie, vous saurez qu'il est tombé
dans la sorcellerie et a des relations avec les démons;
ou bien il fait partie de ceux qui cherchent à conjurer
en se servant des noms de D.ieu. Quand il conjure les anges
ou les esprits, ceux-ci parlent du Messie afin de l'induire
à révéler ses spéculations. Et,
à la fin, il est confondu parce qu'il a évoqué
les anges et les démons, et qu'à la place lui
est arrivé malheur. Les démons viennent et enseignent
leurs calculs et leurs mystères apocalyptiques de manière
à le confondre, lui et ceux qui croient en lui, car personne
ne connaît quoi que ce soit sur la venue du Messie"(fin
de citation).
A la folie des hommes, il ne faut pas ajouter la folie des faux
prophètes qui enflamment ceux qui manquent du moindre
équilibre.
Etudions simplement la paracha et mettons en pratique la parole
de Celui qui est le maître du monde et de Sa Création.
Les Pharaons du moment n'auront alors aucun pouvoir si nous
vivons de la Torah. Et si nous allons la vivre sur Sa terre
où Sa Torah nous dit de nous y rapprocher de Lui.
D'autant que nous demandons cela plusieurs fois par jour dans
les trois prières aussi bien que dans chaque birkate
ha mazone, la bénédiction après le
repas. Cette simple logique assurerait le salut de tout Israël.
Commençons donc l'étude de ce texte important.
Thèmes et mitsvotes de la paracha
La paracha aborde les tâches liées aux sacrifices
dans le sanctuaire
Ellle comporte les mitsvotes 132 à 149 qui concernent
globalement les prescriptions sur les cendres et la lumière
de l’autel, la continuité de la combustion du bûcher,
les parts non consumées que les prêtres mangeront,
les composants de l’encens, l’offrande quotidienne, l’interdiction
de manger des offrandes concernées par les fautes, certaines
graisses et le sang.
La paracha présente ces thèmes
selon cette succession :
- tsav, "ordonne".
- le sacrifice de la ôla (qui veut dire simplement
"montée", alors que la traduction habituelle "holo-causte"
veut dire en grec "brûlé tout entier"). Mettre
l'accent sur ceci ou cela est significatif.
- le sacrifice de min'ha, l'offrande ou l'oblation.
- le sacrifice que le Cohen doit apporter lors de sa
nomination à la fonction.
- le sacrifice de 'hatate, ou expiation.
- le sacrifice de acham, ou culpabilité, traduit
parfois "délictif".
- détail de la procédure de réalisation
de la ôla.
- le sacrifice de reconnaissance ou zéva'h hachélamim,
avec sa procédure de réalisation.
- l'interdiction de manger le 'hélév, sorte
de graisse, et le sang.
- la procédure que doit suivre celui qui apporte un sacrifice.
- le cérémonial de mise en fonction d'Aharone
et de ses fils, les Cohanim.
- le fait que Aharone et ses fils firent exactement tout ce
qui leur avait été ordonné.
Etude du sens des sacrifices
Précaution de méthode
Le thème des sacrifices est un exemple typique des erreurs
que nous pouvons faire dans l'étude si nous n'étudions
pas avec les maîtres de la tradition. En effet, il est
aisé -sans rien savoir des sacrifices- de projeter des
idées préconçues face à ce qui pourrait
sembler des rites archaïques. Cela, partant d'une bonne
intention, ne ferait que traduire notre ignorance et notre légèreté
de jugement.
L'étude de la Torah exige de nous une réflexion
mais basée sur une réception de ce que la tradition
enseigne et donne, comme cela a été donné
au Sinaï.
La signification
du sacrifice
Relions le commentaire à celui de la section suivante
car toutes les parachiotes du Vayiqra ne constituent qu’un seul
sujet, celui des Cohanim, les prêtres (et également
les Léviim). Cela veut dire que les sacrifices
sont à comprendre dans l'axe de l'amélioration
du peuple et du monde, rôle qu'ont les prêtres et
le peuple juif qui est Cohen pour les nations.
Pour ce motif tout ce livre est qualifié de la même
expression : "Torate Cohanim", Torah des
Cohanim, enseignement concernant les prêtres.
Si nous plaçons le sens de chaque pratique décrite
dans cet ensemble où les Cohanim,prêtres,
jouent un rôle dans le peuple et dans toute la Création,
alors notre compréhension s’éclairera, puis notre
coeur se posera de multiples questions.
Nous allons étudier quelques explications
données par la tradition et résumées
par le Chla
sur ces sacrifices :
1. Maïmonide
(R. Moché ben Maïmone, 1135-1204) souligne le fait
que les différents peuples offrent des sacrifices et
il attribue la pratique à la lutte contre l'idôlatrie.
Et, celle-ci ayant disparu, ils n'auraient plus de fonction.
Cette position, isolée dans le judaïsme, a reçu
l'opposition unanime des tossafistes et de la majorité
des commentateurs. Nous verrons que de nombreuses autres fonctions
des sacrifices sont à prendre en considération
de façon obligatoire comme le signifie le mot hébraïque
qorbane.
2. le Rambane
(R. Moché ben Na'hmane, 1194-1270), dans son commentaire
sur Vayiqra 1, 9, s'oppose à la conception précédente
et ne trouve pas cette explication suffisante :
3. Il insiste sur la prise en charge et la correction
de nos fautes par tel ou tel type de sacrifices car ils concernent
trois dimensions : la pensée, la parole et l'action.
4. Il insiste aussi sur le rôle préventif
du sacrifice car tout le peuple n'a pas commis les fautes dont
il s'agit.
5. L'animal sacrifié serait aussi un substitut
(témoura) et représentant ('halfine)
de l'homme pécheur.
6. Cet acte permettrait la prise de conscience
éducative, comme le lit Ribbi Ména'hem Récanati
(fin du 13e siècle, important commentateur cabaliste)
en Vayiqra 2, 1 : vénéféche ki taqriv
korbane, "quand une personne se sacrifie comme offrande".
Par ce substitut, la volonté "inférieure" de l'homme
se hausse au niveau de la volonté plus élevée,
celle de D.ieu.
7. Le sacrifice est appelé min'ha (oblation)
parce qu'il constitue une ana'ha (jeu de mots sur les
lettres du mot par permutation): c'est-à-dire une remise
ou réduction de la peine.
8. L'animal désigné a une particularité
spécifique qui joue un rôle précis pour
tel type de sacrifice et, donc, il ne peut pas être remplacé
par un autre, de même que le peuple juif ne peut être
remplacé par un autre, de même que seul le Nom
de quatre lettres est utilisé dans tout ce passage et
non pas les autres noms de Dieu, pour bien marquer qu'il y a
une dynamique particulière, comme l'indiquent R. Chimeône
ben Azzai et le Rambane.
9. Le saint Zohar montre que les sacrifices accomplissent
une unification et une complétude du Nom de D.ieu et
le sacrifice devient alors une odeur agréable, réà'h
nihoa'h.
10. Ribbi Ména'hem Récanati développe
aussi le fait que les sacrifices peuvent être mis en parallèle
avec les animaux de la vision d'Ezéchiel. Cela veut nous
dire que ce que nous faisons ici-bas doit toujours être
compris comme une réplique des dynamiques élevées
et c'est pour cela que toute action doit être accompagnée
de prière (Traité Bérakhote, page
14).
11. Les sacrifices comportent aussi les quatre
éléments de la nature pour l'assumer totalement
dans le processus d'élévation.
12. Des significations différentes viennent
aussi du fait que certains sacrifices sont consommés
par l'autel, d'autres par le Cohen, d'autres par le propriétaire
de l'animal ; le fait que l'animal doit être mâle
ou femelle entraîne également des significations
particulières. (Demander à votre rabbin dans quel
livre étudier ces commentaires).
Ainsi, des sacrifices concernent ainsi les fautes involontaires
('hét) ou les fautes qui auraient relevé
de la coupure totale de la communauté (karéte)
au contraire des sacrifices de acham.
13. L'intentionnalité de la faute est un
point très sensible dans le choix du sacrifice. Pour
cela, l'intention et la conscience de l'acte chez l'offrant
et le prêtre sont indispensables. C'est un acte d'un haut
niveau d'intériorité et non un acte brut.
14. Dans le livre le Kouzari, Ribbi Yéhouda
Halévi (1075-1141) essaye de démontrer
à des philosophes non-juifs comment le sacrifice dont
le nom signifie "rapprochement", peut exercer cette fonction
de rapprochement avec le Créateur. De même que
le corps a besoin de nourriture, ainsi l'âme a besoin
du corps pour se renforcer ou pour renforcer son union au corps
et l'élever au niveau le plus élevé qu'est
la néchama, l'âme.

(Lettre autographe de R. Yéhouda Hallévi, en arabe).
de la Guéniza du Caire.
15. Maintenant que le Temple n'existe pas, c'est
la table qui remplace l'autel et, lors de la prière,
c'est l'action de nos lèvres et notre intention ; car
la prière est appelée âvoda, travail
laborieux, travail du serviteur.
16. Des niveaux plus complexes dans l'étude
montrent que certains sacrifices sont aussi référés
plus spécialement aux personnages de Adam, Noé,
Avraham, Moché, Aharone, etc.
Le rapprochement et l'intention
Cela nous montre que l'importance du sacrifice et des prescriptions,
vient de trois caractéristiques : l'orientation, le
rapprochement et la destination de l'acte ; c'est le passage
de l'intériorité à l'extériorité,
c'est cela qu'indique le mot qorbane, rapprochement.
Il est très important de parvenir à ôter
de l'esprit le mot "sacrifice" lié dans le langage contemporain
aux sens de boucherie, écrasement, briser sa vie pour
une cause inutile et d'adopter simplement le mot qorbane,
qui se traduirait exactement par "rapprocheur".
En effet, au sens français de sacrifier,
"sacrifice" ne se dirait pas qorbane en hébreu
mais zéva'h.
Pour cela, la préposition hébraïque lé
qui signifie "vers" accompagne souvent le mot qorbane,
rapprochement (qorbane laChém "rapprochement vers
Hachém" ; le concept de "parfum d'agréable
odeur" (réà'h ni'hoa'h) traduit aussi cette
insistance de mouvement intérieur "vers" le destinataire.
Libre à celui qui, pour ne pas s'assumer dans toutes
ses tendances profondes et pour ne pas répondre à
la proposition d'élévation exigeante, joue d'un
artifice mental de "dénégation" qui consiste à
nier ce qui constitue vraiment le qorbane, rapprochement
:
- pour dire qu'il ne voit dans le sacrifice que boucherie, cruauté
et qui se bouche l'horizon de l'intention,
- pour veiller à éteindre le mouvement du cœur,
comme celui qui offrirait un cadeau ou un bouquet, et ne verrait
que le rite obligatoire et l'objet ; il sera bien en contradiction
avec lui-même car il parlerait, par ailleurs, du plaisir
de manger ensemble pour exprimer sa joie vraie et intérieure
envers un ami.
L'enjeu de développement personnel et
collectif
Ce qui compte c'est l'élan, le mouvement, la montée,
le rapprochement, le sens-direction; et l'élévation
jusqu'au parfum agréable qui imprègne celui qui
reçoit : ainsi, le Cantique des Cantiques se termine
par le mot "parfums" (bessamim).
Que ce mouvement commence dans la réalité la
plus animale et la plus brute pour être le lieu de cet
enjeu, permet ainsi d'assumer tous les niveaux de la réalité
sans concession.
Il s'ensuit, bien entendu, une conséquence
importante : le sacrifice est un prototype éducatif
du passage de notre matérialité, de nos biens
et de nos brutalités, à la qualité des
gestes dans l'intention du cœur et jusqu'à la rencontre
intime avec le destinataire ; c'est un don complet, et cela
doit s'exprimer dans toutes nos actions les plus quotidiennes.
La méticulosité avec laquelle la
Torah décrit toutes les sortes de sacrifices ou toutes
les sortes d'espèces permises ou non à la consommation,
en plus du sens réel de cela qui nous est fermé,
a pour but de nous inciter à prêter attention à
la moindre de nos actions car elle peut si rapidement se vider
de son sens, ou au contraire parvenir à rester reliée
à notre cœur et au cœur du destinataire.
Le qorbane, rapprochement, apporte aussi
un élément de réalité pour
ne pas "se raconter des histoires" dans la pratique religieuse,
car il est réaliste, réel, coûte très
cher et il est à fonds perdus. Nous pourrons alors ressentir,
comme dit le Talmud, que "D.ieu veut le coeur". En effet, rien
ne touche plus la majorité des hommes que leur argent.
Le Talmud dit que certains, même au seuil de leur mort,
ne pensent encore qu'à l'argent avant toute chose.
Ainsi, par le lien de tout notre être au
projet du Créateur et aux niveaux divins des bénédictions,
nos actions seront-elles davantage à l'image des dynamiques
optimales qui se déroulent dans le monde d'En-haut et
dont nous sommes participants par notre néchama qui
est totalement pure.
Souhaitons donc que Jérusalem soit
vite rebâtie et habitée comme foyer où la
Torah puisse se vivre ensemble, dans la connaissance, dans la
vie et dans ce qui s'ensuira, l'usage du lieu qui est le laboratoire
et l'instrument de ce fonctionnement : le
sanctuaire sur la montagne (har habbaïte, la
montagne
de Sa maison) vers lequel sont dirigées chaque jour
et depuis toujours toutes les prières de tous les Juifs
du monde entier. Pour le bonheur et la bénédiction
de tous les peuples et de la Création.
Tout le parcours de l'emprise de l'Egypte sur
les Hébreux jusqu'à la libération puis
la réception de la Torah, la promesse de l'étudier
et de la vivre à Jérusalem est ce parcours qui
sera dit au cours de la soirée du Pessa'h ; le sacrifice
évoqué devra ainsi assumer tout notre être
et toute notre histoire, et tous ensemble pour parvenir à
ne plus dire : "demain, demain, l'an prochain à Jérusalem"
comme pendant des siècles mais "bientôt à
Jérusalem". Amen kén yéhi ratsone.
Aujourd'hui, hélas, le Temple est
détruit, cette fonction essentielle du rapprochement
enseigné dans la Torah et dans la fonction du peuple
juif ne peut pas se réaliser ; les espaces sacrés
de rassemblement du peuple et les espaces réservés
aux Cohanim sont
occupés. Nous les avions reçus miraculeusement
lors de la victoire d'une guerre imposée par des ennemis,
le droit international nous permettait alors de les garder.
Il s'est fait que nos responsables des valeureux combattants
et les dirigeants n'étaient pas instruits de l'importance
de ces lieux et, à la surprise des ennemis, nous leur
avons remis les clefs et l'occupation de ces lieux dont nous
ne savions que faire. Cela exprime simplement l'état
de notre peuple, et surtout de ses politiciens, dans sa rentrée
progressive dans tout l'héritage et, donc, le temps
n'était pas encore arrivé.
Bi-polarité de la racine hébraïque
qrv (lire : qarav) qui se trouve dans le mot qorbane
Elle assume et traite les déviances possibles
rapprochement
qérav, s'approcher
hitqarév, se rapprocher
qérév, intérieur
mi qérév lév, du fond du coeur
qéravim, les entrailles
qirva, proximité |
combat
qérav, combat, guerre, confrontation dure
qérav-maga, lutte au corps à corps
qéli-qrav, arme
métos-qérav, avion de combat
|
Etude et prière
Mais nous avons le devoir de remplacer ces qorbanotes
par l'étude des textes qui les décrivent.
L'étude nous est comptée comme si nous avions
réalisé. De plus, chaque matin, dans la prière
de cha'harite, les Juifs lisent les passages du traité
Yoma et de Kéritoute qui décrivent les différents
qorbanotes et l'ordonnance de leur déroulement,
les chapitres 30 de Chémote et 28 de Bamidbar. Reportez
vous au siddour, livre de prières. De même,
partiellement, à l'office de min'ha, voyez
ce lien.
Ces textes sont placés comme une introduction
et un préalable à la prière, cela veut
dire que nous devons nous purifier avant de prier, passer en
revue chacune de nos composantes, de nos dynamiques et les rectifier,
les réorienter vers le Créateur.
Pédagogie ou ordre
Précisons un point important : tout cela n'est pas une
simple psychothérapie ou une mesure pédagogique
car notre paracha commence et se termine par les mots "tsav"
: tout cela nous est "ordonné". Pourquoi ? Parce
que, sans fin, l'homme a la propension à se croire le
maître de tout, des choses, de lui-même, du monde,
de sa pensée, de ses décisions et à nier
toute origine. Les psychologues appellent cela "la mort
du père": c'est la haine de soi à travers la haine
de nos propres sources et origines ; on comprend alors que les
pulsions et pensées nocives n'étant pas examinées
chaque jour, ni réorientées vers la source et
vers Celui qui est l'ordre bénéfique du monde,
elles s'orientent de façon destructrice vers autrui ou
vers nous-mêmes.
Les Juifs ont fait supprimer ces sacrifices et détruire
le Temple comme lieu de régulation. Comment? Par leur
intransigeance ou leur haine les uns envers les autres, par
le non respect de la sainteté de la terre d'Israël,
par l'injustice sociale. Alors (nos textes et nos prophètes
nous en avertissent mille fois), alors les nations sont autorisées
à prendre le dessus sur Israël jusqu'au moment où
Israël reviendra dans sa ligne par la téchouva(retour
à la Torah) et par le retour sur sa terre, et par le
respect des engagements pris par nos pères pour le bien
du monde.
Aujourd'hui, l'horreur remplace les qorbanotes
De même, le monde qui prétend avoir dépassé
le stade de ces conduites de qorbanotes et de rites religieux
pédagogiques ne comprend pas qu'il n'a fait que déplacer
ces pratiques rituelles très canalisées en des
immenses sacrifices anarchiques que sont les guerres modernes,
les plus sanguinaires de l'Histoire, les plus vastes. Les
hommes et les Etats utilisent le meilleur de leur intelligence
et de leur budget à prévoir des guerres délirantes
(que l'on se souvienne des programmes de la guerre des étoiles).
Prenons bien conscience de ceci : les peuples qui se
présentent comme les plus civilisés et les lumières
de la civilisation sont de fait les plus barbares, les plus
grands falsificateurs des droits de l'homme et ils combinent
les massacres avec la domination économique de la planète,
dans la grande supercherie des mots de "droits de l'homme",
de "civilisation" et de "démocratie". Voilà près
de 15 ans que toutes les autres nations moins puissantes refusent,
dans les organismes internationaux (ONU, UNESCO, etc) tout vote
sur de nouvelles déclarations de droits de l'homme car
elles refusent ce grand cirque d'exploitation organisé
qui est une supercherie et un moyen idéologique de domination
qui est à la fois culturelle, économique et militaire.
Non pas que les valeurs invoquées soient refusées
par ces nations, mais ce qui est refusé c'est le cynisme
moral des occidentaux qui s'estiment plus évolués
et non primitifs. Ce même refus s'exprime envers la globalisation
de l'économie.
Quand il y a ces mensonges, ces massacres et l'absence de véritable
stucture de régulation qui intègre le niveau personnel
et le niveau collectif, alors tout cela prend -en réaction-
des formes perverses (celles-là des nations riches et
les nationalismes racistes des opprimés qui se révoltent),
les valeurs se tournent en destruction de soi et de l'autre.
Le monde, prétendant avoir dépassé le stade
primitif des sacrifices animaux, est un immense abattoir organisé
par le cynisme politique, économique et militaire. Qui
manoeuvre cela et qui en profite ? Aujourd'hui, comme les Etats
l'on fait envers les Juifs pendant la dernière guerre,
ce sont nos Etats occidentaux. Les Romains le disaient :
perversio optimi pessima, "la perversion des meilleurs est la
pire". Un seul thermomètre de la réalité
gère ce monde, les massacres.
En plus, notre époque ne se contente pas
de ces sacrifices humains remplaçant les sacrifices animaux,
elle déguste le plaisir de voir ces massacres
; la bassesse des jeux du cirque de la foule jouissant de la
mort d'un taureau ou de deux gladiateurs s'entretuant n'est
rien à côté du cynisme des familles, toutes
générations confondues, dégustant leur
repas devant le spectacle TV, que l'on ne manquerait pour rien,
de ces morts de famine organisée et de guerres bien régulées.
Il fallait redire cela,
que j'analyse continuellement sur le plan professionnel,
pour comprendre la nécessité enseignée
par la sagesse de la tradition juive :
chaque matin chaque homme doit reprendre en main chacune
de ses tendances, de ses pensées, de ses actions, sinon
il devient inéluctablement un tueur moral ou physique
et la société dérivera vers son auto-destruction.
Nous avons reçu les archives qui analysent, les avertissements,
les enseignements, les échec et les réussites.
C'est cela que nous enseigne le livre de Vayiqra : pour tout
cela, il est le centre de la Torah, et c'est le livre que l'on
enseigne d'abord aux enfants car cela est le plus important.
C'est cela le judaïsme. Il dévoile ces jeux et propose
leur changement, voilà pourquoi il est haï et persécuté.
Apportons quelques précisions
avant d'entrer dans le détail du texte de la Torah
- jamais on ne peut offrir un sacrifice pour une faute commise
volontairement ou avec préméditation (bé
zadone).
- il y a des qorbanotes utilisant des animaux, des aliments
végétaux (farine, huile, pain, etc voir Vayiqra
2, 2-14 et 6,7-16) ou des liquides ou libation (néssékh)
spécialement pour les fêtes (Bémidbar 15,1-10).
- les animaux ne sont jamais des animaux sauvages ni des animaux
qui travaillent.
- on ne mange ni ne boit jamais le sang de l'animal, qui symbolise
sa vie et son être.
- les qorbanotes n'ont jamais pour rôle d'apaiser
la colère, d'attirer des faveurs ou de se liguer avec
des forces occultes.
- les qorbanotes étaient apportés volontairement
aussi par des non-Juifs et acceptés (Vayiqra 22-25 et
I Rois 8,41-43).
- les sacrifices ont cessé le jour de Ticheâ bé
av, le 9 du mois de Av (voir
lien).
Les qorbanotes se répartissent
en plusieurs catégories :
- les qorbanotes d'offrande comme la ôla
quand une faute a été commise en pensée
ou quand une mitsva a été oubliée. L'implication
personnelle est exprimée en posant les mains sur l'animal.
Egalement la ôla tamid ou tamid,
offrande perpétuelle qui se faisait deux fois par jour
(rappelé à min'ha, par exemple); voir Chémote
29, 38-42 et Bémidbar 28, 1-8.
Ces qorbanotes
- les qorbanotes d'expiation ('hattate) d'une
faute involontaire (bé choguég), spécialement
chez les personnes qui ont des charges de responsabilité,
et l'importance du sacrifice dépend alors de la situation
sociale du pécheur. (Vayiqra 4, 3 et 14 et 23 et 28 et
32 et 5,7); les qorbanotes de culpabilité
ou acham (Vayiqra 5,7-24) en sont une particularité
dans le cas de faux serment, de sacrilège, ou de doute
sur une faute (acham talouï).
- les sacrifices de gratitude (chalem au singulier, chélamim
au pluriel) et signifiant complets, spécialement à
l'occasion des fêtes ou après un voeu. Une particularité
en est le zéva'h toda ou sacrifice de remerciement
(voir Vayiqra 7,12-13 et Psaumes 56,13-14). En ce domaine,
il y a aussi les offrandes de voeux ou nédér (Bémidbar
6-17-20), les dons de consécration de quelque chose ou
millouim (Vayiqra 8,22-32), et les dons ou nédava
(Vayiqra 7,16-17), terme utilisé actuellement en ce sens,
surtout par les Sépharades.
Etude de la ôla
Faisons donc l'effort, difficile, d'analyser ces qorbanotes,
non pas comme rites primitifs mais, au contraire, comme rites
très évolués, dans ce qu'ils impliquent
comme prise en charge de nos composantes, ce qu'ils en font
pour chacune des catégories : c'est cela que l'on appelle
l'étude de l'enseignement sur ces rites, torate haqqorbanote.
Une classification simple des sacrifices de
ôla, pour y voir clair :
1. La ôla est brûlée entièrement
sauf la peau et rien n'est mangé.
Elle concerne
- les fautes intérieures commises dans la pensée,
- la non réalisation de mitsvotes,
- des voeux,
- des dons.
Ce sacrifice comporte
ces phases :
- habbaa : acheter et apporter l'animal,
- sémikha : unir notre être et notre intention
dans l'acte et dans sa destination vers D.ieu, en posant les
mains sur la tête de l'animal,
- vidouye : avouer ses fautes et les reconnaître,
- ché'hita: abattage de l'animal par un Juif ou
par un Cohen, au Nord du Temple qui est le côté
de ce qui est matériel.
Puis il y a plusieurs étapes de préparation de
la bête.
- méli'ha : salage nécessaire qui symbolise
le goût et la qualité que nous mettons dans ce
rite.
- haqtara : combustion qui fait "monter" tout ce qui
est ainsi préparé extérieurement et intérieurement.
- min'ha : offrandes végétales de farine,
d'huile, de vin. qui apportent une différence et doivent
obligatoirement accompagne le qorbane.
Exercices
1. Réviser, se reporter aux références,
et mémoriser.
2. Rechercher comment les différentes dynamiques de la
vie de chacun (pensées, fautes, etc) qui sont gérées
par les qorbanotes sont prises en compte et traitées
aujourd'hui.
3. Essayer de découvrir des rites que nous pratiquons
dans notre vie familiale et sociale et qui régulent nos
sentiments.
4. Se reporter à la période d'avant le don de
la Torah pour découvrir comment les patriarches orientaient
spontanément leurs sentiments et leurs actes vers le
créateur à travers leurs qorbanotes :
Béréchite 6, 3-4 ; 8, 20 ; 12, 13 ; 12, 17 ; 26,
26 ; 28, 20 ; 35, 14 ; 45, 1.
5. Lecture : la partie des qorbanotes dans la prière
du matin.
6. Echanger sur cette étude, l'utiliser pour faire des
groupes d'étude.
2e niveau d'étude
Ce niveau est ouvert à ceux qui sont prêts à
investir beaucoup plus de temps pour entrer dans la connaissance
de la Torah et qui ont déjà des connaissances
de base ou se feront aider pour les acquérir.
Le fait que la paracha commence par le mot
Tsav doit
nous poser des questions.
Alors que nous avons expliqué dans la paracha précédente
combien la relation d'enseignement doit passer par une phase
préalable d'écoute, ici nous sommes en phase d'un
impératif sec :
tsav (ordonne). Quel en est le
sens ?
Comprendre sérieusement l'hébreu
du mot tsav.
Tout d'abord, cet impératif vient du verbe tsiva
qui veut dire ordonner (comme les verbes natane horaa, paqad
ou gazar). On dit Tora tsiva lanou Moshé,
"La Torah, Moché nous l'a ordonné à nous".
De là vient la mitsva, ou prescription à
réaliser. Au pluriel, les mitsvotes.
Ce verbe signifie aussi nommer à une fonction (comme
les verbes mina ou hifqid) ; on l'y voit en Samuel
I, 13, 14 ou en Samuel II 70, 11 (vérifier).
Tsiva a aussi le sens de faire son testament, décider
de ses dernières volontés ; d'où le mot
tsavaa qui veut dire testament.
Celui qui reçoit une obligation est métsouvé
ou nitstaba. Tandis que celui qui donne l'ordre est un
métsavé.
"Je vous ordonne" se dit "ani metsavé étkhem"
(Dévarim 4, 2).
Un ordre de D.ieu se dit mitsvate Hachém. C'est
une forme grammaticale jointe dite "état construit".
Comme dans mitsvate avikha (Proverbes 6, 20), "une prescription
de ton père".
"C'est une mitsva, une prescription obligatoire de faire"
se dit mitsva lé. Comme dans "mitsva lachaote
bidévar chalom, c'est une obligation d'enseigner
au sujet de la paix.
On parle de commandements positifs (devoir faire ceci) :
mitsvate âssé ; et de commandements négatifs
(devoir ne pas faire ceci) mitsvate lo taâssé.
Une mitsva qui doit se faire dans des temps particuliers
est dite mitsva ché hazzémane guéramah.
On utilise aussi cette expression pour parler d'une loi nécessitée
par l'urgence ou par les conditions temporaires actuelles.
Il y a des mitsvotes de la Torah qui sont logiques, comme de
respecter ses parents, ce sont des mitsvotes sikhliyotes.
Un individu qui a l'obligation d'accomplir des mitsvotes est
dit bar
mitsva ou bat mitsva pour la fille (cela ne veut
pas dire une fête!).
Une guerre obligatoire selon la Torah est dite mil'héméte
mitsva.
Les sept
règles morales obligatoires de tout être humain
sont dénommées chévâ mitsvote
béné Noa'h (voir Sanhédrine
56a). Elles ont été données aux fils de
Noé et sont : l'interdit de l'idolâtrie (issour
avodate élilim), de l'inceste (issour guilouï
ârayote), l'interdit de verser le sang par le meurtre
(issour chéfikhoute damim), l'interdit de prélever
une part de chair sur un être vivant par exemple pour
le manger (issour évér mine ha'haï), l'interdit
du blasphème contre D.ieu (issour birkat Hachém),
l'interdit du vol (issour gazél), l'obligation
d'organiser les lois et la justice (dinim ché béïn
adam lé 'havéro).L'interdiction de sorcellerie
sous toutes ses formes qui est inscrite dans la Torah (Dévarim
18, 10) s'applique aussi à tous les hommes selon Ribbi
Yossi. D'où, en particulier, l'interdit de sacrifier
ses enfants.
Taréyag mitsvote, ce sont les "613" mitvotes de
la Torah, selon la lecture des lettres hébraïques
qui sont aussi des chiffres.
On dit sékhar mitva mitsva, le salaire que l'on
reçoit de la réalisation d'une mitsva est simplement
de l'avoir accomplie.
On dit mitsva goréréte mitsva, une mitsva
entraîne la réalisation d'une autre (Avote 4, 2).
Mitsva mine ha mouv'har, c'est une mitsva accomplie au
mieux possible (Baba Qama 78b).
Mitsvote tsrikhote kavana, la réalisation des
mitsvotes exige qu'elles soient faites avec intention
(Bérakhote 13a).
L'infinitif du verbe est létsavote,
ordonner (voyez Béréchite 49,33).
Le passé : tsiviti j'ai ordonné (Vayiqra
8, 31) ; tu as ordonné, tsivita (Psaumes 7, 7)
; il a ordonné, tsiva (Vayiqra 7, 36).
Le futur est atsavé, j'ordonnerai (Chémote
25, 22).
Il est souhaitable d'apprendre à mémoriser toutes
ces expressions.
Connaître cette base linguistique est
avoir déjà assimilé de nombreuses bases
de l'anthropologie juive, de la façon d'être Juif
dans le monde. Maintenant continuons notre étude très
approfondie en examinant ce mot tsav dans la Torah.
Utilisation de cette approche linguistique
pour comprendre Rachi
Pour comprendre le commentaire de Rachi, nous devons comparer
les passages différents de la Torah qui utilisent le
même impératif tsav :
Vayiqra 6, 2 et 24, 2. Bémidbar 5, 2 et 28, 2 et 34,
2 et 35, 2. Dévarim 2, 4. Isaïe 38, 1. (Il faut
lire ces phrases).
Rachi commente le début de notre paracha
:
"éin tsav (on ne rencontre pas le mot tsav)
élla léchone zérouz (autrement que
pour un empressement), miyad ou lé dorote
(pour l'immédiat et pour les générations)".
Cela se réfère au Traité Qidouchine 29a
et au Middrache Tan'houma et à Torate Cohanim. Analysons.
On peut comprendre que le sacrifice de ôla
qui se consummait entièrement et ne laissait donc aucun
bénéfice aux Cohanim si ce n'est la peau
de la bête enlevée d'abord, était une perte
totale pour eux malgré leur travail. Donc, D.ieu demande
qu'ils soient cependant empressés de réaliser
cet ordre. Cela est le niveau très simple du sens
littéral ou pchate.
Niveau plus élevé, on voit en Dévarim
3, 28 que le mot tsav va aussi de pair avec le courage
et la résolution face à une mission
très importante qui dépasse notre seul intérêt
(aller voir ce verset). On comprend donc en effet que cela nous
concerne toujours "maintenant, miyad" ( et Aharon fit
ainsi, Bémidbar 8, 3) et "pour les générations
à venir, lédorote" (cela est dit explictement
en Bémidbar 15, 23, vérifier). Nous allons vers
ces autres versets car nous savons qu'on ne peut comprendre
la Torah qu'en recherchant le sens qui a été diffusé
dans l'ensemble du texte, de même qu'on connait quelqu'un
que l'on apprécie seulement à la condition de
l'entendre dans tout ce qu'il est.
On remarquera encore une autre particularité dans le
verset qui commence notre paracha avec le mot tsav. Dans
la liste des autres versets qui ont ce même mot, on détaille
immédiatement ensuite les obligations qui sont transmises
à l'individu et au peuple, mais pas ici. C'est pour cela
que les commentaires repris par Rachi insistent sur un autre
trait : l'empressement venant de l'intérieur
(zérouz) : l'ordre concerne avant tout le
coeur, avant même les actes. Cela rejoint le fait
que ce mot est utilisé pour la ôla où
il n'y a pas de bénéfice externe, c'est une question
de pureté totale d'intention qui nous est demandée.
L'enfance, base de cette attitude
On comprend ainsi, disent des commentaires, pourquoi ce livre
de Vayiqra est, depuis toutes les générations,
celui qui est le premier enseigné aux enfants. La sagesse
pédagogique de notre peuple l'enseigne parce que c'est
le livre de la pureté et que l'enfant est à ce
niveau. Cela nous enseigne que, de même, nous devrons
rester toute notre vie le plus possible sur cette base de
la pureté désinteressée, et les Cohanim
seront ceux qui nous aideront, ainsi que les qorbanotes.
Loin d'être sanguinaires, ils font passer le matériel
assumé jusqu'au pur qui y est enfermé jusqu'à
atteindre la plénitude de la pureté dans le parfum
(réa'h ni'hoa'h) qui s'en élève.
C'est pour cela aussi que, depuis lors, ce texte est lu deux
fois par jour depuis le Sinaï, dans la prière du
matin et dans celle de min'ha afin que nous retrouvions sans
cesse ces attitudes qui sont centrales dans le judaïsme.
La zérizoute (empressement) et la zéhiroute
(attention) dans l'accomplissement d'une mitsva caractérisent
l'intention du coeur pur.
De là, on tire que même si les qorbanotes
n'ont plus lieu de nos jours, de par la destruction du Temple,
de par l'occupation du mont du Temple par des puissances étrangères
actuellement, de par notre indifférence et de par notre
éloignement géographique, nous pouvons et devons
continuer en ce sens en étudiant ces qorbanotes
dans la Torah et dans la prière.
Confirmation par le niveau du rémez
Si nous avons bien compris tout cela et si nous avons bien établi
notre compréhension par cette méthode d'étude
traditionnelle que nous avons suivie (du langage à Rachi
et aux divers commentaires), nous comprenons maintenant ce que
nous montre la tradition la plus intérieure : Ribbi Yaâqov
Abou'hatséra rapporte l'enseignement des Sages disant
que le mot tsav a la guématria de el adonoute.
Cela veut dire que cet ordre tsav, nous incite à
purifier notre intérieur et, PAR CELA, la royauté
ou malkhoute de la présence divine dans le monde
(nommée Chékhina) se réalise.
Ne pas accorder cette intention intérieure, c'est laisser
le monde être mené par les forces non pures, faire
des actes apparemment moraux et religieux comme s'ils s'adresseraient
à D.ieu mais qui, en fait, ne s'adressent qu'aux forces
obscures, c'est alors l'idolâtrie (âvoda zara,
travail étranger). On parlerait alors de galoute
hachékhina, l'exil de la Chékhina.
C'est la tâche de chaque Juif (et le Cohen en est
le prototype par excellence) en toutes les générations
que de faire cette purification intérieure, ce tiqqoune
dans le monde concret.
Voilà pourquoi on parle de qorbane de "montée",
ôla. Voilà pourquoi également
est appelé aliya (montée) le processus
de montée d'un Juif qui avance dans son identité
de Torah et va la vivre sur la terre qui en est la source vitale.
On voit la perversion de l'antisémitisme
religieux qui nomme ce niveau si beau de l'offrande d'élévation
par le mot "holocauste", (destruction totale) pour mettre l'accent
uniquement sur l'inverse de l'élévation qu'est
la part de destruction. Et cet effet de l'antisémitisme
religieux a continué en nommant l'extermination que les
nazis ont fait des Juifs en utilisant ce mot d'un si beau rite
juif, qorbanotes,ainsi déformé (holocauste),
comme si cela référait au sacrifice de la religion
juive et de par la volonté de D.ieu quand des nazis nous
exterminaient. Horreur sans fard. La théologie des mots
est redoutable. Le pardon pour le passé d'antisémitisme
religieux chrétien, peut-être, mais pas quand la
même subtilité continue dans le présent.
Et quand ceux qui connaissent la théologie sont les premiers
au courant de toutes ces subtilités théologiques
et linguistiques qui forment les mentalités. C'est en
cela qu'il s'agit bien d'une choa, hier et aujourd'hui ; et
la choa culturelle précède toujours la choa physique.
L'étape suivante était celle des bûchers
chrétiens pendant le Moyen-âge ou par l'Inquisition
avec grand apparat. Quand la Torah n'est pas respectée
jusqu'au dernier détail de la parole divine, tout devient
possible et justifié. Perversion collective, admise et
célmbrée.
(Bûcher public de Juifs par l'Inquisition catholique,
avec "holocauste" réel, comme fête religieuse et
publique. Regardez bien l'image longuement, c'est un bon jour
de fête tranquille).
Le fait que des Juifs eux-mêmes en soient venus à
nommer eux aussi "holocauste" la ôla et la
choa, montre simplement leur état d'aliénation
culturelle envers leurs persécuteurs, et l'inconscience
accompagne toujours cet état de dépendance et
d'aliénation.
Quand le maire d'une grande ville occidentale
comme Paris, s'absente aujourd'hui d'une manifestation simplement
parce qu'il y a le maire de la ville juive de Jérusalem,
on est dans cet ordre de la destruction de l'autre. Et il n'y
a pas à s'étonner ensuite que des groupes s'estiment
avalisés de détruire ce qui est juif et détruire
des Juifs. Et, perversion, comme au Moyen-âge, cela est
fait soit disant au nom des valeurs et des droits de l'homme.
Pour élever son âme on détruit l'autre.
Quel aspect exact parmi les dimensions multiples
de la ôla, a t'on utilisé pour construire
cette idéologie ?
Lisez Vayiqra 1, 3-17 et 6, 2-6 : vous y trouverez une longue
suite d'opérations symboliques toutes aussi importantes
: bétail, parfait sans défauts, imposition des
mains avec intention pure et sans pensée externe, immolation,
dépouillement de la peau, dépeçage, lavage,
feu, élévation, odeur, agrément. La combustion
n'est qu'un aspect, et elle n'est pas complète car la
peau n'en fait pas partie.
Au contraire de ces conceptions détournées
qui abaissent la Torah, la concrétisation par nous et
par notre intention de la présence divine dans le monde
par la vérité de l'acte tel qu'il est demandé
par Hachém, assure l'union du haut et du bas :
cette union est l'aspiration divine envers nous dans le don
de la Torah. C'est alors l'union entre l'aspect divin d'En-haut
qui concerne D.ieu seul (El=31) et l'aspect divin d'En-bas
qui nous concerne en ce monde (Adonoute=65). Cette union
(El + Adonoute= 96 = tsav) est le projet initial
dit dans la Torah quand D.ieu a créé "le ciel
et la terre".
Les Sages continuent à le décrire
par la méthode du rémez (allusion) en montrant
que les lettres de tsav sont aussi les initiales de Tsion
Virouchalayim (Tsion et Jérusalem). Ils disent
aussi que la Jérusalem d'En-haut ne sera établie
que lorsque la Jérusalem d'En-bas sera bâtie.
Sion est l'étape du rapprochement ou des fiançailles
tandis que Jérusalem est le mariage. Le lieu du Temple
est le coeur de la présence et les rites qui s'y déroulent
en sont l'instrument éducatif et efficace. Il ne peut
pas y avoir de minimisation de ces données. Nombreux
sont ceux qui ne voient pas Jérusalem de façon
claire en ce sens, et en font un problème de gestion
politique selon les critères des idéologies actuelles
des nations qui dominent le monde selon leurs propres intérêts.
La logique de ces courants est le post-sionisme qui se définit
en déclarant qu'il y a un non-sens actuel du sionisme,
et la conclusion logique en découle : pourquoi également
ne pas nous débarrasser de Jérusalem ? Ce changement
de vision chez le Juif est le résultat et la forme de
notre assoupissement. C'est aussi la persistance chez le Juif
israélien de la mentalité d'infériorité:
pour survivre, flattons l'adversaire et adoptons la mentalité
du persécuteur qui veut notre disparition. Il faut alors
un coup de réveil, ou de trompette ou de semonce. La
Torah, qui connait bien ses Juifs, crie : tsav !
Suite de l'étude auprès de nos maîtres
En ce niveau du rémez, avec la plus grande précision
que nous ne pouvons pas transmettre sous le véhicule
anonyme du Web, chaque forme de sacrifice est un mode
précis d'action et un ascenseur particulier qui fait
passer d'un niveau à l'autre.
Chacun des traités de la Michna et du Talmud est, en
parallèle strict, la même voie instrumentale pour
"faire monter" depuis le mélange habituel d'impureté
dans une aliya ou montée progressive. La racine et la
source qui éclaire sont dans la Torah écrite mais
la réalisation se fait par la Torah orale qui est la
réalisation de malkhoute et adonoute. Cela
est dit dans dans Péti'hate Eliahou, le texte
des Tiqqouné haZohar 17b, que les Sépharades
lisent avant l'office de min'ha : malkhoute Torah ché
bé âl pé qarinane la (Malkoute est appelée
Torah orale).
Le sacrifice de ôla est lié à la
partie du Talmud de l'ordre Zérayim (semences).
Le sacrifice de min'ha est lié à la partie
du Talmud de l'ordre Moêd (temps festifs).
Le sacrifice de 'hatate est lié à la partie
du Talmud de l'ordre Nachim (femmes).
Le sacrifice de acham est lié à la partie
du Talmud de l'ordre Néziqine (dommages).
Le sacrifice de milouim est lié à la partie
du Talmud de l'ordre Qadachim (choses saintes).
Le sacrifice de chélémim est lié
à la partie du Talmud de l'ordre Taharote (purifications).
En quoi cela est, il faut simplement continuer à étudier
pour le comprendre. Le côté obscur en apparence
de la Torah est fait simplement pour que ceux qui l'aiment continuent.
On peut se référer aussi aux pages de Modia sur
le Talmud qui
développent ces connaissances, lien ici.
Cohérence
Cette paracha vous permettra de comprendre la dynamique
de la
prière de Min'ha l'après-midi,
où
les sacrifices sont rappelés et le mot Tsav indiqué.
Lisez
ce texte, juste après le premier psaume d'entrée,
et en particulier le texte de Bémidbar 28, suivi de celui
de Chémote 30, 34...
De
plus, ces textes sont lus aussi à la prière du
matin (cha'harite).
Conclusion de l'étude
Il faut prendre le temps de passer en revue notre propre existence
pour y retrouver ces dimensions et faires nos choix.