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46e Paracha : Êqév
"A la suite de..."

Devarim (Le Deutéronome) 7, 12 -
11, 25
Commentaire
par le Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour,
http://www.modia.org
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La fête juive de l'amour
(Tou
bé Av, le 15 Av)
L'amour juif
Apprendre l'amour dans la Torah
par la science de l'écoute.
Plan
Peut-on prescrire l'amour ?
La Torah nous enseigne sur l'amour
La nature et la règle de l'amour
Le refus d'aimer
Découvrir par la Torah ce qu'est l'amour
Rachi et l'amour
Le Chla : amour et humilité
La confiance de l'amour
Le chant et l'amour
Donc, la mitsva d'aimer
Cinq fautes envers l'amour
L'amour, continent-vierge
Plaidoyer pour le bonheur
L'amour chez le tsaddiq
Vers l'amour pendant les nuits
Rabbénou Bé'hayé : du "quoi" au
"cent"
La création toute entière est relation
La source est en D.ieu
La science de l'amour par R. E.
Vidas
Réchite 'Hokhma
D.ieu exige le coeur
Le test de la confiance : le "toi"
Le "toi" de Hachém
Que peut-on souhaiter ?
Exercices |
|
Avant de commencer l'étude de la paracha, il est nécessaire
de lire cet enseignement sur la paracha du Rav Chalom Messas dans son
commentaire de la Torah Vé'ham hachaméche. Ce sera
une mise en garde; en effet, nous pourrions utiliser la paracha simplement
comme un outil de développement personnel et d'enrichissement individuel,
surtout quand le thème est celui de l'amour. Or, il nous dit ceci:
"Il n'y a pas de complétude de l'individu quand il ne vise
que la sienne propre et n'intègre pas autrui avec soi. Car ce n'est
pas cela le plan personnel, mais c'est de se faire à l'image de
Celui qui a créé le monde en bonté et miséricorde
pour partager sa complétude avec les créatures. Ainsi, doit
faire l'homme, de s'efforcer de développer la complétude
d'autrui, et de guider autrui sur les chemins de la Torah et des mitsvotes
comme il est dit (le Rav fait une lecture très belle et nouvelle
du verset des Proverbes 16,7 en ce sens): quand Hachém agrée
les voies d'un homme, c'est qu'il épanouit même ses ennemis".
Notes:
- Le sens littéral du verset est: "Hachém agrée-t'il
les voies d'un homme, il lui concilie même les faveurs de ses ennemis",
mais le verbe "compléter; yachlim" permet aussi
la lecture faite par le Rav dans la bonté de son coeur qui a démontré
à chacun comment se comporter en bonté envers tous.
- cette règle morale d'amour appliquée est précisément
la fonction du site Modia, de partager avec autrui ce que l'on a eu le
bonheur de recevoir en cadeau.
- C'est pour cela que je place à gauche de chaque paracha la consigne
de diffuser à son tour ce que le lecteur aura appris pour ne pas
en faire un plaisir égoïste, contraire à la conduite
de Hachém et à celle qu'il nous demande à
Son image.
- Donc, tout ce que nous dirons ci-dessous de l'amour sera au bénéfice
de cette politique altruiste.
Sur la paracha précédente, le Rav insistait sur ce point:
si quelqu'un de la grandeur de Moché Rabénou nous montre
son aspiration si grande à entrer dans la terre d'Israël,
c'est pour bien nous faire comprendre que tout homme a besoin de la terre
d'Israël, même lui, alors nous a fortiori. Certes, chaque fois
qu'on nous apporte un récit sur nos maîtres c'est pour nous
enseigner "nous-mêmes" car la règle est que les
actes des Pères sont un enseignement pour les enfants (maâssé
avote simane la banim)". Il me semble, modestement, qu'on peut
aller jusqu'à ce qui a suscité ce commentaire du Rav: non
pas simplement le fait que la paracha parlait de la demande de Moché
d'entrer dans la terre d'Israël mais la paracha plaçait ensemble
3 points majeurs: cette demande de Moché, le Chéma Israël
(Ecoute Israël) et les devoirs du coeur (tu aimeras); on comprend
le sens de la Torah en comprenant le sens de la proximité des thèmes
(sémikhoute parachiyotes), ainsi l'enseignement de la demande
de Moché rabénou serait pour nous apprendre que la terre
d'Israël doit être aimée vraiment, et que nous devons
l'entendre profondément avec le coeur. En effet, c'est le sujet
par excellence qui revient sans cesse dans la Torah et que nous banalisons
au maximum pour en faire une question de vacances, de géographie,
de politique, de divergences politiques, tout et n'importe quoi sauf de
comprendre que cette terre aimée par D.ieu est là pour nous
prendre au coeur, pour nous interroger; elle est comme une belle femme
préparée par Hachém pour vous, placée
près de vous et vous seriez indifférent, insensible car
le coeur n'y est pas. Hachém a beau dire et redire son amour
pour Sa terre et qu'Il veut nous y amener, c'est le dernier des soucis
des hommes. Dans la paracha, il répétait: c'est pour
cela que Je vous ai fait sortir d'Egypte comme Je l'ai fait: pour vous
amener vers la terre que J'ai juré..." (lisez Dévarim
6,23) et il l'assortit de louanges, de déclarations d'amour, de
menaces, rien n'y fait. Et Il montre son découragement et son obstination.
Cet aveuglement du coeur est le motif qui explique l'exil d'Israël:
être bloqué et enfermé dans une gangue d'insensibilité
à cette amour que Hachém disait sans cesse dans la
paracha Vaet'hanane. Alors, on disserte sur le Chémâ Israël
comme sur une philosophie ou psychologie mais on est sourd, enfermé
dans la coquille ou qlipa, comme quelqu'un qui n'entendrait pas
sa femme et lui ferait des discours sur la femme et serait plongé
dans des livres philosophiques sur la femme et lui dirait: ne me dérange
pas, j'étudie. C'est cela l'état de galoute.Elle
a beau lui dire: c'est ici que ça se passe, il ne voit rien et
n'entend rien, il est ailleurs.
J'ai vécu une expérience frappante de cette surdité.
Il y avait à Jérusalem une soirée de nombreux responsables
communautaires et rabbins d'un pays francophone et l'invité d'honneur
était le vénérable Yossef Burg, symbolisant l'histoire
de l'Etat d'Israël et tout le sionisme de la Torah et de l'Etat juif.
Animant un groupe de discussion, il s'est fait que j'étais à
côté de lui à la tribune et ai pu observer de près
ce qu'il préparait. Il avait en main la carte d'invitation où
on venait de lui montrer du doigt qu'il y était mis à l'honneur,
avant de lui donner la parole. Il lit le texte du carton dès son
introduction et dit au public sur son ton bon enfant qui fit tomber tout
le public dans le piège d'humour qu'il leur tendit: "Je vois,
il est écrit: soirée de gala sous la présidence d'honneur
de moi, soirée de gala, ce n'est pas une soirée de gala,
on aurait dû mettre "soirée de galoute".
Tout le public n'y voyant qu'un bon jeu de mots, pouffe de rire et applaudit.
Il continua: vous ne semblez pas avoir compris ce que j'ai dit: "soirée
de galoute, pas de gala du tout; c'est dommage que ce soit une
soirée de galoute changée en gala. La galoute
ce n'est pas un gala, c'est triste, très triste, et c'est bizarre
d'en faire un gala" et il leur parla avec le coeur de ce que représente
la tristesse de la galoute et le bonheur de la terre d'Israël.
Il connaissait bien ces publications communautaires où les pages
se succèdent de sociétés de galas et réceptions.
Une grande partie de l'assistance continua à rire et applaudir,
prenant cela comme de la plaisanterie et peu à peu rires et applaudissements
diminuèrent jusqu'à ce que tous comprirent qu'il parlait
très sérieusement, en famille et avec son coeur de ce qui
est la réalité vraie. Cet épisode m'a ouvert les
yeux sur cette écorce d'incompréhension que nous plaçons
tous, que je plaçais aussi, spécifiquement envers la terre
d'Israël. Pour le grand Yossef Burg, zal, le réflexe
de son coeur avait été immédiat.
De la terre d'Israël, on a trouvé le trucage: on en fait toujours
de la politique, même les religieux, alors qu'elle est de l'amour-direct
entre Hachém et nous. La paracha Vaét'hanane
nous tirait un signal d'alarme: "écoute, tu aimeras, tu as
le devoir d'aimer sur la terre d'Israël car c'est là que Hachém
te donne rendez-vous pour L'aimer, c'est Sa résidence, et c'est
là qu'Il te veut".
Aussi, notre nouvelle paracha va nous donner toute une pédagogie
de cet amour auquel nous sommes sourds, tous, puisque la galoute continue.
J'entends parler de Miami, du Canada, de "rester" à...
et de dresser toute une liste de preuves d'argent quand des gens parlent
d'aller éventuellement dans le sens de la Torah vers la terre de
Hachém, même si on porte de plus en plus souvent des
vêtements de plus en plus noirs en signe de la volonté de
vivre selon la Torah. Israël reste encore un lieu de vacances, maison
de campagne au mieux, résidence "secondaire" au
sens plein du terme. Alors la Torah voit la nécessité absolue
de nous apprendre à "aimer".
Lisez le début de la paracha. Vous trouverez combien de fois le mot
"terre", lié au bonheur à condition de vivre selon la Torah
? Et, sinon, on nous met en garde contre la conséquence : la terre,
cette terre-là qu'est la terre d'Israël, ne supporte que la
sainteté car elle est la résidence de Hachém
; si l'on ne s'y comporte pas selon les règles morales de cet
hôte, cette terre rejette son peuple et suscite des ennemis qui
seront comme des épines. Ce mode d'emploi nous parle terriblement
en ces années bouleversées. Tout cela était écrit
bien longemps à l'avance. Osons nous poser les questions pour bien
comprendre ce que nous dit la Torah.
Peut-on prescrire l'amour ?
De multiples fois, la paracha nous demande et nous prescrit d'aimer
D.ieu.
- Demande surprenante car l'amour ne peut s'imposer ni s'obtenir sur
demande ni par la promesse de récompenses. La fin du Cantique
des Cantiques (8, 7) le dit bien :
im yitén iche éte-kol-hone béito béahava,
boz yavouzou lo.
"même si un homme donnait toute la fortune de sa maison pour acheter
l'amour, il ne recueillerait que dédain".
Bien plus, ce verset semble nous dire que celui qui donnerait pour acheter
l'amour, par cela même il serait cause qu'il n'obtiendrait que dédain.
Toute la paracha va exiger de nous une grande rigueur dans l'analyse sur
un sujet aussi sérieux.
Eliminons pourtant de notre débat l'argument apparent de ce verset,
car en réalité il ne traite pas de ce sujet : en effet,
il veut dire que l'homme qui se dispenserait de la rencontre d'amour qu'est
l'étude et donnerait tout son argent pour s'en dispenser par la
tsédaqa, il n'aurait rien compris de ce qu'est la Torah et ne recevrait
que mépris.
Faire de l'argent dans sa vie, ou donner de l'argent pour les oeuvres
de Torah ne dispense en rien d'étudier la Torah : c'est le pchate
de ce verset.
- Rachi donne un autre sens : des nations, des non-Juifs sont prêts
à tout donner pour s'approprier même par amour la part qui
a été donnée à Israël, et D.ieu leur
dit : c'est peine perdue, vous ne recevrez de Ma part que dédain
pour vouloir vous substituer à Israël.
Revenons au problème, pourquoi donc la paracha nous dépeint-elle
un long plaidoyer de D.ieu devant l'homme pour tenter d'obtenir de lui
l'amour ?
- D.ieu lui expose tous les dons qu'Il lui a fait pendant de longues
périodes, et ce sont les dons les plus importants concernant la
vie même ;
- il dépeint également tous les biens promis que l'homme
recevrait s'il se mettait à aimer D.ieu ,
- et au contraire, l'état lamentable dans lequel il s'écroulerait
s'il ne L'aimait pas.
Curieuse demande, assortie d'exigences démesurées ou
de promesses excessives, voire de menaces (l'abondance d'enfants ou de
richesses si l'homme aime D.ieu).
Rachi (utilisant le Sifri, sur le verset 11, 21) nous apprend
ce qui est probablement l'arrière-plan de cette scène entre
des amoureux :
divré Torah nidrachine miklal lav hén ou miklal hén
lav
"les paroles de la Torah peuvent être expliquées de façon
à déduire d'une négation une affirmation, et d'une
affirmation une négation, ".
Appliquons cet enseignement : toutes ces promesses et demandes semblent
bien indiquer que l'amour envers D.ieu ne va pas de soi et qu'il n'est
ni facile ni spontané, puisqu'il faut en faire une mitsva, une prescription.
La Torah nous enseigne sur l'amour
Elle nous apprend qu'il est souhaitable et même nécessaire
de nous poser ces questions :
- peut-on prescrire l'amour ?
- quel est alors ce type d'amour particulier ?
- l'amour a-t-il donc, normalement, des exigences de ce type ?
Ces questions peuvent éclairer autant nos relations humaines
et de couple que notre relation à D.ieu, non pas en faisant de l'application
pédagogique ou psychologique de la Torah, mais parce que les deux
niveaux sont en miroir car nous sommes faits à l'image de D.
C'est de là que la Torah nous décrit la relation de D.ieu-à-l'homme
sous la forme prototypique du couple, de façon incessante, depuis
la création du duo cieux-terre, la création des couples animaux
et la création du couple de l'homme ; puis le Cantique des Cantiques
et toute la prédication des prophètes utilisent ce symbolisme
comme étant la nature même de la relation d'Israël à
son D.ieu.
La logique de l'amour
Le nom même de la paracha ("Êqév", à
la suite de...) qui veut caractériser tout l'ensemble de sa dynamique
insiste radicalement sur l'exigence logique de l'amour en ces termes :
s'il
y a amour, en découlera du bien, sinon ce seront des catastrophes.
On a l'impression de trouver là un prototype des échanges
qui se produisent entre des amoureux en crise : celui ou celle qui veut
insister sur la nécessité de maintenir la relation amoureuse
donne des preuves, formule des exigences, dresse un tableau apocalyptique
de la situation en cas d'éloignement et, en fait, il ne fait souvent
que compliquer la situation. En effet, au lieu de susciter le désir
dans la douceur, il place l'échange au niveau d'une discussion de
comptes comme il en est entre un épicier et son client récalcitrant,
et cela produit tout sauf l'amour. Chaque couple connaît cela.
La nature et la règle de l'amour
Et pourtant... La paracha et l'enseignement de la Torah semblent nous
indiquer que tout cela est la nature même et la règle de l'amour
:
âza kha mavét ahava, l'amour est fort comme la
mort,
...ses traits sont des traits de feu, une flamme divine ;
mayim rabim lo youkhelou lékhabote été haahava,
des torrents d'eau ne sauraient éteindre l'amour,
ounéharot lo yichtéfoua, des fleuves ne sauraient
le noyer" (Cantique des Cantiques 8, 6-7). Tout ceci nous dit que D.ieu
aime passionément l'humanité-Israël et que le problème
se trouve du côté de la réponse de cette aimée.
Le refus d'aimer
Ce refus de l'amour proposé nous mène à comprendre
que, contrairement à ce que les chansons semblent dire, chez l'homme
le désir d'amour n'est pas le vœu le plus commun ni le plus stable.
Nombre
d'humains choisissent d'autres options comme priorité de vie
; l'argent, les possessions matérielles, l'ambition, la lutte, la
haine surtout, faire mal à autrui, détruire, voilà
les passions de base de beaucoup d'humains.
Si beaucoup aiment l'amour, c'est le rêve intéressé
d'amour qu'ils aiment, mais non pas d'aimer réellement : ils
aiment séduire pour découvrir leur puissance et se réassurer
eux-mêmes sur leur propre valeur, cela est très différent
de l'amour envers l'autre.
Et quand ils rencontrent l'amour réel, ils viennent à
en avoir peur car ils le considèrent comme une pathologie excessive
qui risque de déséquilibrer l'existence et tourner en relation
d'exigences et de possession. Le résultat en est qu'ils fuient l'amour
comme une maladie (on parle de "maladie d'amour") et ils se réfugient
dans des cohabitations paisibles ou monotones agrémentées
de quelques épisodes épicés et passagers, avec une
grande amertume sur ce qu'il est possible d'attendre des rencontres humaines.
Ils
en arrivent souvent à préférer cette situation de
moindre effort à l'expérience tumultueuse de l'amour.
La connaissance approfondie de l'intimité humaine dans le conseil
psychologique et les psychothérapies nous montre que c'est la réalité
la plus commune.
Bien plus, le problème de l'homme envers soi-même est identique.
Rares sont ceux qui s'aiment eux-mêmes d'un amour calme, sûr,
stable ; beaucoup se détestent, se haïssent eux-mêmes
et cherchent à plaire ou à influer sur autrui mais non à
aimer vraiment ni à être aimés vraiment, car ils ne
s'aiment pas eux-mêmes avec l'assurance simple et calme par laquelle
ils sont aimés vraiment de la part de leur Créateur.
Découvrir par la Torah ce qu'est l'amour
La raison profonde de cet état de choses est que l'amour n'est
pas donné à l'origine comme un fait brut, compris, acquis
; tout est à acquérir chez l'homme, même le sens de
l'amour : la Création a été ainsi organisée
que c'est à l'homme d'atteindre le bonheur par son labeur (achér
bara Eloqim laâssote, le monde que D.ieu a créé
pour le faire... Béréchite 2, 3).
D.ieu lui-même tombe alors dans ce problème général
de l'homme et, malgré Son amour pour l'homme-Israël et malgré
les preuves extraordinaires et innombrables, et malgré les lettres
magnifiques envoyées, D.ieu est contraint de présenter
un plaidoyer pour l'amour. De plus, Il place dans son plaidoyer cette
dimension d'excès et d'exigences comme faisant partie normale d'un
bon amour. La passion, le "toujours", la totalité, l'exigence,
la preuve de la "bien-faisance" sont mises par Lui comme des caractéristiques
normales et bonnes. Et D.ieu demande que, en tout cela, on entende uniquement
que c'est "amour".
Cela est tellement vrai que le mot qui est le titre de la paracha se
trouve déjà dans le "sacrifice d'Avraham" : "toutes les nations
de la terre seront bénies par ta postérité à
la suite de ce que êqév "... (Béréchite
22, 18). L'exigence est déjà liée par une logique
à l'amour.
Si nous avons du mal à accepter cette loi, c'est parce que,
souvent, l'exigence n'est qu'une manœuvre tyrannique subtile et implacable
qui tue l'amour et l'autre personne. Mais cela ne doit pas nous rendre
sourd à l'enseignement de la paracha : ne jettons pas l'enfant avec
l'eau du bain.
Rachi et l'amour
Cet axe de lecture (l'exigence persévérante dans l'amour)
nous permet de comprendre pourquoi Rachi
introduit subitement beaucoup de termes qui montrent ces exigences
et ces discussions et ces doutes dans son commentaire de notre paracha
: "écouter, tenir ses promesses yichmor lékha avta'hato,
peut-être ki, diras-tu chéma tomar en ton cœur,
âl kor'hakha à cause de, mais, peut-être dilema
obtiendrai-je, réconcilié, bienveillance, ne demande rien
sinon de, malgré cela, si vous rejetez, le séduire, reproche,
reconnaissez que, ne se soucier que d'elle, si tu m'abandonnes un jour,
rassasiés, de peur que, tu oublierais, ne pas laisser de répît,
avertissement, devoir, résister, crainte, frayeur".
Nous devons, ainsi, voir comme quelque chose de normal les exigences réelles
et concrètes quand nous vivons une relation amicale ou amoureuse.
De même, voir en ces mêmes termes la présence de ce
fil d'exigences amoureuses avec Hachém, dans ce qui est
banal, simple et concret (hammitsvote haqqalote, dit Rachi en 7,
12).
Le Chla : amour/humilité
Cet enseignement de la paracha sur la nature de l'amour nous permet
de comprendre pourquoi le Chla
centre son commentaire sur l'humilité, dont Moché
est l'exemple. Quel rapport le Chla veut-il nous indiquer par là
entre l'exigence d'amour et l'humilité ?
Cette "humilité", ânava, n'est pas une vertu ascétique
d'auto-humiliation mais c'est l'attitude de celui qui comprend, accepte,
sait et reconnaît que ce n'est pas moi qui me fais moi-même
mais que tout vient de D.ieu.
Les pouvoirs, les codes sociaux, les idéologies, les usages, les
conventions peuvent détourner de cette conscience de la réalité,
c'est alors l'idéologie culturelle du veau d'or. Moché,
élevé pourtant parmi l'élite culturelle, sait que
tout vient de D.ieu ; et, sur la même base et dans la même
attitude, il a confiance aussi que tout viendra de Lui. Et donc, quand
D.ieu lui dit Son amour et demande d'être aimé, Moché
n'oppose pas sa propre argumentation défensive, mais il reçoit
et accepte le don des mots, des éclairages et des demandes. C'est
cela son humilité, que l'on appelle aussi yireate ahava
"crainte de D.ieu par amour".
La confiance de l'amour
Ainsi, dans tout amour véritable et dans toute amitié véritable,
il y a la confiance. Elle a foi dans le fait que l'autre aime et agit
pour le bien ; et, s'il le dit et le démontre ou le rappelle, cela
n'entraine pas scepticisme, discussions, fermeture, défense des
droits et de l'autonomie. Mais, cela déclenche seulement réception
des mots, du don et de l'amour, douceur.
Le chant et l'amour
La réaction interne simple et saine, ce sont alors les chants
d'amour que l'on trouve dans les psaumes. De là, nous
comprenons que D.ieu dise dans notre paracha : "si vous écoutez
et vivez ainsi, alors vous serez dans le bonheur". C'est également
le chant interne qui s'élève dans le cœur de l'épouse
à la fin du Cantique des Cantiques, et qui ne fait que reprendre
ce que dit cette paracha :

karmi chéli léfanaï, ma vigne à moi est
là sous mes yeux...
ha yochévéte bagganim, ô toi qui te
tiens dans les jardins,
'havérim maqchivim lé qolékh, les amis sont
tout oreilles pour écouter ta voix,
hachmiîni, fais-moi t'entendre,
béra'h lékha dodi, fuis mon bien-aimé...".
Quand l'attitude est identique chez les deux, situation idéale,
alors ou bien c'est le bonheur de l'amitié avec la distance respectée,
ou bien c'est l'envol des deux amants ensemble.
Ainsi, derrière cet enseignement où la paracha parle de
l'amour et de son exigence, elle aboutit à un plaidoyer pour la
bonté et la gentillesse véritables dans toute relation
humaine, à l'image de notre relation à D.ieu. Tout
ce que nous avons dit peut y être repris là, à moindre
intensité certes, dans l'amitié.
Là encore, l'expérience montre que la bonté est si
rare qu'elle est perçue souvent comme un signe de bêtise,
de naïveté ou d'extravagance pathologique et ambiguë
: on recherche alors les intentions perfides cachées, celui ou
celle qui a été simple et bon deviennent souvent objets
de persécution gratuite et d'humiliation. On cherche l'intérêt
caché derrière.
C'est la raison pour laquelle la paracha, après avoir invité
l'homme à revenir à une conception de l'amour simple et
crédule envers D.ieu, demande d'en faire autant envers les étrangers
et guérim, pauvres démunis et vulnérables,
qui seront souvent les victimes automatiques de la méchanceté.
Si la paracha nous rappelle ces devoirs, ces mitsvotes, c'est bien que
notre propension naturelle est de mépriser l'autre et de nous
fermer à l'amour éventuel que l'on pourrait éprouver
ou recevoir.
Donc, la mitsva d'aimer
Un autre enseignement apparaît :
nous comprenons maintenant pourquoi ces sentiments qui composent l'amour
sont exigés de nous envers D.ieu car
- si nous ne les accordons pas à D.ieu,
- a fortiori, nous ne les accorderons jamais aux hommes, dans aucune relation
sociale ni dans la relation conjugale.
D.ieu, à travers le plaidoyer qu'Il semble faire pour Lui-même,
vient simplement nous rappeler que le monde entier a été
créé par Ra'hamim, bonté gratuite : à
notre tour de nous comporter en bonté gratuite envers autrui, à
notre tour de croire à la bonté gratuite, à l'amitié
ou à l'amour quand ils se manifestent.
Rachi avait déjà attiré notre attention sur cet enseignement
à propos du verset de Devarim 2, 7 (ki Hachém Elokékha
bérakhékha bé kol maâssé yadékha"
car le Seigneur ton D.ieu t'a béni dans toute l'œuvre de tes mains
; il a veillé sur ta marche, à travers ce grand désert
; voici 40 ans que le Seigneur ton D.ieu est avec toi et tu n'as manqué
de rien").
Rachi dit :
léfikhakh c'est pourquoi,
lo tikhpou éte tovato ne vous montrez pas ingrats envers
Sa bonté,
léharote kéilou atém âniyim vous comportant
comme si vous étiez pauvres
élla harou âtsmékhém âssirim
mais agissez en riches".
Cinq fautes envers l'amour
Ainsi, c'est également humilier cinq fois D.ieu (ou l'autre
: ami, amie) que
- de ne pas l'écouter, de ne pas écouter,
- de ne pas voir les gestes d'amitié ou d'amour,
- de les contraindre à justifier la bonne foi dans ses sentiments
nobles,
- de les disqualifier finalement avec indifférence et sous couvert
de prudence réaliste,
- de retourner les gestes ou discours de bonté en volonté
de domination coupable.
C'est contre ces erreurs que la paracha nous met en garde car, de
fait, c'est la tendance habituelle des hommes que de les adopter comme
mode de relation et style de vie, spécialement quand la bonté,
l'amitié, le bonheur et l'amour véritables se manifestent.
L'homme est tellement habitué aux règles de la jungle, il
a déjà été tellement blessé et déçu
par les autres, par les plus proches ou par soi-même que, spontanément
dès le matin, il ne voit plus la possibilité de l'amitié
ni de l'amour vrais, ni que tout le monde est affaire d'amour.
Bien plus, souvent cet oubli atteint un seuil grave : combien
vont jusqu'à choisir, inconsciemment bien sûr, des relations
sociales ou de couple justement parce qu'elles assureront la possibilité
de conflits, de non-écoute, d'agression, de domination/soumission
violentes ; c'est l'histoire de beaucoup de relations sociales dites "d'amour"
et qui n'en sont pas. C'est aussi l'expérience du conseil conjugal.
L'amour, continent-vierge
Le Tanakh et l'histoire de notre peuple qui y est contée nous montrent
que l'amour est méconnu, rejeté ; c'est un continent, souvent,
encore vierge. Alors, D.ieu se bat à longueur de Torah pour
apprendre à Israël qu'il est aimé sur cette terre spéciale
qu'est la terre d'Israël, et Il le supplie : "écoute,
Israël, ton D.ieu est bon" ; et ce verset du Chémâ
Yisraël (Dévarim 4, 6) est précédé
et suivi immédiatement du mot "amour" dans la prière. Et,
bien plus encore, s'il est dit dans ce verset que D.ieu est Un (é'had),
ce mot é'had a la même guématria 13 que le
mot amour (ahava = 13) qui l'entoure deux fois, comme deux bras,
ou comme deux oreilles. C'est un fait enseigné par la tradition
de la manière la plus sûre.
Plaidoyer pour le bonheur
La paracha Eqév est ainsi un plaidoyer et une pédagogie
pour une question essentielle : le bonheur dans les sentiments simples
et confiants d'amour ou d'amitié, et l'acceptation conséquente
du dialogue ouvert, crédule et confiant. Cela prenant sa source
en
Hachém,
tel qu'Il se comporte face à Israël.
On peut, maintenant, comprendre aisément pourquoi il y est dit
que, si on aime D.ieu, il y aura de bonnes moissons, des enfants, etc.
En effet, le refus de l'amour et de la bonté pourrit tout, détruit
tout, rien ne peut résister à ce "mauvais œil" (le âyine
harâ ou regard négatif) qui tue les sentiments les plus
purs, l'image d'autrui, et on parvient ensuite à tout expliquer
à partir d'un mauvais regard mal intentionné, envieux ou
pessimiste qui trouvera toutes les justifications : c'est organiser avec
sûreté la ruine effective alors que le bonheur promis
était pourtant réel et possible avec sa fructification sur
tous les plans.
Plaçons une parenthèse : il va de soi que l'amitié
ou l'amour ne sont pas possibles entre toutes les personnes ; ils trouvent
leur place entre des familles d'êtres. Mais, là encore, pour
qu'ils puissent éclore, il faut qu'il y ait une attitude générale
dans les relations humaines et une formation à cette approche.
L'amour chez le tsaddiq
Un niveau supplémentaire existe pour le peuple juif : aussi bien
collectivement qu'individuellement, placé comme une antenne au
milieu du monde en désarroi, le Juif sera plus que d'autres
soumis (comme Avraham, Moché ou David) aux défis, aux crises
tragiques jusqu'à l'extrême, c'est ce que l'on appelle son
rôle de tsaddiq : il perçoit les défis de l'existence,
les incompréhensions qui mènent l'humanité vers la
haine et il lui a été demandé d'essayer d'être
toujours l'homme selon la lumière de la Torah.
Alors, adoptant une contreproposition par rapport au jeu habituel, il
devient l'objet de la persécution.
Et il a reçu le rôle de devoir en triompher par la seule
confiance dans la science de l'amour que D.ieu a pour lui et qui est plus
fort que tous les ennemis, que le mauvais œil ou que la médisance
habile : choisir l'amitié et l'amour, c'est l'art de faire toujours
triompher la confiance en l'autre que l'on aime, et c'est une confiance
inaltérable à travers le temps et pour tout l'avenir, malgré
toutes les apparences, malgré les influences et les pressions ;
sans cela, il n'y a pas amitié ou amour. C'est cela que dit
la paracha : êqév, à la suite de..., à
la suite de la confiance, l'amitié et l'amour se confirment et
éclosent et donnent leurs fleurs. Voilà pourquoi amour est
"toujours". Toujours, "à la suite de", êqév.
A la suite d'un indice, ce système d'amour est découvert
comme étant ce qui gouverne totalement tout ce qui se passe entre
deux :

bé a'had mé êinayikh, béa'had ânaq
mitsaveronaïkh,
par un de tes regards, par un des colliers de ton cou (Chir
haChirim 4, 9).
Chaque indice précis, et ils sont nombreux, y apporte la même
vision d'ensemble. On peut y essayer de faire la liste de chacun de ces
indices.
C'est un festival de l'écoute attentive. Et l'avant-dernier verset
résume bien cette attitude :
'havérim maqchivim lé qolékh, hachmiîni,
les amis écoutent ta voix, fais-moi l'entendre (8, 13).
A la suite d'une bonne écoute, nous serons ensemble, dit Israël
à son amant. C'est cela que la paracha enseignait.
Qu'ils sont loins de l'histoire juive, du destin juif, de l'être
juif, de l'aspiration qui a fait que des siècles ont été
fidélité, ceux qui ne voient pas cela dans la terre d'Israël:
une part de la chambre d'amour et de l'union et des amants eux-mêmes;
ils n'y voient qu'un salami à découper politiquement pour
aboutir à un réglement selon les critères des nations.
Ils sont hors de la réalité réaliste qui est celle
de l'amour de Création. Qu'ils agissent ainsi dans leur vie sentimentale,
vite il n'en restera rien. Alors, parallélement, nous ne
sommes pas surpris de la violence sociale et familiale qui se développe,
même en Israël, quand une partie du peuple perd le sens
de cet amour qui a entouré le Chémâ depuis
toujours ; car la paracha est montée vers la terre d'Israël
; qu'on habille ces abandons du sens par n'importe quelle idéologie
ou justification ne change "rien" au fait. La paracha a bien décrit
ce qui se passera alors, que D.ieu nous en préserve.
Vers l'amour pendant les nuits
C'est tout le Cantique des Cantiques qui dit de l'aimé : koulo
ma'hamadim, "il n'est que douceur" (5, 16). Ces axes de lecture étant
précisés, maintenant il faut le relire dans cette perspective
pour y découvrir cette réception totale. Et ne pas oublier
que c'est LE SENS DE L'HISTOIRE. C'est très réaliste. L'amour
construit ou détruit un peuple, un monde, de même qu'il construit
ou détruit inéluctablement un enfant par sa présence
ou son absence.
Certes, cette réception est pourtant brouillée inévitablement
par des phases obscures qui sont vécues avec tragique et crainte.
Mais c'est dans la nuit qu'il est intelligent et aimable de croire au jour
qui reviendra. L'amour exige aussi cette sagesse fondée sur l'expérience
de l'alternance des jours et des nuits.
"Ecouter", aimer selon ce que D.ieu demande à Israël et
aux hommes entre eux, c'est cette ouverture totale du Cantique vers le
positif : "qui est celle-ci qui apparaît comme l'aurore... reviens
que nous puissions te regarder... ma vigne à moi est là devant
mes yeux..." (chapitre 8).
J'ai essayé d'expliquer comment on travaille aussi en ce sens dans
la psychothérapie dans mon livre : comment "Ecouter le rêve"
de l'autre. Et toute la paracha nous apprend l'efficacité de cette
ouverture bénéfique : "si vous écoutez, alors...".
Alors, tout est possible. C'est cette attitude que j'essaie de développer,
concrètement, dans la formation et la supervision des conseillers
et psychothérapeutes. Combien d'échecs sentimentaux, amicaux
ou conjugaux ne reposent que sur des manques de cette écoute et
attention ; l'étonnement s'éteint, tout devient des actions
seules, mécaniques, il n'y a plus d'envol ni affectif ni sexuel
car il n'y a plus l'écoute de l'autre ni de soi.
De même, la vie professionnelle n'est plus une écoute de
la solidarité ("mon fils a réussi", cela devient: "il a
fait de l'argent"; il est réduit à cela, et les autres
n'existent pas comme relation de solidarité mais comme moyen d'acquérir
de l'argent et comme échelle pour mesurer sa place parmi ceux qui
possèdent).
Quand cette attitude d'écoute est double, réciproque, c'est
le retour qui nous est proposé dans le mois de Eloul dont les initiales
(alef, lamed, vav, lamed) réfèrent au verset du Cantique
qui exprime cela parfaitement : "je suis vers mon bien-aimé
et mon bien aimé est vers moi" (ani lé
dodi vé dodi li) et non pas comme on le traduit, hélas,
en termes de possession fermée et dominatrice qui est le contraire
même du sens du verset ("je suis à mon bien-aimé
et mon bien-aimé est à moi" !). Cette erreur de traduction
est très significative de l'enjeu et de la distorsion si rapide
que la Torah nous demande d'éviter, et dans laquelle on retombe
si facilement. Recherchez ce verset dans le Cantique.
Rabbénou Bé'hayé
: du "quoi" au "cent".
Dans le même sens, la paracha nous dit : ma Hachém
Elokékha choél méimakh, ("ma, quoi", qu'est-ce
que D.ieu demande de toi ?). Il s'agit bien de ce dont nous parlons jusqu'ici
: la demande et l'exigence qui accompagne l'amour. Rabbénou Bé'hayé
(10, 12) rappelle le texte du Traité Ména'hote 43 b : "ne
dis pas ma (qu'est-ce) mais méa (cent), qui indique
les 100 bénédictions à dire chaque jour".
Relions ce propos à notre commentaire : le sens en est que,
si
nous adoptons cette attitude ouverte, attentive, positive, alors l'envol
se fait, et nous atteindrons l'état de bénédiction
et de complétude ; cela se comprend dans la mesure où les
Sages, pour former le mot méa cent, ajoutent au mot ma
la lettre alef qui représente D.ieu.
Ainsi, dans notre suspicion légitime face à la naïveté
de l'exigence envers l'amour de D.ieu ou de l'autre, si nous intégrons
en nous cette présence de D.ieu qui est total amour de bienveillance,
alors la bénédiction règne ; mais cela est à
répéter sans cesse tout au long de la journée en des
petites pensées insignifiantes mais qui sont le mouvement du cœur,
d'où les 100 bénédictions à dire ! C'est aussi
pour cela que la prière nous faire redire quatre fois par jour le
texte du chémâ, de cette mitsva de l'amour, ahava
(2 fois dans la prière du matin, une fois dans celle du soir et
une avant de dormir). C'est bien la question essentielle de l'amour
: comment passer du "quoi" (ma) de la vie lourde, fermée,
aveugle et monotone au "cent" (méa), floraison, envol commun,
joie, "êqév, à la suite de toi".
La Création toute entière est relation
Ce qui est spécifiquement juif aussi dans cet enseignement de
la paracha, c'est de ne pas en faire seulement une règle de bonne
relations humaines ou de couple mais de comprendre que cette règle
de l'amour-exigence repose sur l'ordre et sur le fonctionnement de toute
la Création.
Quand nous avons le bonheur de pouvoir connaître la Torah dans
les nuances de l'hébreu, alors nous pourrons comprendre cet enseignement
de la Torah dans la mesure où son étude sera, de notre part,
une
écoute du texte comme le texte de la parole de quelqu'un pour
en vivre et non pas une intégration de connaissances comme le
ferait un livre.
En effet, celui qui n'entend pas le texte comme relation et comme
interpellation et ne le lit pas avec son cœur vibrant ne peut pas en découvrir
le message du judaïsme : la paracha dit "écoutez afin que
vous en viviez".
En effet, ce n'est pas une simple règle de sagesse, Rabbénou
Bé'hayé dit que tout cela vient de Lui, c'est cela même
le kavod de D.ieu, cette dignité supérieure qui n'aurait
pas besoin de la nôtre ; si elle s'adresse ainsi à nous gratuitement,
c'est avec cette dignité supérieure qui la caractérise,
elle vient de ce lieu qu'Il est et pour lequel nous Le nommons Lieu, Maqom
: baroukh kévod Hachém mimméqomo (bénie
est la dignité de Hachém venant de Son Lieu).
La source est en D.ieu
L'humilité de Moché, qui devrait être celle de
tout Juif, c'est d'accepter cette règle des relations d'amour prenant
leur source dans la dignité même de D.ieu, et de ne
pas se mettre soi-même comme étalon de mesure, de dignité
et de jugement ; nous comprenons alors, chez Moché Rabbénou,
cette confiance totalement bonne qui ne désespère jamais
de l'autre ni de son peuple ni de D.ieu. C'est qu'il voit en l'autre homme
la présence de la source digne, le kavod divin.
Heureux ceux qui se comprennent ou qui s'aiment et dont la qualité
de l'être commun et de la relation permet la perception de la présence
de ce kavod divin en l'autre. Alors, il ne leur sera jamais possible
de mépriser l'autre ou d'en médire, dans leurs pensées,
dans leur cœur ou dans leurs mots. Leur attitude envers le voisin d'immeuble,
le collègue de travail, le chauffeur de taxi, l'étranger
en seront ipso facto améliorées et rectifiées constamment.
Ou, s'ils errent un instant, ce qui est normal de nombreuses fois par
jour, ils se corrigeront vite après leur erreur.
La science de l'amour par Ribbi Eliahou Vidas
Regardons dans Réchite 'Hokhma (Le commencement de la sagesse,
1575), de Ribbi Eliahou ben Moché Vidas (élève de
Rabbi Moché Cordovéro, 1522-1570, l'auteur du Pardès
Rimonim et du Palmier de Dévora que nous étudions pendant
le Ômér),
ce qu'il dit de notre amour envers D.ieu auquel il a consacré de
longs chapitres, alors que Rabbénou Bé'hayé, l'auteur
de 'Hovote halévavote (Les devoirs des cœurs) s'était
centré plutôt sur l'application morale dans notre comportement.
Ribbi Eliahou ben Moché Vidas développe sur plus de 300
pages, bien plus que ce texte, ce que nous avons perçu dans la
paracha en insistant sur le fait que la Torah nous montre l'amour
exige tout ("de tout ton cœur, de toute ta personne et de tous tes
biens") et que "toute" la Torah est reliée à cela. Il montre
à travers la Torah comment l'amour agit gratuitement, sans aucun
souci de trouver un bénéfice en retour, ni immédiat
ni à long terme ni dans le monde à venir.
L'amour ou l'aimé exigent la préférence, l'exclusivité,
l'absence de diminution ou de rupture, le désir, la proximité,
aimer l'autre autant que soi-même, lui donner tout le possible pour
que rien ne lui manque, percevoir le besoin qu'il y a chez l'autre. Cela
est également entre les humains pour le motif que D.ieu nous a
aimé initialement selon ces caractéristiques et qu'Il a
besoin d'être aimé ainsi de nous.
Il s'ensuit que l'amour humain ne s'épanouit et ne vit que si
chacun est conscient de la source. La source seule est assez désintéressée
et pure pour garantir la bonté de l'amour humain. Alors, l'amour
reconnaît le bon qui est en l'autre et sa seule réaction
est la bonté. Pour cela, l'amour suppose la domination sur notre
pulsion vitale brute, le yétser hara, sur nos appêtits
de fermeture sur la possession et l'objet (argent,...) tournés
vers nous-mêmes seulement ou, plus exactement, de réintégrer
toutes les pulsions négatives sous le contrôle de la bonté.
Puisque cela se joue dès l'éveil (hitôréroute)
des plus petits mouvements intérieurs, on dit que l'amour est dans
le cœur (ahava ba lév), que D.ieu exige le cœur (ra'hamana
liba baê, Sanhédrine 106b), que l'amour doit prendre
la personne véritablement (ahavate néféche mamache).
En fait, cette gratuité, bonté et totalité de
l'amour vient de ce que D.ieu aime ainsi, parce que c'est Son être,
qu'Il nous a créés par cela et à Son image.
Réchite 'Hokhma
Voici de brefs extraits des principaux axes du livre:
- Il relie les concepts de yirea (crainte du C.iel) et de ahava
(amour) comme deux composantes indissociables et comme deux marches (madrégotes)
que doit acquérir celui qui revient à la Torah.
- ce sont des qualités intérieures qui ne sont pas décelables
de l'extérieur par autrui.
- une prière ou rencontre avec D.ieu qui ne comporte pas ces qualités
ne peut suciter que la colère du C.iel envers celui qui agit ainsi.
- Ils sont si importants qu'il les met en relation avec les lettres du
Nom de 4 lettres: la première lettre, le youd, est en relation
avec yirea (crainte du C.iel) et la seconde, le hé
avec ahava (amour)
- La phase de yirea (crainte du C.iel) précède celle
de ahava (amour) dans l'approche. C'est un degré nécessaire,
une base, mais aussi un degré moins élevé (ahava
yéch lo maâla noséféte âl yirea).
Il faut d'abord le respect avant d'atteindre l'amour.
- La valeur de ce qui est fait par amour est bien plus grande haôssé
mé ahava sakhro kafoul mimi ché ôssé méyiréa).
- Il faut aimer Hachém avec nos deux instincts au bien et
au mal (bichéné yétsirékha).
- aimer pour un avantage n'est pas aimer (ahava léHqbh kédé
ché yichmor oto éino ahava).
- celui qui aime son argent ('haviv mamonékha yotér...)
plus que tout, n'aime pas.
- ne soyez pas comme des esclaves qui servent leur maître, mais
aimez.
- ahava (amour) est au-dessus de tout ce que l'on peut faire (ahava
ôla âl kol haâvodote chébaôlam), et
rien ne rend plus hommage à D.ieu.
- la crainte fait partie des mitsvotes lo taâssé (concernant
ce que l'on ne doit pas faire car seule cette crainte ou ce respect de
base incite à ne pas réaliser le mal) tandis que l'amour
fait partie des mitsvotes âssé (ce que l'on doit faire).
La domination sur la pulsion vers le mal est amour complet (akhnaâte
hayétser ha râ hou ahava chéléma).
- celui qui aime D.ieu, c'est comme s'il accomplit toutes les 10 dix paroles
qui ont fondé le monde (mi ché ohév éte
HQBH méqayém éte âssara maamarote). Car
c'est directement de D.ieu que vient ahava (amour).C'est là
sa valeur incommensurable. Ne soyez pas comme des esclaves qui servent
leur maître (al tiyou kéâvadim haméchaméchim
éte harav).
- La Création (Béréchite) et le mot amour
(ahava) sont une même chose (é'had) qui correspond
à l'unité divine, ils ont la même guématria
en mispar qatane (Béréchite bé"mispar
qatane ôlé ké minyane ahava ouchénéhém
misparam é'had).
- l'essentiel de cet amour (îqar haahava), c'est d'aimer
D.ieu plus que tout ce qu'il y a dans ce monde (ché lo yééhov
choum davar ba ôlam ha zé yotér mé ahavato
yitbarakh) . Plus que son argent (mamono), plus que son propre
corps (goufo). C'est aimer parfaitement et cela comprend trois
composantes: se rapprocher et adhérer à Lui (dévéquoute),
aspirer ('hachiqa) et désirer ('hafitsa). Par ces
trois mouvements on l'aime dans la Chékhina, la présence
de D.ieu ici.
- celui qui aime est relié à la bonté de Hachém
(mi ché ohév léHqbh miâtér bé'héssed,
mitdavéq mitsad ha'héss ed), à celle du monde
d'En-haut et du monde à venir.
- c'est de Hachém que vient notre amour pour Lui (Hachém
miménno nimchakh léadam ahavate Hachém).
- il est relié avec tout son être (înyane haahava
ché tédabéq bo békhol ha'halaqim ché
békha) à son image dans le monde d'En-haut (îm
'héléq ha néfeche ha éliyone).
- il vit avec D.ieu et la Chékhina.
- il vit comme Avraham qui donna tout son être (lééhov
éte Hqbh kéAvraham chémassar éte nafcho élav).
- combien de lumières sont attribuées aux tsaddiqim
dans le monde à venir, mais plus que tout à ceux qui avaient
dans leur coeur l'amour de Hachém (lééllou
ché haya ahavat Hachém bélibam).
- comme D.ieu nous aime, il convient de l'aimer (kéchém
ché Hqbh ohév otékha, kakh raouïlle ché
tééhavhou).
- le coeur est l'endroit de l'éveil de l'amour envers Hqbh (halév
hou méqom hitôréroute léôrér ahavate
Hqbh).
- notre amour envers Lui s'éveille en pensant à Son amour
pour nous. Et en pensant à tout ce que le prophètes ont
dit du monde à venir.
- celui qui aime D.ieu, avec son coeur, avec toute sa personnalité
(néféche) et avec son argent, D.ieu le comble de
Sa bonté. Ce doit être vraiment un amour des sentiments de
la personnalité (ahavate néféch mamache),
- et tous les mondes sont bénis par lui.
- cet amour envers Hqbh fait acquérir la sainteté dans les
pensées et dans l'intellect (âl yédé ahava
lé Hachém yitbarakh, zokhé liqédouchate hama'hchava).
- autant le feu et l'eau (maim vé éche) n'ont aucun
point commun (éinam mit'habérim) autant l'amour envers
ce monde-ci et l'amour envers l'autre monde n'ont pas de points communs
(kakh éino mit'haber ahavate ôlmam hazé îm
ahavate ôlam habba)..
- celui qui aime reste stable dans son amour même quand D.ieu manifeste
sa rigueur chélémoute haahava hou afilou kéchéHqbh
mitnahég îmo mitnahég îmo bé dine yéhaavéhou.
- l'amour commence par un éveil du coeur (hitôréroute
ha lev), et par une adhésion à l'autre.
- l'amour envers D.ieu prend les sentiments effectivement, le néféche.
- l'amour passe par la soumission de l'instinct à faire le mal,
yetsér ha râ.
- ceux qui le lèvent la nuit pour prier (tiqoune 'hatsone)
par amour, l'amour leur est accordé, et D.ieu accomplit ce qu'ils
demandent. Il faut se lever chaque nuit par amour de Hqbh (tsarikh
laqoum békhol laila méahavate Hqbh).
D.ieu exige le coeur
C'est cela que la paracha voulait nous décrire et nous expliquer
pour ne pas en rester à une religion de connaissance ou de pratiques
et d'obligations : car D.ieu exige le cœur, Il a tout fait selon
ce modèle qui est le modèle du couple, comme Rachi le montre
dès le début de la Torah, et cette même exigence doit
être la base a priori de la vie concrète de couple. De même,
dans les autres relations humaines marquées par la distance respectée
entre les êtres, l'éveil de la même bonté gratuite
doit être de règle.
Le fruit de cette attitude est la joie (sim'ha, nom hébraïque
également), dit le Réchite 'Hokhma. En effet, le pouvoir
destructeur est contrôlé et il est piloté par la bonté
jusqu'à l'épanouissement, cela suffit à autoriser
la naissance fragile de ce sentiment de joie. Là où le doute,
l'amertume, l'inquiétude, la tristesse et le mal pouvaient l'emporter,
le retournement volontaire en bonté donne la joie de la sécurité,
de la confiance, du bien et la permission de s'envoler totalement sans
menace. Tout l'être ressent une joie.
Le test de la confiance : le "toi"
C'est la joie d'Avraham qui a franchi ce test de la confiance et qui,
en raison de son attention la plus fine, a été le premier
à pouvoir dire "toi" (ate) à une épouse qu'il
découvre progressivement d'un mot à l'autre jusqu'à
pouvoir le formuler en ce "tu":
"et il dit vers-Saraï sa femme, vayomér él-Saraï
ichto
voici, je te prie, j'ai su, hinné na yadââti
que tu es une femme belle à voir, toi, ki icha yéfate-maré
ate " (Béréchite 12, 11).
Avraham découvre alors le premier "toi" (ate) dans l'histoire
humaine ; mes étudiants dont beaucoup sont les fruits d'une éducation
et d'un enseignement qui ont voulu déraciner d'eux toute source
juive traitée avec mépris de "religieuse", et qui veulent
être éducateurs, travailleurs sociaux ou psychologues, découvrent
et comprennent immédiatement la profondeur de leur culture quand
nous sommes amenés à regarder ce verset pour se former à
l'écoute vraie de l'autre : Avraham dit en hébreu à
sa femme qu'il a vu toute sa beauté interne et externe de A à
Z, de aléf à tav ( ce qui est le mot ate,
"toi", en hébreu).
L'écart avec la pauvreté de la traduction habituelle de
ce verset ("certes, je sais que tu es une femme au gracieux visage") montre
clairement tout l'enjeu que nous demande la Torah : sortir de la banalité
de l'apparence et de l'extériorité vide (gracieux visage)
pour rencontrer l'intériorité du cœur qui est digne (kavod)
d'être aimée et d'éveiller notre attention, notre
gratuité et notre bonté. C'est ce que la Torah appelle "aimer
l'autre comme soi-même" (véahavta léréâkha
kamokha, Vayiqra 19, 18), ce qui est la règle du judaïsme.
Mensonge antisémite, puis criminel, d'autres religions qui ont
voulu faire accroire que le judaïsme ignorait l'amour et qu'elles
l'apportaient en un nouveau testament.
Le "toi" de Hachém
C'est ce que Hachém a voulu faire envers nous. C'est Lui
qui nous a aimé le premier et qui nous apprend à aimer, et
qui nous propose de nous aimer selon Sa méthode et Sa propre vie
selon lesquelles Il a créé le fonctionnement des hommes.
C'est pour cela que j'ai appelé mon livre d'initiation au talmud
: Lév, coeur. Et les pages
du cours de Talmud ont ce coeur
.
Le psalmiste sait le reconnaitre dans la Torah et dans la vie, il sait
le dire et le chanter.
Que peut-on souhaiter ?
- Que cette Torah soit mieux connue (nos maîtres nous la dévoilent
ainsi explicitement),
- que les couples découvrent ainsi dans la Torah les règles
et usages de la délicatesse qui donne la joie,
- que les amis y trouvent les codes du respect, de l'entraide et de
la confiance,
- que les humains, dans la société, se sachent ainsi
bâtis également à l'image de Hachém.
On se rapprocherait alors un peu du Gane Edén.
Selon le Chla, Haqqaddoche baroukh Hou avait tellement besoin
de cela (âvoda tsorékh gavoâ) que, dans son impatience
et sa frustration, devant le comportement des hommes, Il s'est offert
un petit peuple pour lui dévoiler ces messages et ces façons
d'être ; c'est le peuple d'Israël.
Il le supplie : "écoute, Israël", et Il nous attend sur
ce point.
Combien attendent aussi... ignorent et, surtout, n'osent pas essayer
de vivre la bonté ou l'amour (blessés, crispés, ignorants
ou peureux, peu heureux). Bêtement. Ce n'est pas seulement une question
de volonté; beaucoup ont intégré dès l'enfance
des modèles intérieurs de relation affective caractérisés
par le totalitarisme de l'intérêt personnel et il faudra
faire un travail psychologique important pour en prendre conscience et
le modifier. Beaucoup ne veulent pas mettre en question leur conscience
de soi, pour des motifs complexes, et l'échec affectif est presque
assuré.
Une autre difficulté vient de ce que l'épreuve atteint
justement la zone la plus importante de l'être, nous le voyons dans
la âqéda, l'épreuve du sacrifice dans l'amour
entre Avraham et son fils Yits'haq. J'ai écrit
un poème sur ce thème, ici.
Rabbi Yaâqov Abou'hatséira
Dans sa grandeur, il apporte un enseignement supplémentaire
qui nous fera comprendre pourquoi il n'y a pas de différence ou
d'opposition entre le travail psychologique ou éducatif nécessaires,
et l'approche de la Torah.
Il montre, dans son commentaire de la paracha, que nos Sages ont dévoilé
et théorisé la conception juive de l'homme à travers
la Torah. Et que les niveaux élevés de la Torah ne peuvent
être atteints ou se réaliser (plénitude de la néchama)
que si nous faisons un grand travail de connaissance et construction au
niveau du néféche (l'être et l'identité
et ce que nous appelons aujourd'hui la psychologie) ; seulement quand l'harmonie
avec la source règne à ce niveau, alors les niveaux plus
élevés entrent.
Et il apporte un autre enseignement réaliste et positif : chaque
jour cet équilibre est détruit, voilà pourquoi la
prière du matin est si importante et si longue. Chaque jour,
il faut reconstruire le monde, soi-même et le couple. Voilà
qui nous donne de l'indulgence, de la patience, et du travail.
Il n'est pas possible de s'étendre davantage ici, mais on comprend.
Exercices
- Relire toute la paracha dans cet axe.
- S'interroger sur soi-même en chaque point,
sur la dynamique de nos relations,
sur le développement à réaliser.
- Apprendre le vocabulaire de ce commentaire.
Pour les débutants, aller à la page de lecture du Chémâ,
en page d'accueil.
- Lire la paracha,
- lire le Cantique des Cantiques.
- Etudier la haftara Vaét'hanane
qui nous montre ces merveilles, au niveau de la création de la nature
et non plus de l'homme comme ici.
2e niveau pour étudiants
avancés
Cours d'hébreu avec Rachi : le sens de la particule Ki
Chaque mot et chaque lettre de la Torah sont choisis pour véhiculer
des précisions extrêmes de sens. Rachi nous aide à
les percevoir, et tous les grands commentateurs qui s'appuient uniquement
sur ces précisions, même pour penser, moraliser ou transmettre
les secrets les plus élevés.
La parole de D.ieu ne peut être enseignée que sur l'hébreu
si elle veut enseigner "la parole de D.ieu" et les traductions ne suffisent
pas. Le nom de D.ieu dans les 4 lettres de l'hébreu transmet tout
autre chose que le mot D.ieu ou le mot God.
Par exemple, au début du verset 7,17 il est écrit ki
tomar bilévavékha... : "ki tu diras en ton coeur
: ces peuples sont plus nombreux que moi, comment parviendrai-je à
les déposséder ?" (allez lire ce verset).
Il est très utile de bien comprendre les nuances de chaque mot,
par exemple ce ki mot très fréquent (4376
fois dans tout le Tanakh). Voyez les expressions ki tov le jour
de la création, dès le premier chapitre de Béréchite.
1. Dans l'hébreu courant, le mot ki a le sens de "parce
que".
Donc ce sens de "parce que" ne convient pas. Rachi nous le dit : "ce
ki
,tu es contraint de le prendre dans le sens de peut-être",
âl-kor'hakha
lechone diléma hou. Il ajoute : "vé lo yitakhén
léforcho béa'hat michéar léchonote chél
ki,il ne serait pas pensable de l'expliquer par l'un des autres sens
de ki".
A quoi fait-il allusion ? Nous avons souvent vu que la
méthode de Rachi est d'indiquer mais sans donner tout le fil
conducteur, car on le connaît, ou bien on doit apprendre avec un
maître qui transmet et non avec un livre seulement. Rachi le précise
dans son commentaire de Guittine 90a (s'y reporter).
2. Voici à quoi Rachi fait allusion : ki peut avoir divers
sens :
- comme le sens de (achér) "que". Analysez
Béréchite chapitre 1 : ki tov. Dévarim 17,
12.
- comme le sens de (im) "si", (diléma)
"peut-être". Analysez Chémote 21, 2.
- comme le sens de (kéché, kaachér) "quand".
Analysez Chémote 12, 25.
- comme le sens de (élla, aval) "mais".
Analysez Béréchite 32, 29 ou Dévarim 16, 7-8.
- comme le sens de (af âl pi ché, gam im) "bien
que". Analysez Vayiqra 11, 4 ou Psaumes 25, 11.
- comme le sens de (déha, mipné, michoum, mikévane
ché, a'haré ché ) "car-parce que- puisque".
Analysez Béréchite 19, 8.
- comme le sens de (bélo saféq, azaï) "alors
sans aucune hésitation ni doute". Analysez Bémidbar
22, 29.
De plus, le mot ki comporte souvent une dimension de gravité
jusqu'à traduire parfois un voeu, un serment, une prédiction,
une imprécation.
3. ki peut avoir le sens déductif de "puisque".
- "puisque" de simple déduction : "et puisque qu'on nous avait
déjà dit que... on ne le redit que pour..." (Béréchite
25, 2).
- "puisque", avec insistance : "puisque aussi bien" (ki âl
kén).
Rachi (Béréchite 18, 5) :
"Puisqu'aussi bien" (ki âl kén) a le même
sens que âl achér, et c'est ainsi qu'il faut toujours
traduire dans la Torah : "puisqu'aussi bien ils sont venus s'abriter chez
moi" (Genèse 19, 8), "puisqu'aussi bien j'ai vu Ta face" (Genèse
38, 26), " puisqu'aussi bien tu connais notre séjour" (Nombres
10, 31).
- Dévarim 7, 7 : littéralement "Ce n'est pas parce que vous
êtes plus nombreux que les autres peuples que s'attacha Hachém
à vous et vous a choisis, ki parce que vous êtes
le plus petit de tous les peuples". Le sens est : "puisque vous vous
considérez vous-même comme le plus petit des peuples, alors
Hachém s'attacha à vous..."
- Analyser l'hébreu de Dévarim 15, 11 (ki... âl
kén) et Osée 6, 5.
Exercices. Analyser les particularités de mot ki dans
la Torah et son commentaire de Rachi.
Autres études de l'hébreu de la Torah,
pour étudiants avancés,
ici.
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