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21e Paracha: Ki Tissa - " Quand
tu recevras le compte"
Chémote (Exode) 30, 11 - 34,
35
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Comment sauver Israël?
Par une longue étude de la Torah sur le coeur,
avec le coeur
Qui compte en Israël?
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Commentaire par le Rav
Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres
de nos Sages

Je vous écris dans l'urgence
Cette semaine la Torah va nous contraindre à nous compter,
et à savoir de quelle façon nous prendre chacun
en compte.
Nous allons étudier cette question avec grande rigueur
et apprendre qu'on ne dit pas n'importe quoi sur la Torah selon
notre imagination. Nous pouvons regarder la situation à
notre façon, essayer de la résoudre à notre
façon, mais les réponses de la Torah ne relèvent
pas de notre fantaisie.
Nous compter, puisque D.ieu le veut? Pourquoi?
Il y a les 6000000 qui manquent de la Choa dans notre chair,
il y a plus de 1000 d'entre nous qui manquent dans notre chair
par les 22406 attaques du terrorisme palestinien rien que dans
les dernières années, il y a les milliers de Juifs
que l'on va continuer à expulser de leurs maisons, synagogues,
cimetières, entreprises comme aux pires temps de notre
histoire tandis que l'on réintègre en liberté
et à leur place les terroristes. Et pour ce changement
de "qui compte", il y a nos statistiques et photos
et descriptifs de victimes qui ont disparu subitement, heureusement
qu'il y a la Torah et pas seulement la politique et les politiciens:
http://www.idf.il/daily_statistics/english/1.doc
http://www.israel.org/mfa/go.asp?MFAH0iky0
http://www.israel.org/mfa/go.asp?MFAH0i5d0
http://www.idf.il/english/idf_in_pictures/2000/october/piguim.stm
http://www.idf.il/english/news/nifg.stm
Et nous exigeons des autres nations le devoir de se souvenir!
et de ne pas oublier.
Il y a une parti immense du peuple qui n'est pas sur la terre
d'Israël pour le recensement.
La Torah nous interdit d'oublier, chacun compte même si
les victimes et les absents ne voteront plus jamais, il y a...
il y a...
Qui compte, sur quoi compte-t'on dans le peuple juif; on le
voit, la Torah qui nous connaît bien a été
prudente de nous donner l'éclairage... contraignant.
 
(quelques images des victimes)
La situation est semblable à celle qui
précèdait les événements de Pourim.
Elle exige de nous des mesures draconiennes: d'abord le retour
à notre constitution, la Torah, qui nous a donné
tous les outils pour baser notre peuple sur des bases sûres
et invulnérables. Le peuple d'Israël n'a pas d'autre
issue que de vivre ce double programme pour lequel nous sommes
sortis d'Egypte comme nous allons avoir l'audace morale d'y
adhérer lors du prochain Pessa'h: vivre sur sa terre
et y vivre selon la Torah.
A l'extrêmisme de la déshumanisation, la Torah
impose l'extrêmisme du coeur, c'est cela que nous allons
comprendre dans cet enseignement des Sages sur notre paracha.
Et c'est tellement refoulé qu'il faut cette introduction
progressive.
Ainsi seulement nos textes nous disent explicitement que le
peuple juif sera respecté, béni des hommes, et
source de bénédiction pour l'humanité,
ce qui est son rôle.
Le problème n'est pas de savoir où on sera le
mieux planqué et protégé. Mais où
on sera dans la vérité de la véritable
vie qui apporte le bonheur à tous, en y contribuant.
Ce sera alors une bénédiction pour tous sur notre
planète. En tous cas, si nous adhérons à
la Torah et la transmettons et l'enseignons à nos enfants,
c'est cela qu'elle dit. Soyons logiques, les jeunes n'admettent
pas les doubles langages.
Voyons donc quel est l'enjeu de cette période tragique,
tel que nous l'enseigne la paracha Ki-Tissa ?
Elle nous donne l'axe de vision pour réagir, pour
survivre, pour vivre car la Torah est Torate h'ayim, axe dynamique
pour vivre. Découvrons en résumé cet axe
de la paracha avant d'entrer dans l'étude de chaque point.
I.
Pour réussir à survivre dans ce contexte historique
menaçant et vulnérable, nous devons acquérir
une pédagogie précise et laborieuse que nous ferons
ici sur la paracha, non pas sur des programmes politiques, afin
d'élever notre regard et avoir un bon oeil sur notre
peuple, le bon oeil qui montre et voit la vraie vie et la développe.
Sinon, nous donnons sa force au mauvais oeil et, par là,
nous devenons un peuple mauvais, auto-destructeur. Après
les parachiyotes précédentes, on aurait pu s'illusionner
en faisant du judaïsme une belle culture et philosophie
avec des beaux messages, des belles fêtes, des beaux symboles
dans une communauté spirituelle placée n'importe
où dans le monde. Mais la Torah n'est pas une déclaration
universelle des droits de l'homme, elle n'est pas une réalité
céleste, elle est sur terre pour nous contraindre à
appliquer dans le concret et avec précision l'art de
vivre réellement. C'est ce que nous allons apprendre
par une étude qui sera donc très précise.
N'oublions jamais que la majorité des mitsvotes de la
Torah s'appliquent sur la terre d'Israël seulement et que
les Sages les ont rendues également obligatoires dans
la dispersion de l'exil, uniquement par souci pédagogique
pour que les exilés n'oublient pas leur terre et leur
identité.
II.
Ensuite la paracha nous montre que notre regard doit aussi être
situé au niveau des middotes de Hachém, ce sont
les modes de comportement (si l'on peut dire) qui le caractérisent.
Car tout de l'homme a été fait à son image.
Nous allons l'étudier.
III
Alors, ainsi situés, nous serons des "hommes du lev,
du coeur", agissant dans le concret de l'existence avec
la force de la 'hokhma (sagesse) divine du coeur. Nous étudierons
ce que cela veut dire.
IV
Pour se stabiliser à ce niveau vital, le peuple doit
et ne peut s'en dispenser -en tant que peuple- vivre un jour
sur 7 au niveau du Chabbate (le Chabbate de Hachém dans
Sa Création et le nôtre dans le concret de ce monde).
C'est la condition impérative et nécessaire pour
vivre, pour ne pas nous détruire, et pour ne pas donner
aux ennemis la force de nous détruire. Ainsi est fait
le peuple juif, et nous avons toutes les preuves des dossiers
historiques qui le démontrent. Quelle perte de temps,
quelle perte de vies surtout, quand ceux qui nous gouvernent
ignorent ces règles de vie, ces règles dont les
dossiers historiques nous démontrent avec exemples positifs
et négatifs les erreurs de notre peuple en ces domaines
ou ces réussites. Ils les ignorent simplement ou, pis,
luttent contre cette culture qui est la leur, et cela à
l'heure où les autres peuples font la guerre par l'arme
unique des identités.
V
Nous allons donc accueillir l'enseignement de la Torah sur cette
intelligence appliquée dans nos comportements. Voyez
les psaumes
32 et 59 pour saisir affectivement ces données. Ce niveau
de comportement intérieur est celui de ceux qui vivent
fixés dans la yiréate Hachém (révérence
à Hachém). Et alors, ils évitent ipso facto
l'échec et les entreprises des ennemis dans toute la
vie; cela est résumé dans les psaumes où
revient le mot achré, "heureux".
VI
Alors, ce qui semblait être devenu notre sort inéluctable
(une lente dégradation, une perte de l'acquis, une choa
sournoise qui se prolonge et s'amplifie sans pudeur), se retournera
en libération et se stabilisera.
C'est ainsi que se réalisera bientôt la victoire
de Pourim, par un véritable travail interne de téchouva
dans le sens exact de la vie exacte. On dit parfois que le Nom
de D.ieu n'apparait pas une seule fois dans la méguila
d'Esther; mais, comme dans la vie, ce rouleau est plein des
noms de D.ieu de façon cachée pour ceux qui ont
étudié et nous, Juifs, nous avons reçu
cette science de dépister la force de la vie divine victorieuse
dans l'apparence de l'actualité difficile.
C'est ainsi que, seul, le modeste peuple juif a traversé
les millénaires, égal à lui-même,
stable, avec sa même langue qui possède ces secrets
de vie, alors qu'à chaque âge les autres peuples
semblaient sûrs d'eux et dominateurs et souvent persécuteurs
sur le plan politique, économique, idéologique
et religieux.
C'est le tour de notre génération que de réussir
Pourim cette année sous la persécution réelle
et généralisée, comme l'ont réussi
avec courage et fidélité et calme, chaque génération,
ou de nous laisser périr avec passivité et fatalisme
dépressif, ou en coopérant à la démoralisation
et à la destruction en disant aux adversaires qu'ils
ont raison et que nous sommes coupables d'exister, d'avoir notre
Torah, d'avoir notre terre millénaire, que leurs idéologies
doivent régler nos vies et notre... inexistence.
VII
Un seul point est clair pour tous les Juifs : nous ne pourrons
pas dire que nous ne savions pas, car nous avons eu tous les
éclairages et toutes les analyses des dossiers historiques
qui nous ont montré ce problème de génération
en génération. Nous ne pourrons pas dire que nous
n'avons pas reçu l'éclairage ni la formation sur
le pilotage de cette vie, ainsi que le voit le judaïsme.
Nous avons donc le choix : ou être le peuple de Hachém
et utiliser les forces et les règles de Sa création,
ou être le êrev rav, le peuple mélangé,
confus et querelleur qui mise sur les idoles des autres idéologies
et qui veut supprimer l'existence de notre propre identité.
A nous d'être des hommes, des béné Adam,
des fils d'Adam créatifs à notre tour, acteurs
dans la Création de vie. C'est le pouvoir et la tâche
qui nous ont été remis par la Torah. Et si nous
nous disons: "cela est plein de prétention, cela
est extrémiste", c'est que nous avons intégré
l'antisémitisme religieux et général contre
le judaïsme, contre nous-mêmes, alors que nous accordons
crédit pleinement aux autres modèles sans les
accuser.
Alors, nous pourrons dire ce mot achré ha âm, "heureux
ce peuple" et ressentir la joie qui fut aux Juifs ce jour-là,
comme il est dit à la fin du Livre d'Esther. La menace
totale était nécessaire à notre réveil,
nous nous laissions glisser vers ce qui nous détruit,
réveillons-nous. Réveille-toi, ma gloire,
oura kavodi, dit le roi David.
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Découvrir les psaumes qui donnent
les règles du bonheur (achré):
Psaumes 1-- 2,12-- 32-- 33,12-- 34,9-- 40,5-- 41,2-
65,5-- 84,5 et 6 et 13-- 89,16-- 94,12-- 106,3-- 112,1--
119,1 et 2-- 126,5-- 128,1-- 145,15-- 146,5
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Conseil de méthode
d'étude
L'étude de cette paracha est spéciale parce
qu'elle dévoile au lecteur qui étudie ce commentaire
les méthodes du tissage de la Torah comme les Sages
les ont reçues et transmises à leur tour. Ainsi,
ce commentaire prend au sérieux la capacité
du lecteur d'entrer dans la Torah avec la même intelligence
qu'il met dans sa vie professionnelle et intellectuelle. Cette
capacité développée dans l'étude
se traduira en capacité de vivre par une analyse exacte
de ce qui s'y joue dans la même complexité.
Il est souhaitable de travailler ce texte en prenant des notes
pour résumer, pour organiser ses connaissances, pour
apprendre les expressions; celui qui le fera aura franchi
un cap important et sera capable d'apprendre beaucoup plus
rapidement, de lire des textes ou d'entendre des cours de
haut niveau. Il faut connaître les expressions techniques
pour penser soi-même en Juif sur la Torah et l'existence.
Nos
Sages disent qu'il faut mettre des simanim pour avancer dans
la Torah, c'est-à-dire avoir un cahier sur lequel on
organise personnellement son savoir, avec ses propres repères,
ses propres moyens mnémotechniques, etc. afin de cumuler
le savoir. Et revenir sur ces notes. Les progrès
sont alors très rapides et, la faible goutte d'eau,
par son obstination à revenir sur ce qu'elle fait,
est capable de percer la roche la plus dure; à 40 ans,
Ribbi Âqiva commença à étudier
et, découvrant cette méthode et l'appliquant,
il devint le plus grand des Sages. A fortiori pour nous tous,
les simples.
I. Thèmes de la paracha
La paracha aborde les tâches liées au Sanctuaire,
après avoir décrit dans les sections précédentes
le Sanctuaire lui-même comme lieu de sainteté et
de rencontre entre le Créateur et l'homme.
Nous pressentons le prototype de l'homme tel qu'il fut créé
dans sa beauté initiale par l'intermédiaire de
ce Cohen Gadol (grand prêtre) qu'est Aharone, splendide
par ce qu'il est et par le rayonnement de ses beaux vêtements
comme nous l'avons compris
dans la paracha précédente.
Maintenant, ces qualités bien précisées
sont prises comme base pour le peuple lui-même; nous l'étudierons
à travers le cas du dénombrement du peuple par
le chéqel, unité de poids et de monnaie (Chémote
30, 11).
Ensuite, il en découle des prescriptions concrètes,
comme celle de vivre le Chabbate (Chémote 31, 12-17).
Cela étant bien posé, la paracha nous décrit
a contrario un échec de cette vie collective dans la
sainteté, afin que nous en tirions les leçons.
C'est l'épisode du veau d'or. Et on découvre de
quoi notre peuple est capable quand il veut renier sa Torah,
Aharone dit : "ata yadâta éte-haâm ki bé
râ hou, tu sais combien ce peuple est prompt au mal" (Chémote
32, 22). Nous devons être réalistes, ce n'est pas
une accusation antisémite, c'est écrit dans la
Torah.
Nous pouvons et nous devons être bons en vivant dans la
sainteté de la Torah mais, quand nous le refusons, nous
devenons de lamentables auto-destructeurs.
Nous voyons souvent ces mêmes conflits dans l'actualité
quand des forces agissent parmi nous pour oublier nos propres
valeurs, prendre tous les modèles externes pour nous
détruire et s'associer à ceux qui veulent nous
détruire. Hachém dit alors "âm qaché-ôréf,
vous êtes un peuple réfractaire" (Chémote
33, 5).
Heureusement, nous avons eu Moché Rabbénou, obstiné
à sauver le peuple, obstiné à l'éclairer
(Chémote 33); nous avons eu ce Maître inégalable
et nous avons besoin encore d'entendre des maîtres aussi
obstinés et aussi décidés en chaque génération
à faire entendre la Torah auprès du peuple.
Alors Hachém s'est révélé et nous
a donné les clefs pour vivre avec Lui comme peuple saint,
pour qu'il vive. Ce sont les mitsvotes très précises.
Et la première est celle du Chabbate, première
dans la révélation et première aussi pour
celui qui se convertit. Les autres principales seront, alors,
la circoncision, les téfillines chaque jour, la cacheroute.
Mitsvotes de la paracha
La paracha transmet neuf mistoves (de la 106e à la 114e)
que nous résumons :
- le don d'un demi chéqél au trésor du
sanctuaire par tout homme âgé de plus de 20 ans
(latét ma'hatsite ha chéqél. Chémote
30,
13). C'est ce passage que nous étudierons. Le chéqel
est une pièce d'argent ou d'or utilisée comme
unité de poids d'environ 7, 2 grammes. Sur cette photo,
il est écrit sur cette pièce de l'époque
des Hasmodéens ('Hachmonaim): chéqel Israel en
caractères hébreux anciens et, de l'autre côté,
il est écrit Yérouchalayim ha qédocha.
Car c'est l'essentiel, comme nous le verrons.
(s'initier
ici à la lecture des caractères de l'hébreu
anciens)
- la nécessité pour le Grand Prêtre de se
laver les mains et les pieds avant son service pour être
dans la sainteté (lir'hots ha kohanim yadayim véraghlayim.
Chémote 30, 19).
- l'onction du Grand Prêtre avec une huile de composition
particulière (chémén ha mich'ha.. Chémote
30, 22-25), et l'interdiction de composer cette même huile
pour tout autre usage,
- de même, l'interdiction d'utiliser la composition de
l'encens du Temple (lo laâssote bématkonét
ha qétorét. Chémote 30, 37) pour tout autre
usage ou pour les besoins personnels, ou même l'interdiction
de réaliser cette composition si ce n'est pas pour l'usage
saint.
- l'interdiction de manger ou de boire des mets préparés
pour une divinité (lo léékhol vé
lichtote tiqrovét âvoda zara. Chémote 34,
12-15) ; en conséquence, on en déduit de ne pas
conclure des alliances avec les habitants de Canaan qui mèneraient
à ces pratiques.
- l'interdiction de travailler les champs pendant l'année
de la chémita (repos de la terre. Chémote 34,
21).
- l'interdiction de faire bouillir l'agneau dans le lait de
sa mère (lo léékhol bassar bé'halav),
d'où il est tiré l'interdiction de manger ensemble
(ché lo nitbachélou bé yahad) lait et viande.
II. Etude du premier verset avec Rachi
Cette étude est basée selon la méthode
traditionnelle qui consiste dans l'approfondissement du sens
d'un verset ou de quelques mots et non selon des idées
générales. Elle s'appuie sur le commentaire de
Rachi et ses sources.
La première mitsva concerne le don du demi-chéqél.
On traduit généralement kitissa : "quand tu feras
le recensement des enfants d’Israël"; or, Rachi précise
que "le verbe veut dire ici recevoir comme le traduit Onqélos,
(léchone qabala kétargoumo). Cela veut dire: quand
tu voudras évaluer le nombre des enfants d'Israël,
ne les compte pas par tête mais reçois de chacun
d'eux un demi chéqél et quand tu compteras ces
chéqalim tu connaîtras le nombre des membres du
peuple".
Méthode pour étudier un commentaire de Rachi
Quand nous sommes devant un commentaire de Rachi, posons-nous
toujours 5 questions :
1. Sur quel problème Rachi a-t-il bûté pour
éprouver le besoin de l'éclaircir ? (cela n'est
pas évident à la seule lecture première
du "Rachi"). C'est la règle de "témia", étonnement.
On dit alors "tamoua !".
2. Par quelle voie apporte-t-il une solution à ce problème?
(Est-ce par un raisonnement, est-ce par un appui pris sur un
verset, ou sur un autre commentaire, ou sur la traduction d'Onqélos...?).
3. Quelles sont les sources sur lesquelles il s'appuie et qu'il
n'indique pas toujours?
4. Quel enseignement Rachi nous apporte-t-il par là?
5. Cherchons alors quelle erreur ou inversion de sens aurions-nous
faite sans l’aide de Rachi?
Appliquons cette méthode de façon systématique
avant toute étude de la Torah.
- Question 1 : Quelle est la témia de Rachi ? (Quel est
l'étonnement de Rachi ?).
L'emploi du verbe "tissa" lui semble curieux ou particulier
pour exprimer l'idée de recensement car il eût
été plus simple d'employer le verbe compter.
Il faut savoir que l'étonnement est la méthode
systématique des commentateurs juifs et, à leur
exemple, de tout Juif qui pense quelque peu. Regardez l'exemple
de Moché
devant le buisson ardent. Il faut s'étonner ; on
dit alors "tamoua", ce qui signifie "étonnant, bizarre,
surprenant, incompréhensible". (Voyez Rachi nous monter
cette méthode en Béréchite 18, 25 ; 41,
38 ou Bamidbar 32, 6 ou Isaïe 45, 11 et 53, 2 ou en Job
15, 2)
- Questions 5 : Quelle erreur ou inversion de sens aurions-nous
faite sans l’aide de Rachi?
Nous aurions vu "seulement un recensement” au lieu de
voir une “réception" (qabala). Rachi dit : léchone
qabala kétargoumo (tissa est un mot de réception
comme l'indique la traduction d'Onqélos qui utilise,
en effet, ces mots aré téqabbél).
Rachi nous a donc indiqué la voie par laquelle il est
parvenu à cette conclusion (question 2), c'est la traduction
d'Onqélos.
Mais, puisque le judaïsme ne marche pas par arguments d'autorité,
alors pourquoi cette référence à Onqélos
ne nous indique-t'elle pas sur quoi Onqélos s'appuie?
Nous sommes ici dans un exemple typique de la méthode
de Rachi: il pointe un problème sans en dire plus,
et nous le comprendrons seulement si nous connaissons sa méthode
des 5 questions que j'ai indiquées ci-dessus.
Si nous nous posons donc ces questions et cherchons, alors Rachi
nous a ouvert les premiers portails de la connaissance de la
Torah véritable.
A condition que nous ne prenions pas l'apparence du poteau indicateur
de notre première lecture de la Torah ou du Rachi pour
la réponse finale. On ne peut pas aboutir rapidement
au sens de la Torah. Il faut encore prolonger l'étude.
Pourquoi Rachi ne nous donne-t'il pas la référence
de base dont nous avons besoin:
- parce qu'il possède toute la Torah dans la tête
et il suppose que nous-mêmes également (!);
- pour que nous cherchions en allant étudier auprès
de ceux qui ont reçu la transmission de la Torah par
les maillons de la chaîne de la tradition depuis Moché
rabbénou.
Il nous faut donc aller chercher la source de Rachi et d'Onqélos.
Nous la trouvons en Bémidbar 16, 15 quand Moché
se défend et dit "lo 'hamor é'had mé hém
nassati, mais même un seul âne, d'eux je n'ai jamais
reçu" (nassati, même verbe que tissa).
La Torah fonctionne ainsi : le sens est donné par les
mots-clefs qui font la jonction entre des contextes éloignés
qui sembleraient différents.
Ainsi, lorsque Rachi nous dit lechone qabala kétargoumo,
cela veut dire qu’il y a un autre endroit sur lequel se fonder,
selon la méthode habituelle de la Torah. Et, si nous
cherchons, alors nous verrons que Rachi nous donne sa réponse
explicite en cet autre commentaire. Un maître juif ne
donne pas toute la connaissance en une fois, il ne la révèle
que
- si l'étudiant le mérite,
- s'il questionne,
- s'il prouve qu'il persévère dans l'étude.
Nous avons donc trouvé la source, suggérée
par Rachi; elle est dans son commentaire de Nombres (Bémidbar
16, 15) lors de la révolte de Qora’h; cette fois-là,
ce n’était pas seulement Haqqaddoche baroukh hou qui
était en colère contre son peuple comme dans l’épisode
présent (et cela nous montre quand même l’analogie
des situations : en effet, Il dit “séparez-vous
de cette communauté, Je veux l’anéantir sur le
champ”), c’est Moché lui-même qui anticipe dans
la colère.
Le texte dit : “Moché fut très irrité et
dit à Hachém : n’accueille pas leur hommage ;
je n’ai jamais pris à un seul d’entre eux son âne”.
Onqélos traduit cela : la ‘hamara dé’had minéhone
cha’hrét,
et Rachi commente : cha’hrét léchone arami kakh
niqrate aneguaria chél mélékh ché
‘hozéréte ;
explicitons : Onqélos traduit “je n’ai pas reçu,
lo nassati (verbe du recensement, ne l’oublions pas) par cha’hrét
en araméen comme dans le mot de aneguaria chel mélékh,
réquisition royale, ou millouim ou service
de la collectivité imposé, comme dans Baba Metsia
78 .
Et Rachi glisse en effet une indication capitale: "c'est une
réquisition royale". Quelle recherche sérieuse
il faut faire sur la Torah pour la comprendre!
Qu’est-ce que cela nous apprend?
Cela nous montre que, à travers tout le recencement et
le fait qu'il ne faille donner qu'un demi-chéqel quelle
que soit notre fortune ou notre pauvreté, le but est
que nous reprenions conscience que nous sommes ici uniquement
par la seule bonté du Roi des Rois, et par sa seule providence,
achga'ha.
Dans le passage de Bémidbar, il y a une situation de
rebellion chez les enfants d'Israël, de doute envers la
protection que Hachém, le Créateur et Roi des
Rois, leur accorde; alors, par ce doute même, se met en
route une relation de danger entre eux et ceux qui les menacent,
comme pour un enfant qui ne tolèrerait plus la surveillance
affective et attentive de la main de l’adulte, qui se rebellerait
et qui traverserait un flot meurtrier de voiture. Le parent,
excédé de rattraper l’enfant sans cesse, aurait
fini par lui dire: “eh bien, ça m’est égal, fais
c’est ce que tu veux, fais-le, va te faire écraser” ;
évidemment il n’en pense rien, c’est ce que comprend
Moché de la colère que D.ieu lui dit éprouver
envers les enfants d'Israël. Moché comprend au contraire
que Hachém lui demande de l’aider face aux enfants d'Israël.
Le talmud et le middrache nous décrivent cela précisément.
C'est quand le peuple doute que Amalec, le persécuteur,
se manifeste.
Nouvelle question.
Nous avons donc trouvé le contexte du sens suggéré
par Rachi mais, dans ce contexte, pourquoi un "recensement"
et pourquoi ce recensement est-il nommé par ce verbe
qui semble si particulier et si important dans son originalité,
alors qu’on aurait pu trouver beaucoup d’autres verbes pour
dire “compter le peuple”?
1 - Le premier sens connu et clair de ce type de recensement
est que le texte nous apprend à ne pas considérer
les hommes comme des "chiffres" à recenser, ce qui entraîne
les pires dégradations comme il est décrit en
2 Samuel 24, 10-15 : c'est tout le problème du "mauvais
oeil” (âyine ha râ) qui détruit l'autre ;
Rachi le dit sur le premier verset (Chémote 30, 12) :
"le mauvais oeil (regard aux effets destructeurs) a prise
sur l'acte de compter", chéhamminiane choléte
bo âyine ha râ.
De l'autre côté, les assassins eux, les nazis l'on
avoué placidement : “tuer un seul homme est un grave
problème, mais en tuer des milliers, ce n’est plus qu’une
statistique" et un autre disait lors de son jugement : "abattre
un homme est impressionnant mais 17000 tirs qui en abattent
ne vous font rien".
Ainsi, même à l'heure du pire comportement du peuple
(que cela n'arrive jamais), notre regard doit rester noble et
voir que ce peuple est 'héléq Hachém, part
de Hachém (Dévarim 32, 9). Dans sa fonction, il
a un rôle d’utilité publique et de lumière
de la Torah et de transmission de la bénédiction
divine au niveau de toute la Création. Ce rôle,
il le reçoit pour le bien du monde ; de même que
les Cohanim reçoivent la bénédiction et
la transmettent pour le peuple. Pour ce motif, on dit qu'Israël
est un peuple de Cohanim.
2 - Pour que cela soit bien compris, l’homme ne viendra pas
comme un troupeau de bêtes devant le recenseur public,
ni comme un militaire rendu anonyme par ses uniformes mais avec
un don, car, nédiv lév (volontaire du coeur),
il est conscient qu'il apporte sa générosité
de participation à l’oeuvre utile et nécessaire.
Mais alors, il faudra valoriser sa forme de présence
et s'adresser à lui sous une forme qui traduise ainsi
son aspect le plus noble, celui du don et de sa participation
au bien commun, celui de la "réception", qabala de l'autre
; il est beaucoup de gens en Israël qui portent ce regard
sur le jeune soldat en service pour le bien du peuple, ou sur
tout homme par la bienfaisance concrète.
C’est que le verbe (nassa) a aussi
le sens d’élever (harim), et il est utilisé en
ce sens dans diverses expressions :
- essa éînaï, j’élèverai
mes yeux (voyez psaumes 25,1 et 63,5 et 86,4 et 121,1 et lors
de la havdala 116,13),
- nasso panim, avoir des égards,
- nassa icha, épouser une femme ; nissea lé iche,
celui ou celle qui épouse un conjoint s’élève
et va vers lui et vers soi-même,
- également, marier son fils issi icha livno, c’est l’élever
vers une femme,
- nassa, c’est conférer ou accorder ou donner un conseil,
issi êtsa,
- nassa péri, c'est porter des fruits ; nassa réva’him,
c'est rapporter des bénéfices,
- même la discussion de négociation massa ou matane
est pleine d’élévation vers le visage ou les idées
de l’autre en cet hébreu saint,
- une élévation du désir est massea
; une aspiration est masseate néphéche, un idéal
est masseate lév.
Maintenant que nous sommes arrivés à une conception
très élevée de ce fait de compter, nous
pouvons comprendre que le nombre en guématria du mot
Israël (541) est exactement le nombre en guématria
de toutes les lettres initiales des 10 étapes que
franchit la bénédiction et la Création
du monde; ces étapes sont Kéter, 'Hokhma, Bina,
Tiféréte, Guédola, Guévoura, Tiféréte,
Nétsa'h, Hod, Yessod, Malkhoute. Ce n'est pas la peine
d'expliquer ici ces termes, le fait suffit et on peut le comprendre
aisément dans sa grandeur.
Un autre compte apporte une lumière supplémentaire;
le Yalkoute Chimeôni (386) rapporte le dire de Ribbi Yochia
ben Na'hman ha Cohen ; Moché objecte à Hachém
: Vous me demandez de compter le peuple, or il est écrit
en Hochéâ (Osée 2, 1) que ce peuple sera
comme le sable de la mer que l'on ne parvient pas à compter.
Hachém lui répond qu'il a mal compris le verset
car il s'agit seulement de compter la première lettre
de chaque tribu
(par exemple, la lettre Reiche qui fait 200.000 pour le nom
de Réouvene en mettant tout en 1000; la lettre Chine
de Chimeône fait 300.000: le Youd de Yéhouda fait
10.000; le Youd de Yissakhar fait 10.000; le Zayine de Zévouloune
fait 7.000; le Beth de Binyamine fait 2.000; le Daléte
de Dane fait 4.000; le Noune de Naftali fait 50.000; le Guimel
de Gad fait 3.000; le Youd de Yossef fait 10.000; le Aléf
de Achér fait 1.000).
Le compte ainsi réalisé donne une somme de 597.000
en comptant Yossef et non ses fils. On ne comprend pas, car
le compte normal et connu des Hébreux est pourtant de
600.000. C'est qu'il manque les 3000 qui ont été
tués lors de l'épisode du veau d'or (Chémote
32, 27-28). Si certains mathématiciens objectaient que
le compte de Bemidbar 2, 32 est 603.550, on peut leur répondre
que le 17 Tamouz, jour du départ de Moché, et
son retour à Kippour, 80 jours plus tard, 6.550 jeunes
gens avaient atteint l'âge de 20 ans (Chémote 30,
14). Donc, cela est exact. Par ce compte, Hachém
nous montre alors la relation d'amour entre Lui et le
peuple fidèle, même après une faute si grave
: ce peuple "compte" pour Lui.
Note: que l'on ne s'étonne pas que le prophète
Hochéâ soit postérieur à Moché
et qu'on l'invoque dans cette démonstration car
- au niveau de la compréhension et de l'interprétation
du message, il n'y a pas d'ordre chronologique dans le texte
de la Torah (éïne mouqdam ou méhou'har ba
Torah); sur ce concept, voir Pessa'him 6a, Qohélete Rabba
1, 31, III Zohar 148a, et Rachi paracha Béhaâlotékha
9, 1.
Nécessité de l'hébreu pour comprendre
la Torah
C’est cela l’hébreu: lui seul permet de comprendre les
jeux des mots de la Torah et le montage du sens dans la Torah
; une traduction, la meilleure, perd tout ces sens qu'il est
impossible de rendre par une expression en langue étrangère,
et on projette alors sur le texte des idées complètement
étrangères ; et ce langage riche et sain qu'est
l'hébreu apporte toujours un enrichissement de l'être
et de la relation (voir ici dans "Questions",
la réponse sur le choix d'une traduction de la Bible).
Jamais, l'étude la plus rigoureuse de la Torah ne se
sépare de la dimension existentielle et de l'application
morale dans la réalité.
Nécessité d'apprendre la méthode de l'étude
juive
Nous venons de découvrir pourquoi l'étude des
commentaires de Rachi est indispensable, à condition
d'apprendre les allusions si riches de Rachi auprès de
ceux qui les ont apprises eux-mêmes de la tradition. Que
l'on ne craigne pas de s'enfermer alors dans une technicité
désséchante, la technique permet au musicien d'exprimer
son âme de façon sublime et délicieuse.
Ainsi, nous découvrons jusqu'où mène une
étude qui regarde à la loupe les termes précis
: dans son journal intime, dans ses réflexions sur le
recencement de notre paracha, Rabbi
Yosséf Caro dans Méguide mécharim dit
: "quand le roua’h d’esprit s’unifie avec le néphesh
d’identité alors est fait un chéqél chalem,
une unité complète; c’est pourquoi, dit-il, on
comprend l’expression ki tissa quand on veut élever le
néphesh vers le roua'h". Sans commenter ces niveaux,
il suffisait de savoir qu'il y a ces ouvertures.
Cela étant compris, on réalise que cette mitsva
du demi-chéqél enseigne en acte comment associer
tout l’homme à l'ordre bon et divin en le reliant à
ce qui se passe dans le Sanctuaire et à ce qui devrait
se passer dans toute la Création pour qu'elle soit avec
son Créateur : en effet, le poids du chéqel qui
est pris comme référence est celui du sanctuaire,
chéqél qodéche. Ainsi, non seulement le
Cohen Gadol est référé à cette nouvelle
Création du monde dont nous avons vu le scénario
dans les parachiyotes précédentes, mais nous recevons
en plus une indication importante précise : cela concerne
tout individu mâle en Israël qui atteint son développement
complet d'homme à l'âge de 20 ans, et le chéqél
est composé de 20 parties.
Conclusions importantes sur l'étude de ce recensement
Ce commentaire nous fait toucher du doigt ce qu'est la conception
juive du monde, ou plutôt le mode juif d'être au
monde :
- ce qui pouvait être une activité administrative
la plus froide et la plus banale comme la nécessité
de compter statistiquement le peuple, devient l'occasion d'une
rupture, d'un décalage: c'est dans l'activité
même que l'on aura l'obligation d'en faire tout autre
chose.
- la condition pour cela, sera de se poser des questions. C'est
la spécialité du judaïsme : il rompt la monotonie,
la pesanteur naturelle de façon systématique et
continue. Or la vie sociale est justement le lieu des conformismes
de pensée et d'usages.
- ce qui est proposé à la vue est alors un autre
paysage: découvrir qu'il nous était donné
de faire de cette activité (et de toute autre) un passage
systématique vers l'intime et l'élevé.
- cela nous était proposé et donné, mais
nous ne l'avions pas vu, nous ne l'avions pas entendu. C'est
une prise de conscience très importante sur notre surdité
naturelle. Nous comprenons alors que la seule règle qui
nous ait été prescrite soit : "écoute Israël",
dire le Chémâ Yisrael pour avancer en ce sens.
- notre aveuglement même, notre inconscience spontanée,
notre surdité aux mots qui étaient pourtant dits,
sont une aubaine car ils devront nous inciter maintenant à
être systématiquement vigilants, à écouter,
à réfléchir. Il est dit que le sage est
celui qui voit le nolad, le naissant, nous l'avons souligné
dans la
paracha Chémote, à l'occasion du prototype
juif qu'est Moché.
- cela nous fait découvrir aussi la nécessité
de venir apprendre et écouter auprès de nos anciens
qui ont cumulé pour nous la connaissance et la sagesse.
- et cette étude devra être très longue
comme l'enquête que nous avons ici menée, pour
découvrir, car la sagesse est comme la rosée,
elle ne fait son effet que très lentement.
Exercice
1. Lire le texte précédent.
2. Aller lire les références citées dans
le texte.
2. Relire jusqu'à pouvoir se répéter de
mémoire le plan et les grandes lignes du contenu.
4. Sortir les principales questions, sous leur aspect intellectuel
mais également existentiel, et être capable d'y
répondre.
5 - Réviser périodiquement le texte étudié
pour ne pas l'oublier et pour être capable de se le redire,
avec clarté avec le plan et le contenu, sans notes.
6. Lire
le psaume 121 dont le premier verset a bien des résonnances
multiples sur le sens du verbe nassa (ki tissa, essa) ; c'est
"compter et compter sur".
III. Les middotes de Hachém
Maintenant que nous savons faire le passage du plus concret
au sublime, allons plus loin dans la logique de la paracha.
Lisons le début du chapitre 34 de Chémote; Hachém
y révèle au peuple juif comment il se comporte
par 13 caractéristiques de ce que l'on pourrait nommer
des traits de comportement, midda au singulier et, au pluriel,
les middotes.
Le verset 34, 6 les nomme: Hachém, Hachém, El
Ra'houm (D.ieu clément), vé 'hanoune (et miséricordieux),
érékh apayim (long à la colère),
vérav-'héssed vé éméte (plein
de bonté et de vérité), notsér 'hésséd
la alafim (conserve la bonté jusqu'à la deux millième
génération), nossé avone vaféchâ
vé'hatate vénaqé (supporte la faute, la
rébellion et le péché et innocente, hormis
le cas de l'idôlatrie...).
Suivons le commentaire de Rachi et ses sources pour comprendre,
ainsi que le commentaire Méâm Loêz:
1 et 2 - le premier Hachém indique la miséricorde
avant la faute, et le second indique encore cette miséricorde:
même après la faute quand il se repend et fait
téchouva (Traité Roche ha chana 17b).
3 - le nom El (D.ieu) est aussi miséricorde car le psaume
22, 2 dit : "mon D.ieu, Mon D.ieu, pourquoi m'as-tu abandonné
?"; et on ne dirait pas él à qui abandonne.
C'est le terme Eloqim qui indiquerait la rigueur. El est aussi
la toute-puissance que D.ieu utilise pour nous ramener dans
le droit chemein.
4 - le nom Ra'houm (D.ieu clément) indique que même
si nous péchons, Il ne nous abandonne pas et ne nous
détruit pas (Dévarim 4, 31).
5 - le nom 'hanoune (généreux) indique que
D.ieu nous accorde librement des dons (voyez Béréchite
32, 11).
6 - le nom érékh (long), indique que la
réaction de D.ieu face à celui qui est sage et
pèche, n'est pas immédiate mais lui laisse le
temps de se repentir.
7 - le nom apayim (à la colère), est au
pluriel car il concerne aussi bien le sage que le pécheur
et le visage de D.ieu tourné vers eux. Ceci précise
le mot précédent.
8 - l'expression vérav-'héssed (plein de bonté)
indique la bonté dont l'homme a besoin (zaqouq), dépourvu
qu'il est de mérites. Cela indique que D.ieu ne tient
pas compte des premières fautes.
9 - le mot vé éméte (et de vérité)
indique la fiabilité de D.ieu qui rétribue et
récompense exactement selon Ses promesses et qui ne change
pas.
10 - l'expression notsér 'hésséd
la alafim (conserve la bonté qui est faite, jusqu'à
la deux millième génération) indique que
le bien que l'homme parvient à faire, est compté
à l'avantage de sa descendance pendant ces 2000 générations.
11 - l'expression nossé avone (supporte la faute) indique
la patience de D.ieu devant la faute volontaire et délibérée
(bé zadone), qui nous laisse encore la possibilité
de regretter et de revenir. - nossé vaféchâ
(supporte la rébellion) ; péchâ c'est la
faute réalisée par révolte non contrôlée.
12 - l'expression vé 'hatate (supporte la faute non-intentionnelle).
13 - l'expression vénaqé (et nettoie) indique
que D.ieu intervient et nous corrige peu à peu. Et on
ne reste jamais indemne complètement d'avoir péché.
Ce verset de Chémote 34, 6 est placé dans la
prière nommé Ta'hanoune. Elle se dit
- après la prière du matin (cha'harite) et après
celle de l'après-midi (min'ha) certains jours de la semaine,
spécialement chez les Sépharades. On fait d'abord
le viddoui ( aveu collectif des fautes) puis, en groupe seulement,
on dit ces 13 middotes puis le psaume 25.
- pendant les Séli'hotes matinales du mois de Eloul et
jusque Kippour.
- en ouvrant l'armoire aux rouleaux de la Torah à Roche
ha Chana, Kippour et aux trois fêtes de pélerinage,
surtout chez les Askénazes.
Les lundis et jeudis, on allonge les ta'hanounim.
On ne le dit pas à Chabbate, Yom tov et fêtes,
ni pendant les 7 jours du mariage, ni le jour de la circoncision,
ni pendant les 7 jours de deuil.
Vocabulaire de la midda
En tout ce passage précédent, nous avons étudié
la "midda". Le terme midda veut dire "mesure
physique ou caractéristique d'une qualité (tékhouna,
tiv) ou d'un comportement (hitnahagoute)".
On emploie ce mot pour dire : "bé midda, dans la mesure
où, les mesures"... d'un batiment, du sanctuaire.
On parle de middate ha dine (attitude de rigueur, ligne de comportement
intransigeant) ou, au contraire, de middate ha ra'hamim (comportement
miséricordieux, tolérant), de middate 'hassidoute
(quelqu'un qui agit scrupuleusement en bonté), middate
sdom (comportement cruel et sans pitié aucune), iche
middote (quelqu'un qui a acquis de grandes qualités humaines).
Midda ké néguéd midda signifie que
l'on accorde à autrui strictement ce qu'il donne et rien
de plus.
Âmad âl middotav, il a tenu sa position et ses droits
sans bouger d'un pouce.
Les chéloche êssré middotes de Hachém
sont ce que nous venons d'étudier.
| Les chéloche êssré middotes ché
ha tora nidréchéte ba hén, sont les
13 règles d'interprétation de la Torah selon
Ribbi Eliêzér. Elles sont lues par les Sépharades
dans la prière du matin. Elles sont indispensables
pour interpréter la Torah et le Talmud et vous
pouvez les apprendre dans le
cours de Modia sur le Talmud. |
Il y a aussi les 32 règles d'interprétation de
la aggada, des parties de récit du Talmud, appelées
chélochim ou chtayim middotes ché ha aggada nidréchéte
ba hén.
IV. En conséquence: être des hommes du lev
(le coeur juif)
Les deux premières parties de cette étude
nous ont montré comment voir notre peuple et comment
voir notre Créateur comme modèle.
Maintenant, à partir de là, la paracha (au chapitre
31 de Chémote) nous présente le modèle
des hommes qui doivent agir dans le peuple. Examinons toutes
leurs qualités : inspiration divine, habileté,
jugement, science, aptitude à tous les arts, artisans
habiles ; et, de plus, il est dit:
ou vé lev kol-'hakham-lév natati 'hokhma
" et dans le coeur de tout sage de coeur j'ai donné une
sagesse".
Nous voyons que tout le programme dessiné jusqu'à
maintenant, D.ieu va le placer "dans le coeur de tout sage de
coeur". Il est donc important que nous sachions où nous
situer en nous-mêmes et découvrir quel est ce lieu
de notre être et de notre psychologie ainsi nommé
"lév, coeur" par la Torah. Afin d'en garder le niveau.
Voyons la perte quand la bible en français très
répandue traduit cela : "des esprits industrieux que
j'ai doués d'habileté" (sic!). Le problème
est de bien garder l'axe de vision.
Explorons donc cette notion de coeur (lév) dans la Torah
et dans le Tanakh.
La Bible nous indique les deux principes pédagogiques
à suivre dans ces situations d'urgence:
- parler au cœur ;
- déblayer les obstacles qui entravent la connaissance:
dabbérou âl-lév Yérouchalayim....
panou dérékh Hachém
ki étsaq mayim âl-tsamé... étsaq
rou'hi âl-zarêkha
ouvirkhati âl-tséétsaékha panou dérékh
haâm
"parlez au cœur de Jérusalem... déblayez
le chemin de Hachém (Isaïe 40, 2-3)...
car je répandrai de l'eau pour l'assoiffé, je
répandrai mon esprit sur ta descendance (Isaïe 44,
3)...
déblayez le chemin du peuple" (Isaïe 63, 10).
Cette méthode double, qui est notre règle pédagogique
sur Modia, indiquée par le prophète Isaïe
consiste à prendre en compte les trois éléments
suivants :
- Hachém répond toujours à la soif actuelle
de son peuple ;
- il faut que le cœur soit atteint ;
- les éducateurs ont à supprimer les premiers
obstacles à la connaissance.
Dans cette ligne, le sous-titre français de mon
livre "Comment étudier le talmud" devient plus
explicite dans sa traduction hébraïque : Hattalmoud
Lalév, qui signifie littéralement en français :
"le talmud au cœur".
Pourquoi cette insistance sur le mot lév, cœur ? Quel
est "ce" cœur auquel il faut s'adresser? Allez lire
le texte des références suivantes, et vous vous
enrichirez beaucoup?
Le Middrache Rabba sur Qohéléte (l'Ecclésiaste)
1, 16, 1 écrit : c'est le coeur qui entend (I Rois 3,
9), qui parle, qui propulse et marche (II Rois 5, 26), qui fait
tenir debout (Ézéchiel 22, 14) ou tomber (I Samuel
17, 32)..., qui désire (Ps. 21, 3), médite (Ps.
44, 4), reçoit les mots de la Torah (Deutéronome
6, 6) et les prescriptions (Proverbes 10, 8), les inscrit en
soi (Proverbes 3, 3), et il est le lieu du discours intime
(I Samuel 1, 13).
Le Traité du Talmud Berakhote 61 a dit: le coeur
est le lieu et l'organe de l'intelligence qui comprend, discerne
et construit, en même temps que de l'affection nécessaire
pour apprendre.
Dans les psaumes, nous demandons de recevoir sans cesse le
don d'un tel coeur qui fonctionne comme le Créateur l'a
construit et soit apte à écouter et à connaître
ces niveaux: dans les psaumes, nous demandons que Dieu nous
donne un coeur joyeux (Ps. 13, 6 ; 16, 9 ; 28, 7 ; 84, 3), assuré
( 28, 7), droit (57, 8 ; 108, 2), large ( 119, 32), pur (119,
80), jouissant (119, 111), orienté (119, 112), reconnaissant
(9, 2 ; 111, 1 ; 138, 1)... C'est, certes, le niveau psychologique
(sensible, affectif et relationnel, condition préalable);
mais il y a, simultanément, un niveau supérieur
ou plus intime du coeur.
Les Tiqqounéï haZohar (13 a), sont un livre de
base de la cabale; ils indiquent que, "véritablement
à l'image de l'arche du Sanctuaire, le coeur est
un flambeau allumé; dans le coeur du Sanctuaire réside
la Chékhina, lieu de la Torah du Sage qui est 'hakham
lév, coeur aux 32 sentiers, lieu de l'âme supplémentaire
du Chabbate; là est le coeur qui comprend, qui sait,
qui voit et qui est sous la tente de la paix donnée
par D.ieu". Chaque mot est à méditer.
32 est la guématria de lév.
En ce sens, le Gaone de Vilna ouvre directement son commentaire
de la Torah, Iguéréte Éliyahou sur une
liste de 32 questions et non sur des commentaires ou affirmations.
Il les introduit par ces mots :
raouï lé hassim lév âl laméd
béit éârote baparacha harichona
il est pertinent de porter son cœur vers les 32 remarques
qui se présentent dans la première paracha.
La première édition des Klaléï Chmouel
(livre ancien de formation au Talmud, Édition de Pietro
Lorenzo Brag, année 1622) a été organisée
pour parvenir à tenir sur 32 pages, même au prix
des références. L’auteur du Séfér
Hakkéritoute, qui est l'une des bases de notre méthode,
ouvre également son introduction sur les "32 sentiers"
(nétivote) et il ajoute, faisant explicitement le lien
avec le cœur: "voyez le livre, tout en lui est grâce
et beauté, et livrez-lui votre cœur pour toujours".
L'étude du talmud se fait par le cœur (lév) parce
que le cœur est disposé, de par sa nature spirituelle,
à brancher ses questions au niveau des 32 voies élevées
de la sagesse qui constituent l'essence du fonctionnement du
monde, ainsi que le dit Rabbi Yits'haq Louria, le Ari zal :
laméd béit nétivote 'hokhma, hém
ha kaf béit otiote
vé ha youd séfirote bélima, chébahém
nivra haôlam...
"les 32 chemins de la sagesse sont les 22 lettres
et les 10 séfirotes par lesquelles le monde a été
créé"...
Le middrache des Otiote dé Ribbi Âqiva (Lettres
de Ribbi Âqiva) ajoute encore un autre sens à tout
ce lien de l'étude et du cœur. Dans son commentaire sur
la lettre laméd, Ribbi Âqiva montre que la nomination
de la lettre laméd n'est pas un hasard car ce mot
signifie en hébreu "étudier et acquérir
la connaissance".
Pour rendre cette idée, il joue sur les lettres du mot
laméd, par un notaricone (faire une phrase avec les initiales
d'un mot) qui souligne ce lien entre l'étude et le cœur
:
laméd : al tiqra laméd élla... lév
mévine daât
laméd : ne lis pas “laméd” mais... “le cœur comprend
l'union qu’est la connaissance”.
Ainsi l'étude de la Torah et le cœur sont liés
par nature. Ribbi Âqiva continue en nous montrant tout
le fonctionnement interne de ce cœur-étudian ; pour cela,
il emploie une longue énumération composée
de cette expression lalév (cf. notre titre
Hattalmoud Lalév ); pour qu’il parvienne à étudier,
le cœur est doté de toutes les qualités et démarches
(middotes) qui caractérisent tous les membres de notre
corps (yeux, oreilles, bouche, parole, écoute, etc.).
L'intention qui préside à tout cet édifice
traditionnel de l'anthropologie juive n'est pas de nous transmettre
des théories mais que l'homme connaisse son potentiel
effectif et parvienne à le faire fonctionner, comme cela
nous est expliqué à la fin de l'étude de
Qohéléte Rabba sur le cœur:
hallév ôssé sidourim chénéémar
léadam maârakhëi lév ; hallév
mitgadél...
"le cœur organise des mises en ordre comme il est dit :
l'homme a des organisations de cœur (Proverbes 16, 1); le cœur
se fait grandir lui-même" (II Chroniques 25, 19)...
Vous comprenez maintenant la place de la sensibilité
dans les textes, bulletin, poèmes et photos de Modia.
Car, c'est la méthode pédagogique même de
la Torah.
Notre cœur et nos cœurs
Cette connaissance par le cœur n'est pas une démarche
idéaliste et éthérée, car ce cœur
hébraïque assume deux dimensions : toutes les formes
de l'impulsion vers le bien (yétsér hattov)
et les formes de l'impulsion vers le mal (yétsér
harâ) comme l'indique Rachi sur le verset 6, 5 du Deutéronome
: “Tu aimeras... D-ieu de tout ton cœur”. Le mot cœur (lévav)
y comporte, là, deux fois la lettre béit ; Rachi
commente : bichénéï yétséréikha,
avec tes deux impulsions, au bien et au mal. voir Bérakhote
michna 9, 5) et il ajoute immédiatement un autre commentaire,
introduit par l'expression davar a'hér (autre interprétation)
: “que ton cœur ne soit pas divisé envers D-ieu”. Or,
chez Rachi, l'expression davar a'hér indique qu'il faut
relier le sens des deux commentaires qu'il nous présente
et non pas les laisser juxtaposés. Donc, d'une part,
cette approche de la Torah par le cœur assume nos deux impulsions
et, d'autre part, le lévav (double cœur) doit devenir
un cœur achevé et unifié, lév chalém
: quand le cœur parvient à cet état d'unité,
il peut être écrit avec une seule lettre qui a
unifié les deux lettres du mot lévav ; alors,
on y ajoute le mot chalém (achevé, plein, unifié):
lév chalém.
C'est ce que le roi David a tenu à expliquer à
son fils Salomon quand il lui a transmis son pouvoir et ses
directives (voir Bérakhote 61):
"Et toi, Salomon mon fils, connais le D-ieu de ton père
et sers-le
d'un lév chalém, cœur achevé et unifié
(avec un seul laméd)
... car ("doubles cœurs") Hachém recherche et exige
tous les cœurs lévavotes" (I Chroniques 28,
9-10).
David décrit ce processus de développement au
cours du travail réalisé par l'étude :
il atteint toutes les pensées, puis il rend D-ieu proche
et, enfin, il permet de construire le Sanctuaire que D-ieu souhaite
établir parmi nous (ou en nous). C'est ce que réalise
l'étude de la Tora faite selon cette ligne du cœur, c'est
le projet de Hachém en emportant les Hébreux vers
la terre, qui devient celle d'Israël où on ne doit
vivre que selon Son projet. C'est notre but et le but précis
de nombreux Juifs revenant à la terre d'Israël avec
cet idéal et cette orientation du coeur. Puis, le contact
ou le choc avec la réalité administrative qui
est celle de tout immigrant en tout pays, peut être rude
et même créer un état dépressif en
cette phase fragile. Mais il faut tenir car cet idéal
est la réalité proposée au peuple juif,
sa raison d'être et le peu que l'on peut améliorer
chaque jour en ce sens est une victoire qui vaut les dépenses
psychologiques et autres. C'est ainsi que l'on construit vraiment
Israël.
Nous voyons ensuite (I Rois 8, 61) que Salomon a bien compris
cet enseignement précis de son père sur le cœur
et sur l'évolution depuis le lév vers le lévav
et, enfin, jusqu’au lév chalem, car Salomon dira plus
tard:
1. “que Hachém incline lévav nos doubles cœurs,
vers Lui pour que nous allions dans toutes Ses voies et gardions
toutes ses mitsvotes...”
2. puis il ajoute, avec une précision grammaticale
très particulière et significative, soulignée
par les commentateurs, où il joue du singulier et du
pluriel dans les accords :
“que vos doubles cœurs soit achevé et unifié
: véhaya lévavékhem chalem"
3. “...pour garder les mitsvotes”.
Cette voie pédagogique découlant de l’anthropologie
juive est progressive et très exigeante; elle est très
éloignée de la stagnation et du formalisme. Pour
nous le faire comprendre, il nous est donné l'exemple
du roi Amaciahou (II Chroniques 25, et spécialement le
verset 2) qui a fait, nous dit le texte, tout ce qui est "droit"
aux yeux de Hachém. On pourrait s'imaginer qu'il avait
déjà réalisé par là un exploit
exceptionnel et suffisant. Pour nous mettre en garde contre
ce formalisme, le texte nous montre les catastrophes qui en
ont découlé car il a fait tout ce qui était
droit, mais il l’a fait "seulement" (raq), il ne l'a pas fait
avec ce lév chalém, cœur achevé et unifié,
avec un seul béit); il en est resté au niveau
du lévav :
va yaâsse hayachar béêinéï Hachém,
raq lo bélévav chalém
"il a fait ce qui est droit aux yeux de Hachém,
seulement pas avec un lévav chalém".
Rabbi Yits’haq di Léone nous donne un enseignement supplémentaire;
les épreuves traversées dans l’existence, comme
celles d’Avraham, ont une fonction: faire percevoir à
l’homme éprouvé à quel stade de sa plénitude
potentielle (chlémoute) il est parvenu; c’est-à-dire:
pour qu’il sache ce qu’il a dans son lévav et progresse.
On a toute la vie pour cela.
|
Rappel : cette très longue
étude sur le coeur est nécessaire pour
en montrer l'importance. Le judaïsme de la terre
d'Israël, de l'étude du texte, des mitsvotes
et des prières, n'est pas une exigence idéologique,
ni une répétition culturelle dépassée,
ni une obstination qui ne prend pas en compte les nouvelles
données de l'histoire. La paracha Ki-tissa nous
montre que c'est une rencontre effective, un amour (aux
dimensions de l'univers, certes, et d'abord aux dimensions
d'un peuple) qui a son sens dans la réalisation
de cette lettre d'amour qu'est la Torah. Voilà
le motif pour lequel le centre du judaïsme et du
Tanakh, la Bible, est le Cantique des Cantiques, ce
qui n'existe dans aucune des idéologies et philosophies
de l'homme que l'on prétend imposer aujourd'hui
comme des déclarations soi-disant universelles.Et,
de plus, le judaïsme n'est pas prosélite,
il ne veut pas convertir, et n'a pas de croisade religieuse
ni politique ni idéologique, ni par les armes,
ni au nom de la civilisation ou du progrès ou
du communisme ou du libéralisme ou des droits
de l'homme, etc.
Indication pour les psychologues et psychothérapeutes
: aujourd'hui, il est reconnu dans notre science psychologique
qu'il est nécessaire de prendre en compte les
représentants spécifiques des patients
dans leur culture, par lesquelles se forge leur image
du moi, de l'idéal du moi, de la culpabilité,
de la loi, etc. Il est donc impossible d'ignorer toute
cette représentation culturelle inconsciente
qui est intégrée même si les personnes
n'ont pas suivi des cours ou un enseignement mais qui
se transmet automatiquement par la relation entre les
générations. Cette formation est indispensable
pour les psychothérapeutes et analystes qui s'occupent
de patients juifs.
De plus, il y a là une anthropologie particulière
qui a également ses modèles intégrés
d'évolution et de développement. Dans
une étape scientifique qui parle temps de développement
personnel, il n'est plus possible que les thérapeutes
ignorent cette anthropologie et les personnes qui recourent
à leurs services sont en droit de se trouver
face à des professionnels compétents en
ces domaines comme dans les autres de leur pratique.
Personnellement, je me suis toujours fait une règle
contraignante de l'acquérir, non seulement en
ce qui concerne le judaïsme, mais quand j'ai à
aider (comme c'est mon cas ici) des patients qui sont
passés par des années dans tel milieu
particulier du judaïsme, ou dans les structures
en Inde, ou à former des thérapeutes de
culture islamique, ils savent que j'ai acquis la connaissance
approfondie de leur langue et de leurs textes fondateurs
avec les commentateurs (voir cette page: voir
cette page en lien)
|
La pratique du cœur
Cette articulation globale de l'étude et de la pensée,
des dimensions intérieures, des sentiments et de la réalisation
des mitsvotes autour du mot lév (cœur) est analysée
avec précision comme la structure de base du Juif par
le Gaone de Vilna dans son commentaire du Cantique des Cantiques
sur les mots du verset 7, 7: “amour dans les plaisirs”, ahavah
bataânouguim. En conséquence, le Gaone exige du
Juif cinq attitudes du cœur aimant, décrites successivement
dans le verset 10, 12 de Dévarim, en réponse à
tout le résumé de la Tora qui le précède:
1. avoir la “crainte de D-ieu”, basée sur Sa prééminence
totale;
2. aller dans les voies de Hachém, car nous sommes bâtis
à Son image et à Sa ressemblance;
3. enter Son amour en “tous nos cœurs”, békhol-lévavékha,
jusqu'à donner notre vie à Son service;
4. connaître Hachém en toute Sa voie par toutes
nos pensées et toutes nos actions;
5. accomplir Ses mitsvotes avec précision.
C'est ce même verset qui est à la base du livre
si important pour la conduite globale et morale de l'homme qu'est
le Réchite 'Hokhma (1575) du Rav Éliyahou Moché
Vidas. Ecrit dans le cercle des grands halakhistes et qabbalistes
de Saféd, ce livre est sans cesse republié et
est considéré comme l’une des bases du moussar
(formation morale du juif). Il comporte principalement 5 grands
chapitres : crainte (yirea), amour (ahava), retour (techouva),
sainteté (qédoucha), modestie (ânava).
Ainsi, le judaïsme n'est pas seulement la transmission
d'une connaissance complexe et d'une méthode de pensée,
il est aussi la science de ce qui permet à l'homme d'étudier
pour savoir vivre et la science de ce qui l'empêche de
réaliser cette étude: c'est-à-dire la science
de ce qui permet le fonctionnement de ce cœur.
Cela n'est pas spontané, et l’introduction de Dérekh
Tévounote du Rabbi Moché 'Hayim Luzzatto dit à
juste titre: “Combien d’hommes prennent pour vrai et clair ce
qui est faux, sont assurés en leur jugement et ne perçoivent
pas le mensonge. Il est évident que la vérité
n’apparaît pas d’emblée, que l’esprit humain n’est
pas assez fort pour saisir spontanément la vérité
et éviter l’erreur, et il est facile de se tromper sans
le percevoir. Les choses étant ainsi, il est souhaitable
de recevoir une formation et d’étudier...”. C'est cela
toute la vie de chaque Juif.
En conséquence, en Dévarim 10, 16 la Torah continue
:
oumaltém éte ôrlate lévavékhém
vé orpékhém lo taqchou ôd
"vous circoncirez donc le prépuce de votre cœur et vous
ne raidirez plus votre nuque"".
Rachi explique clairement que ce prépuce du cœur est
“ce qui bouche votre cœur et le recouvre”. Cette indication
est capitale, spécialement pour des étudiants
toujours prêts, avant même de connaître la
technicité et la spécificité du texte étudié,
à bâtir sur son sens hypothétique des théories
fondées sur la projection rapide et brillante de pré-jugements
(psychologiques, politiques, historiques, philosophiques...).
Ainsi, face à la Torah et au Talmud, devant ce texte
qui excite notre curiosité et notre intelligence, cette
insistance sur le cœur et sur sa circoncision nous rappelle
que nous devons toujours aller au-delà de notre propre
vision et de notre propre recherche dans l'étude, suspendre
puis ôter nos propres projections intellectuelles afin
d'entrer ailleurs, dans le cœur de Son texte et de Sa communication
intime, qui sont différents de nos idées préconçues,
de nos théories et de nos besoins. C'est ce que Ibn Êzra,
sur ce même verset, appelle “purifier son cœur jusqu'à
ce qu'il comprenne la vérité”. Il ajoute que cela
nous est difficile ; cela est exprimé par l'image disant
que nous avons la "nuque raide". Et Na'hmanide, le Rambane,
va dans le même sens en disant: “que votre lévav
soit ouvert pour connaître la vérité”.
C'est ainsi une révolution intellectuelle préalable
qui nous est demandée pour parvenir à étudier
avec le cœur : abandonner la couverture qui est constamment
posée sur notre regard, afin que nous parvenions à
voir, avec notre cœur fait à l'image du Créateur,
le cœur de Sa parole placé dans le texte. C'est ce que
D-ieu dit à Samuel (I Samuel 16, 7):
haadam yiré la êinayim va Hachém yiré
lalévav
"l'homme ne voit que l'extérieur par les yeux, mais Hachém
voit le cœur".
C'est cette retenue exercée sur le regard extérieur
pour nous orienter vers l'intériorité que Salomon
a exprimée en disant que “le Sage a ses yeux dans la
tête” (Ecclésiaste 2,14), et le Zohar III, 187
b commente: “ses yeux sont dans sa tête, là où
réside la Chékhina".
Dans son commentaire sur les Psaumes, à la fin du Psaume
84 qui est lu au début de l'office de min'ha (lien
ici), le 'Hida (sur le psaume 84, 13) indique que, s'il
parvient à se placer en ce lieu d'intériorité,
l'homme est alors véritablement et exactement l'habitation
de Hachém (béitékha, ta maison) et que
les voies de Hachém et celles de Sa Torah sont alors
localisées dans son cœur (darkhéi hattora
bélibo); pour ces motifs, le psaume dit qu'un tel homme
vit dans le bonheur (achréi).
Si l'étude est à ce point une affaire de cœur,
pouvons-nous y parvenir, concients que nous sommes de notre
faiblesse et de notre manque de confiance dans le cœur de nous-mêmes?
Le prophète Jérémie (17, 7-14) a assumé
notre appréhension, l'a formulée et y a répondu:
certes, nous dit-il, le cœur est compliqué, tortueux,
malade et difficile à connaître; mais D-ieu cherche
notre cœur, le scrute, et celui qui se confie à Lui en
simplicité vit auprès de la source d'eau vive.
Fort de cet aliment en son cœur qui y est prédisposé
par nature, il peut dire avec modestie, de ce lieu qu'il habite
en l'étude:
kissé khavod marom mérichone méqom miqdachénou
"c'est un trône glorieux, sublime depuis toujours, le
lieu de notre sainteté". quelle grandeur, celle des humains.
Moïse, qui en était le plus conscient, est appelé
pour cela le plus modeste des hommes. L'homme-arbre, dont les
racines puisent dans l'eau, s'il arrive une année de
sécheresse, il ne s'en inquiète pas et il ne cessera
pas de porter des fruits, dit le prophète (Jérémie
17, 8).
Ainsi l’étude par le cœur est la démarche la plus
réaliste qui soit. Tout cela est résumé
dans ce qu’expriment les tsitsiotes, ces franges placées
aux quatre coins du vêtement que porte le juif, ainsi
que le lui demande le texte du Chemâ Yisrael : ces franges,
qui expriment la réalisation concrète des mitsvotes,
sont au nombre de 32, chiffre du cœur, ainsi que l’analyse le
Chla dans son commentaire sur 'Houline.
Après cette si longue étude,
- on ne s'étonne plus maintenant que les Hébreux
répugnaient à aller vers la terre d'Israël,
même après avoir vu et entendu la vie divine au
Sinaï, car rien n'est plus difficile que d'aimer simplement,
extrêmement simplement, vraiment, sensiblement, dans la
réalité. Le refoulement du bonheur est la perversion
interne la plus répandue chez les humains. C'est le rôle
du yetsér ha râ, de l'instinct du mal, que de détruire
ainsi et plaçant le mal à l'intérieur du
bien. Combien d'amitiés et d'amours sont blessées
ou meurent de ce mal. Il n'y a de remède que par une
étude longue et sensible de ce qu'est le coeur et l'amour
pour réussir la vie, cela n'est pas du tout spontané;
la Torah nous l'apprend lentement.
- on ne s'étonne plus maintenant que des politiciens
ou citoyens israéliens sabotent eux-mêmes ce don
total du bonheur qu'ils ont reçu, en n'assumant pas leur
amour, en faisant entrer les maîtresses étrangères
des autres idéologies et intérêts des autres
nations, comme un homme amènerait dans sa maison d'autres
femmes avec qui il vivrait de multiples relations diverses.
La fidélité à l'amour fondamental, vrai,
est la base de l'existence d'Israël.
- on ne s'en étonne plus quand cette éducation
n'a pas été donnée dès l'enfance,
c'est une erreur due alors à l'ignorance comme ce qui
se passe dans l'échec de nombreux couples ou de nombreuses
relations. Et ils vont jusqu'à la guerre, la mort de
l'autre et de soi. Quelle responsabilité, chez ceux qui
connaissent la Torah, que de ne pas la diffuser dans le peuple
mais de rester dans sa petite communauté ronronnante.
Sans éducation, le problème est inextricable et
la destruction collective pourrait aller jusqu'au bout, comme
nous en avons eu maints exemples dans l'histoire.
- Comment, également, Israël peut-il vivre alors
que ses amants sont loin de la maison? La paracha dit justement:
"compte le peuple, reçois-le". On ne peut qu'avoir mal
au coeur de l'absence de tant de Juifs hors de cette terre ainsi
décrite, comme le chante le Cantique des Cantiques. Et
comme on le dit à chaque
mariage (lien ici) dans la 7e bénédiction
:
"Béni es Tu Hachém notre D. Roi de l'univers qui
as créé la joie et le bonheur, le marié
et la marié, la joie (ici 4 autres mots intraduisibles
qui indiquent la joie), l'amour et la fraternité, la
paix et l'amitié. Bientôt Hachém notre D.
on entendra dans les villes de Yéhouda et dans les places
de Jérusalem (pas ailleurs!), la voix du plaisir et la
voie de la joie, la voix du marié et la voix de la mariée,
la voix de jubilation des mariés depuis leurs 'houpa.
Et les jeunes depuis le festin avec leurs chants. Béni
Toi Hachém qui réjouis le marié avec la
mariée".
On le comprend maintenant par la seule Torah, c'est une absurdité
totale, ontologique, que de vouloir donner les territoires de
Yéhouda et se replier seulement sur une partie même
de Jérusalem, ce serait la réalité de tout
amour et de tout couple et de tout mariage et de toute noce
qui seraient détruits.
Les seuls slogans politiques de "donner" ou non, "d'occupation",
de "se retirer", de sécurité militaire
qui veulent proposer des solutions sont véritablement
à côté de la réalité de ce
qu'est cette terre, ce peuple et en dehors aussi du rapport
profond d'Israël aux peuples environnants, fils d'Avraham.
Hachém nous dit de "recevoir" notre peuple dans la réalité
de son identité qui est ainsi très complexe. Il
serait temps que l'on prenne au sérieux ces dimensions
complexes de l'enjeu. Il serait temps que tout Juif et que tout
Israélien soient éduqués dans la richesse
de leur être. Maintenant, nous pouvons lire le psaume
21 qui nous montre ce que doit être le Chef d'Etat juif,
celui qui puise ainsi sa force et sa vie dans la connaissance
de la Torah qui est appelée ôz (force). Alors,
même les désirs de son coeur, aussi bien que les
expressions de sa bouche, seront exaucées (ce ne seront
plus des slogans séducteurs et menteurs pour campagnes
électorales et trahis immédiatement la semaine
suivante). Nous devons prier pour que nos dirigeants se nourrisse
de cette source, dirigent le peuple selon son identité
et selon sa bénédiction. Il y a ce psaume et toute
une page consacrée à la prière pour nos
dirigeants (lien
ici).
Il y aurait encore à présenter le dernier volet
de cette paracha sur cette régulation du bonheur: le
Chabbate
qui en est la condition de vie. Mais la paracha suivante en
donnera l'occasion.
V. "Faire" le Chabbate
Continuons le plan que nous dévoile la paracha et qui
sauvera Israël.
Il faut l'étudier avec précision et jusqu'au bout
car cela est tellement important. Une phase supplémentaire
est décrite dans la paracha et nous allons la voir, elle
concerne le Chabbate.
Dans les étapes décrites précédemment,
le Juif
- a adopté sur le peuple le regard de qualité
en "recevant" chacun avec la même dignité concrète
(étude du recensement, ch. 30, premier verset); cela
à l'image des différentes composantes dans les
parfums du sanctuaire où chaque élément
même le moins noble apparemment est aussi indispensable.
- a évité les fausses idoles auxquelles on se
soumet (ch. 32);
- a développé, selon l'exemple de Betsalel et
de ses collaborateurs, les qualités humaines reçues
en don mais il a surtout développé l'essentiel:
l'approche de la Torah par le coeur, et une étude de
la Torah et une vie dans la Torah à partir du coeur (ch.
31);
- a le regard fixé sur le modèle des 13 qualités
(middotes) de D.ieu comme étant les qualités qui
permettent au monde de vie (ch. 34).
Ce sont les conditions nécessaires pour qu'Israël
puisse vivre et on doit se demander s'il en est ainsi en soi-même
et dans la vie d'Israël. Mais ce sont les conditions nécessaires
mais encore insuffisante. Car il est une autre condition, c'est
celle du Chabbate (ch. 31, 13-18). Lisez ces versets.
Cela est si important que nous devons lire les versets 31, 16-18
lors du qiddouche de chaque Chabbate midi.
Étudions donc cette partie indispensable du dispositif
qui sauvera Israël. Prenons le commentaire de Rabbénou
Bé'hayé.
Verset 13. Le Chabbate a pour fonction de nous rappeler dans
quel ordre fonctionne la vie: c'est Hachém qui nous sanctifie.
La vie ne nous vient pas d'ailleurs, pas de mouvement de la
bourse, pas de décisions économiques, pas des
conférences internationales, pas d'un parti ou d'un dirigeant
gagnant les élections, pas des débats télévisés
mais de Celui qui place le monde dans Sa vie de qédoucha.
Hors de cela pas de vie. Et, surtout, hors de cela pas de vie
pour Israël qui ne peut marcher et vivre que dans la Torah
et par la Torah, sinon il s'éteint et les forces nocives
des ennemis l'exterminent, c'est une loi de vie et d'immunité
vitale.
Donc, nous avons à garder le Chabbate qui assure cette
permanence (ou chémartém éte ha Chabbate).
Sans cela, ce sera la mort, comme un médecin avertit
un client sur son régime vital. Ce n'est pas une menace
mais une hygiène.
Verset 16. En fonction de cela, il faut s'empresser de préparer
le Chabbate (laâssote éte ha Chabbate. cf Béréchite
18, 7). Par cette activité empressée, on fait
alors un tiqqoune du monde, une réparation du monde que
l'on ramène à la beauté, à la santé,
au calme, à l'harmonie, à la vie. Et, puisque
les Juifs comptent tous les jours de la semaine en chiffres
par rapport au Chabbate (yom richone, premier jour dans le Chabbate,
etc. et non pas par des noms d'idoles comme mardi, mars, mercredi
mercure, etc.), ainsi tous les jours seront insérés
dans ce tiqqoune de vie et dans cette vie.
C'est pour cette activité de l'homme que le Chabbate
est "appelé onég" (vé qarata la Chabbate
onég. Isaïe 58, 13) car l'homme appelle, invite
le Chabbate comme on invite des invités. D'où
le rite de se tourner vers l'Ouest pour inviter le Chabbate,
et le chant du Lékha dodi liqrate qalla.
Laâssote éte ha Chabbate . Celui qui "fait" le
Chabbate ici, le fait également dans le monde essentiel
d'En-haut (Mékhilta), il le crée en haut également,
pourrait-on dire, comme il nous est indiqué lors de la
Création du monde d'en être des partenaires créant
en "faisant" (Béréchite 2, 3 : achér bara
Eloqim laâssote, "que D.ieu a créé pour
que l'homme le fasse").
Donc, inversement, le Juif qui annulerait son Chabbate ici-bas,
annule en haut l'ordre de vie du monde, annule le Chabbate
de bonheur de la Création même et du peuple juif,
en particulier dans son jardin d'Eden de la Création
qu'est la terre d'Israël. Autant et bien plus que l'armée
d'Israël, que l'économie d'Israël, que le parlement
d'Israël, c'est la pratique réelle du Chabbate qui
assure la vie d'Israël. C'est pour cela qu'il n'est pas
écrit seulement "garder le Chabbate" mais "faire le Chabbate
(laâssote éte ha Chabbate).
Verset 17. Le Chabbate est un signe éternel (ote hi
léôlam). Cela veut dire que le Chabbate est
ce qui renouvelle l'existence du monde, c'est un signe de ce
qu'il perdure tout le temps en se renouvelant (ote vé
simane lé 'hidouche ha ôlam). Et la suite du texte
de la Torah veut le prouver et le fait par ces termes : ki,
puisque, parce que...
Beini ou véneikha. La Torah nous dit que le Chabbate
est "entre Moi et toi". On revient à la dimension du
coeur. Cela veut dire que c'est un lien dont la réalité
est dans l'intime et le caché, transmis avec pudeur (bétsinéâh).
R. Bé'hayé explique que D.ieu dit ainsi à
Israël : "souviens-toi des choses qu'il y a entre Moi et
toi" (tizkor ha dévarim achet béini ou véinékha).
Rien n'en est dit publiquement ni à l'ensemble des peuples
mais pé âl pé, comme de bouche à
bouche et rien n'en est écrit. C'est pour cela que Ribbi
Chimeône bar Yo'haï dit dans le traité Beitsa
16a du Talmud: que toutes les mitsvotes ont été
données avec éclat à Israël, hormis
la mitsva de Chabbate qui a été transmise
avec pudeur comme il est dit : "entre Moi et toi".
Mais, objectera-t'on, le Chabbate n'a-t'il pas été
donné dans les 10 commandements que toutes les nations
ont entendus, comme il est dit en Isaïe 48, 16 ("ce n'est
pas en secret que J'ai parlé")? Et le Roi David (psaume
138, 4) dit que tous les rois de la terre l'on entendu. Certes,
mais cette partie concernant le Chabbate, elle, a été
transmise en secret et pudeur.
Et il ne faut pas dévoiler à tous le contenu de
cette union intime du Chabbate (que d'ailleurs des religions
nouvelles n'ont pas adopté); il faut les "garder" Mes
Chabbatotes (Chémote 31, 13) et "vous garderez le Chabbate"
(31, 14) ; il n'est pas écrit "vous garderez le jour
du Chabbate" car il s'agit bien de ce Chabbate secret d'En-haut.
C'est pour cela que nous disons dans le qiddouche du Chabbate
midi : "vé chamérou béné Yisrael
éte ha Chabbate ..." (et les Béné Israël
garderont le Chabbate. Chémote 31, 16). Et son contenu
intime est dévoilé seulement par Moché
Rabbénou aux Béné Israël et c'est
pour cela qu'il est dit "parle aux Béné Israël"
(31, 60) tandis que dans la paracha suivante Vayaqhel (35,1),
Moché s'adressera à toute la masse du peuple de
façon ouverte et sur les prescriptions plus concrètes.
Pour terminer sur ce plan de salut d'Israël, c'est en
Jérémie 17, 21-27 que nous trouveront la description
des fruits du Chabbate pour tout le peuple (s'y reporter).
Ces délices du Chabbate sont décrits par le prophète
Isaïe 56, 2-7 et 58, 13-14.
Et, en conséquence, le prophète Né'hémie
13, 15-22 nous montre que c'est le devoir des responsables politiques
que d'organiser le respect collectif du Chabbate sur la terre
d'Israël. Le prophète Amos 8, 4-14 montre que cela
doit s'étendre au respect collectif de la justice. Voilà
de quoi réfléchir.
Pour prolonger l'étude individuelle, voici les références
des principaux passages concernant le Chabbate dans la Torah
:
Chémote : 16, 23... 20, 10... 31, 12... 34, 21 - 35,
1-3.
Vayiqra : 19, 3... 23, 1... 24, 8... 25, 4... 26, 34-43.
Bémidbar 15, 32-36... 28, 10.
Dévarim 5, 12-15.
Psaume 92
3 poèmes au matin dans cette lancée
du coeur:
Entre
toi et moi
En
un instant
Eve
trop rêve
Une pensée magnifique du 'Hafets 'Hayim (lien
ici) envers le Juif:
"Pourquoi ne voyait-on pas sur ton visage que tu étais
le plus heureux du monde?"
Cours du second niveau pour les étudiants avancés:
Voici les codes de Rachi dont nous avons eu un aperçu
dans cette paracha.
Cette paracha nous a donné l'occasion de découvrir
la fécondité de la méthode de Rachi. Nous
avons vu aussi que cette méthode n'est pas simple, contrairement
à l'image que l'on donne habituellement de Rachi.
Maintenant, nous offrons ici deux outils supplémentaires
de formation à la méthode de Rachi pour comprendre
la Torah:
I. Comment Rachi utilise la traduction de la Torah par Onqélos
pour nous enseigner.
II. Comment continuer sur le site Modia pour votre formation
au commentaire de Rachi.
I. Comment Rachi utilise la traduction de la Torah par Onqélos
pour nous enseigner .
Il faut situer le commentaire de Rachi à l'intérieur
de la méthode que nous donne la tradition si l’on veut
comprendre vraiment ce que dit la Tora. Elle se pratique de
cette manière:
1 - lire deux fois chaque verset en hébreu pour bien
le connaître,
2 - puis le lire une fois en araméen dans la traduction
d'Onqélos, chtayim miqra vé é'had targoum,
3 - lire enfin le commentaire de Rachi.
- Il y a des raisons très élevées à
ce type de lecture qui alterne l'hébreu et l'araméen.
Lien
ici.
- De plus, lire tous les jours la Torah selon cette méthode
est, aussi, la façon la plus simple pour apprendre de
façon continue l’araméen comme les enfants apprennent
facilement une langue en la pratiquant tous les jours.
- Enfin, découvrant la Torah selon la technicité
nécessaire de la méthode traditionnelle, nous
ne tomberons pas dans le piège qui est la tendance de
nombreux qui ignorent la science complexe de la Torah : racontez-moi
un passage de votre Torah et je vous l’interpréterai
à partie de mes impressions et connaissances spirituelles,
psychologiques ou philosophiques. Le respect de la Torah commence
par sa connaissance en ce qu'elle est.
Les différents codes de Rachi
Le commentaire de Rachi découvre souvent le sens de la
Torah par les différences qui existent entre le texte
de la Torah et sa traduction par Onqélos.
Nous présentons ici divers codes utilisés par
Rachi dans ses commentaires de la Torah. Il faut se reporter
aux citations indiquées. Le mieux est de faire cette
étude à plusieurs. Celui qui ne connaîtrait
pas le sens précis de ces codes, ferait certainement
des contre-sens dans la compréhension de Rachi, et donc
dans la compréhension de la Torah :
1. confortation de la traduction d'Onqélos
kétargoumo (comme la traduction). Par cette expression
très fréquente, Rachi indique que le sens premier
(pchate) n'est pas exactement selon la lecture du texte apparent
en hébreu mais bien selon la lecture apparemment divergente
qu'en donne la traduction d'Onqélos (voyez Béréchite
4, 7 ; 11, 6 ; 12, 17; 12, 20 ; 13, 11, etc.) ;
Rachi utilise beaucoup d'autres expressions pour confirmer
la valeur du sens choisi par Onqélos dans sa traduction
vézéhou lechone onqélos (et c'est la langue
d'Onqélos. voyez Béréchite 6, 17, etc.)
vézéhou targoum chél onqélos (et
c'est la traduction d'Onqélos. voyez Béréchite
49, 5, etc.)
vézéhou ché tirguém onqélos
(et c'est ce qu'a traduit Onqélos. voyez Béréchite
49, 9, etc.).
2. refus de la traduction d'Onqélos
hamétarguém (le traducteur). Rachi indique avec
fermeté que la traduction qui nous est transmise est
une erreur (voyez Béréchite 15, 11 ; Bamidbbar
20, 29 ; Dévarim 17, 5, etc.) ;
onqélos tirguém (Onqélos a traduit). Rachi
pense autrement que la traduction et la conteste (voyez Béréchite
20, 13 ; Chémote 15, 2 ; Bamidbbar 24; 8 ; Dévarim
12, 30, etc.) ;
3. explicitation de la traduction d'Onqélos
vétargoumo (et sa traduction). Rachi indique par là
qu'il nous apporte une lecture de la traduction qui est bien
le sens que celle-ci veut dire (voyez Béréchite
3, 15 ; 15, 11 ; 19, 18 ; 25, 16, etc.);
hattargoum (la traduction). Rachi indique par là qu'il
ne conteste pas la traduction d'Onqélos mais il précise
ce qu'a voulu dire la traduction (voyez Béréchite
15, 2 ; 49, 24, etc.);
nofél âl hattargoum Rachi éclaire ce qui
semble être une contradiction entre Onqélos et
la Tora (voyez Béréchite 20, 16, etc.);
nofél âl (hal)lachone Rachi explicite le sens de
l'emploi de sonorités proches entre plusieurs mots et
éclaire ainsi le verset et sa traduction (voyez Béréchite
2, 23 ; 3, 15 ; 3, 20 ; 5, 29, etc.);
4. ajout à la traduction d'Onqélos
véonqélos tirguém (et Onqélos a
traduit) indique que Rachi ne conteste pas la lecture faite
par la traduction d'Onqélos mais il interprète
à son tour cette traduction (voyez Béréchite
20, 16 ; 24, 21 ; 30, 8, etc.) ;
5. la traduction d'Onqélos comme confirmation de la
thèse de Rachi
vékhén tirguém onqélos (et c'est
ainsi qu'Onqélos a traduit) Rachi donne sa lecture et
utilise la traduction d'Onqélos comme appui pour renforcer
sa propre thèse (voyez Béréchite 38, 24
; 49, 10 ; 49, 23, etc.).
II. Pour tous
Comment continuer sur le site Modia votre formation au commentaire
de Rachi.
En cliquant sur le
lien à cette page, vous trouverez chacun des enseignements
supplémentaires de Rachi
concernant :
- sa méthode pédagogique
- sa langue
- ses règles
- sa technique systématique sur la Torah
- un exemple analysé avec précision: Qora'h
- les 5 questions constantes à se poser sur chaque
commentaire de Rachi
- comment utiliser l'étonnement face à
un verset pour le comprendre
- un exemple parfait de la méthode de Rachi
- son étude de la règle de klal oufrate
- l'importance du dibbour hammat'hil, la citation que
met Rachi avant son commentaire
- comment il éclaircit des questions majeures
par l'analyse du sens littéral (le pchate)
- il montre l'importance des particularités linguistiques
pour trouver le sens
- il apporte des sens élevés à partir
du seul sens littéral
- il modifie un middrache pour mettre en valeur le sens
du pchate
- il oriente vers l'essentiel de toutes les interprétations
- il met en valeur l'affection du Créateur à
partir de la même ouverture de chaque livre
- il met en valeur la délicatesse dans la relation
éducative et d'enseignement
- il démontre les implications morales des concepts
abstraits, par l'analyse du pchate
- son sens de l'absolu dans l'amour concret, à
partir de l'analyse du texte
- il analyse souvent la différence entre la sainteté
(qéddoucha) et ce qui est étranger, la 'hilonioute
- sa conception du sens des itinéraires de vie
- Rachi et l'amour
- il voit l'amour comme essentiel de tout existant
- son enseignement sur la terre d'Israël
- son admiration envers la femme
- sa vision délicate du couple
- il éclaire le sens de la véritable paix
dans les relations sociales et politiques
- Rachi, un florilège sur la bonté dans
les relations humaines
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