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16e Paracha
: Béchalla'h - "Il envoya"
Chémote (L'Exode)
13, 17 - 17, 16 - Chabbate Chira
Commentaire par le Rav
Yehoshua Ra'hamim Dufour basé sur les livres
de nos Sages
Où vivre, Vers quoi vivre?
Un peuple qui apprend à vivre en parfait état
de marche,
ayant écouté Hachém et Myriam avec
confiance.
Plan
- Thèmes de la paracha
- La mitsva de la paracha
- Son pchate (sens littéral, au premier
niveau)
- La trajectoire de l'enjeu
- L'enjeu présent
- Pourquoi cette mitsva de l'espace ?
- Permanence du problème
- On n'en sort pas
- On veut fuir le bonheur
- La question fondée de la double allégeance
- Le duel des espaces de vie
- La halakha
- La Torah, rien que le coeur
- La pratique du lien
- Regard sur notre existence personnelle
- Une Torah d'existence
- Aujourd'hui
- Le Sanctuaire
- La rencontre
- La responsabilité de conception
- Une proposition
- Exercices
- Mémorisation
Consulter le lexique.
Découvrir les textes sur Myriam dans Modia,
en écrivant Myriam dans la case du moteur
de recherche Google en haut de la page d'accueil
et
ici le verset du nom Myriam
Approfondir la halakha de la paracha:
Choul'hane Aroukh, Orah 'Hayim 397,1.
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Garder le niveau
Peut-on encore
garder confiance pour Israël et chanter
?
Ce qu'est la yéchiva
Entendre le Chant de la Mer Rouge et la paracha
téâmim sépharades
(Alliance) et askénazes
(ORT)
Entendre la
haftara (Ort) et sépharade
Ce Chabbate, c'est aussi Tou
bi Chévate, le Nouvel an des arbres!
Une fête juive à connaître
Photo de l'auteur, voir la
galerie de ses photos de nature en Israël
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Besoin d'un rappel.
Cette paracha ressemble à notre époque:
beaucoup d'angoisse, des Juifs poursuivis par les puissances,
le peuple hésitant, une masse confuse qui veut
constamment détourner le peuple de sa voie et qui
dit comme jadis: "nous voulons rester en Egypte ou
retourner en Egypte servir les Egyptiens", tout en
connaissant la Torah et la célébrant. Et
les miracles eux-mêmes ne suffisent pas à
ce peuple, il pense -comme le souligne le Rav Messas dans
son commentaire : "pourquoi nous donner des miracles
après les épreuves?". Hachém,
dans ce contexte, demanda à Moché de voir
plus haut et de regarder la source de la lumière
au milieu de l'obscurité; et pour nous rappeler
cela, Il a placé la lune sans source de lumière
mais la recevant et la retransmettant; ainsi devons nous
être. C'est pour cela aussi que le middrache Chémote
Rabba, repris par Rachi en Chémote 12,2 dit: Héreahou
lévana (Il lui a montré la lune)
.
Quand je vous écris, je n'ai qu'à tourner
la tête, le soir ou la nuit, et la lune est là
et ce soir encore voici ce que j'ai vu
au milieu des nuages qui défilent rapidement tout
à coup elle apparaît, se cache et réapparaît,
précise, les jumelles me montrent avec ce relief
étonnant son sol, aussi exactement. Il suffit de
recevoir et de méditer, entre la crise et la sérénité.
La communication existe entre nos doutes, nos souffrances
et la lumière supérieure.

Les pieds sur terre et sachant
d'où vient la lumière, nous pouvons avancer
avec Moché et tout le peuple tel qu'il est dans
cette étude qui éclaire la démarche
de Pessa'h et le parcours de la haggada.
Thèmes
Pour comprendre le commentaire suivant et le sens de la
paracha, lire la paracha et y délimiter les différents
thèmes en écrivant les chiffres des versets
entre les parenthèses indiquées ci-dessous.
La paracha nous décrit les épisodes suivants
(complétez par vous-même les références
des versets):
- le rappel du programme : que le peuple
parvienne à comprendre ce que veut dire que
"Je suis Hachém" et vivre avec Lui et selon
Lui (Chémote 14, 4) ;
- Pharaon poursuit les bné-Yisraël,
épouvantés (Chémote ......) ;
- la réaction de Hachém,
son programme et l'explication du motif (Chémote
......) ;
- la traversée de la Mer Rouge
(Chémote ......) ;
- le Cantique de Moshé (Chémote
......) ; et celui de Myriam (Chémote ......)
;
- l'épisode de Marah où
l'eau manque (Chémote ......) ;
- la révolte du peuple à
Elim (Chémote ......) ;
- la manne (Chémote ......)
; et les cailles (Chémote ......) ;
- la prescription du Chabbate et le
premier Chabbate (Chémote ......) ;
- la contestation à Massa et
Mériba (Chémote ......) ;
- la lutte contre Amalec, le rôle
différent de Moché et de Yehoshua (Chémote
......) ;
- la promesse concernant Amalec et
la déclaration de Moché (Chémote
......).
Recherche du sens de la mitsva
L'unique mitsva de cette paracha est la 24° des 613
de la Tora : elle prescrit :
Chévou iche ta'htav, al yétsé iche
mimméqomo bayom hachéviî.
"Restez chacun à sa place, que personne ne quitte
sa place le septième jour" (Chémote 16,
29).
Selon la méthode que
nous connaissons bien maintenant et qui nous est transmise
par le Chla,
nous devons comprendre tout le sens de la paracha en lien
avec la mitsva qui s'y trouve. Donc, liens entre : le
chabbate, la mitsva "de ne pas quitter notre lieu", et
la sortie d'Egypte ainsi présentée dans
cette paracha.
Or, nous voyons que toute la paracha est une succession
de déplacements que le peuple ne parvient pas à
déchiffrer ; pour nous, cela nous sera plus compréhensible,
avec l'aide de nos Sages.
Le pchate (sens littéral,
au premier niveau)
Les Sages se demandent quelle est la taille de cette restriction
des déplacements qui est demandée le jour
du Chabbate à l'homme et à ses biens.
Dans le Livre des Mitsvotes (Séfér hammitsvote),
le Rambam, Maïmonide
dit que cette délimitation concerne une distance
d'au-delà de 2000 coudées, soit environ
1200 mètres à partir de la limite de la
ville, c'est-à-dire que on ne dépasse pas
cette banlieue, que la ville soit grande ou petite. Dans
Michné Torah, il fixe cette distance à la
dimension du campement dans le désert (distance
12 fois plus large, soit environ 14 kms 400).
Même dans ce cadre, on ne permet que des déplacements
agréables et non fatiguants. Les Sages du talmud
ont examiné de multiples cas y compris celui d'un
homme qui habiterait une tour se déplaçant
dans l'espace, cela il y a quelques millénaires.
Le Rambane (tapez son nom dans le moteur de recherche
de Google en haut de la page d'accueil), Na'hmanide, dit
que ces précisions ne sont pas indiquées
dans la Torah écrite mais transmises par la chaîne
de la Torah orale par nos Sages et ils comprennent par
ce verset qu'il est demandé de ne pas transporter
d'objets du domaine privé vers le domaine public
et vive-versa pendant le Chabbate, comme l'explique le
traité Erouvine page 48. En fait, les deux questions
(transport et distance) sont liées et, de façon
prescriptive, la distance retenue par les rabbins est
de 1200 mètres à partir de la limite de
la ville (voir Choul'hane Âroukh, Ora'h 'Hayim 376-416).
On peut l'étendre par un Êrouv, ou fusion
des domaines.
La trajectoire et son enjeu
Il ne faut pas oublier quel est l'enjeu dans cette sortie
d'Egypte : nous l'avons vu dans la paracha Vaéra,
et il faut s'y reporter.
• C'est faire passer
- le monde créé
qui est comme condensé dans son niveau le plus
élevé qu'est l'Egypte (connaissances, pouvoir,
gestion, vie politique, théologique et morale réelle
et centrée sur la nature et sur la connaissance
des puissances divines qui gèrent et sont nommées
"Eloqim"),
- à un niveau plus
élevé par la connaissance de la révélation
de cet ordre supérieur qui est le véritable
ordonnateur du monde "Ani Hachém, Je suis Hachém"
; par là, Il se révèle pour être
connu, pour recevoir l'obédience des puissants
dans une morale effective car Il est un D.ieu d'alliance,
d'écoute, de libération, de proximité,
d'habitation avec l'homme, avec un lieu central de rencontre
qu'est la terre de Canaane. Quelle longue phrase, mais
c'est pour y synthétiser tout le programme décrit
en Chémote 6, 2-8.
Et Moché doit tenter
de convaincre le roi des rois (Pharaon, Parô) de
se soumettre à la réalité qui est
celle du Rois des rois des rois.
• C'est passer de la religion
à l'exercice du coeur ; voilà pourquoi,
il est toujours dit que le "coeur" de Parô s'endurcit.
(Voir les phrases sur le coeur, en fin de cette étude).
L'enjeu présent
Nos Sages font remarquer (selon la synthèse faite
par Rabbénou Yaâqov Abou'hatséira)
que
• ce programme était
le programme initial de la Création.
• trois tentatives initiales
de tiqqoune (réparation) ont échoué:
dans la génération de la Tour de Bavel,
dans la génération de la dispersion et dans
la génération de Noé.
• l'enjeu est repris par la
génération de Moché quand un peuple
familial s'est préparé en devenant moralement
les "fils d'Israël" et, munis de cette excellence
collective difficile mais effective, de par la volonté
de Hachém, ils descendent en Egypte pour tenter
une quatrième fois.
Tout cela est indiqué
dans le premier verset de notre paracha (Chémote
13, 17-18) comme ceci : trois fois le mot "ha âm,
le peuple" parle de ces trois générations
qui ont échoué, et la quatrième nomination
est celle des "béné Yisraël", comme
on le voit ci-dessous :
Vayéhi béchala'h Parô éte ha
âm ,vélo na'ham Élohim dérékh
éréts plichtim ki qarov hou
Or, lorsque Pharaon eut laissé partir le peuple
D.ieu ne les dirigea point par le pays des Philistins,
lequel est rapproché ;
ki amar Élohim pén
yinna'hém ha âm bireotam mil'hama véchavou
mitsrayima
parce que Eloqim disait : "Le peuple pourrait se raviser
à la vue de la guerre, et retourner en Egypte."
vayyassév Élohim
éte ha âm dérékh hammidbar
yam souf
Eloqim fit donc dévier le peuple du côté
du désert, vers la Mer Rouge,
va'hmouchim âlou béné
Yisrael mééréts mitsrayim
et les enfants d'Israel partirent en bon ordre du pays
d'Egypte.
• Voilà pourquoi il
est dit que le pharaon "fit partir" le peuple, béchala'h,
car il remplissait sur ordre divin cette mission globale
de la 4e tentative de réparation de la Création.
Précisons que l'expression ha âm, le
peuple, concerne toujours les enfants d'Israël auxquels
se sont mêlés les membres d'une populace
qui attire des ennuis tout au long de l'histoire (comme
le veau d'or) et que l'on nomme êrev rav.
Mais pourquoi cette mitsva
de l'espace ?
Mais, alors quel est le rapport entre cet enjeu et la
seule mitsva de cette paracha ?
Le Chla va nous le faire découvrir. Il reprend
l'enseignement des Sages qui l'écrivent en termes
dont il n'est pas question de décrire la complexité,
ici, sur ce site.
• Tout l'espace du monde pourrait
être saint, comme lieu de cohabitation commune dans
la sainteté (qéddoucha) comme au jardin
d'Eden, avec le centre qu'est le Temple, lieu de la présence
centrale et de la régulation (ce que l'on atteindra
dans le 3e livre, Vayiqra ou Lévitique).
• Mais, en ce monde tel qu'il est symbolisé
par l'Egypte de pharaon, Parô, les forces négatives
ont le pouvoir de dominer, hormis l'espace de sainteté
qui se trouve symboliquement réduit à l'espace
de déplacement permis pendant le Chabbate. Il est
dénommé Té'houme-Chabbate, "domaine
du Chabbate" ou "domaine". Il correspond à ces
2000 coudées. Là, si on s'y maintient, on
augmente ipso facto la présence de la sainteté
dans le monde et les forces destructrices perdent ipso
facto leur force dans toutes les zones autour où
elles dominaient. C'est ainsi que le Chabbat vécu
et respecté sauve Israël et le monde lui-même.
Cet paracha est donc une demande à chacun pour
se mettre à mieux appliquer le Chabbate et pour
ainsi en découvrir toute la beauté.
• Les Sages montrent les correspondances
exactes entre ce nom de té'houm et la révélation
nouvelle sur le nom de D.ieu reçue par Moché
quand Il lui dit : éyé acher éyé,
mot éyé qui revient trois fois dans la paracha
Chémote . Sans le démontrer ici, il suffit
de savoir que Moché a dû se justifier devant
les Sages de son peuple et apporter des preuves faites
par la guématria qui compte les lettres des différents
noms ; Moché a demandé ces preuves de l'authenticité
de sa mission à D.ieu qui les lui a données
par la révélation de son nom Eyé;
les Juifs ont reçu la transmission de ce dossier
avec toutes les précisions. Ils peuvent l'apprendre
dans la transmission de l'étude.
Tout cela est le motif de
ce lien entre
- le sens de l'espace dans le judaïsme,
- sa limitation pendant le Chabbate,
- la permission que sollicitait Moché
de se rendre hors de l'Egypte en un espace de sainteté.
Ensuite, cela nous est dit parce qu'il
nous faut aussi apprendre à vivre en permanence
dans cet espace de sainteté ; et c'est le sens
du départ, de toutes les démarches et étapes
successives qui sont décrites pour nous dans la
paracha. Pour une prise progressive des distances et de
la coupure.
Voilà pourquoi nous avons intitulé ce commentaire,
au sens propre et au sens figuré dans ces termes
précis : "un peuple en état parfait de marche".
Permanence du problème
• Les Juifs rencontrent toujours ces questions : "En quel
lieu ou pays vivre ? Faudra-t'il en sortir ? Ne faut-il
pas en sortir, ou y rester ? Quel est mon lieu, mon pays
? Faut-il vivre dans le point de centralité ou
dans les zones de la dispersion ? Est-ce le moment de
vivre ici ou là, par rapport à l'évolution
de la vie de mon peuple ou dans l'évolution de
ma vie personnelle ?".
Questions sérieuses et respectables dans les termes
où chacun les ressent et les pose dans son évolution
incertaine. Je reçois souvent ce genre de question.
La réponse est d'abord de commencer à étudier
ce qu'est l'espace, et l'espace juif pour comprendre où
vivre.
Avant tout, ayons le respect de toutes ces recherches
individuelles ou collectives, car nul n'a la clarté
de Moché, et il restait avec tous sans mépriser,
à leur rythme ; il n'a pas "filé" seul vers
une réserve spatiale de sainteté personnelle.
Il aimait son peuple dans ses obscurités, lenteurs,
erreurs et alternances.
• Les nations également
pressentent bien que le problème du Juif est celui
de l'espace et n'est pas d'abord une "spiritualité"
comme d'autres religions : les nations parlent du "Juif
errant", elles disent que "ils sont partout", elles les
expulsent, elles leur disputent leur terre. Espace. Elles
veulent ou ne veulent pas que les Juifs aient leur terre,
qui est une terre de sainteté.
Dans la paracha, nous voyons
que Hachém se pose aussi ce même problème
qui est contenu, avec intensité, dans ces deux
mots : "où être": ainsi,
• Eloqim se disait à Lui-même, au début
de notre paracha : "le peuple pourrait se raviser à
la vue de la guerre et retourner en Egypte" (Chémote
......). (traduisons aujours'hui: retourner vivre dans
l'exil).
• Les bnéï Yisraël questionnaient Moché
: "pourquoi nous as-tu fait sortir d'Egypte ?" (Chémote
......). (Aujourd'hui encore, combien de Juifs en sont
à cette question: pourquoi allez vous vivre en
Israël?
Deux tribus demandèrent
ensuite à Moché l'autorisation de s'établir
en deçà du Jourdain.
On ne descend pas en arrière
dans la sainteté.
Pour tous ces motifs, on comprend la nécessité
de la prescription de ne pas sortir du lieu de la sainteté
(le Chabbate) quand on l'a atteint,
de même qu'il est prescrit au Grand Prêtre,
le Cohen haggadol, de ne pas sortir du Sanctuaire (Vayiqra
21, 12), comme le souligne le Chla dans son commentaire.
Une règle juive est qu'on ne doit pas redescendre
du niveau que l'on a atteint en qéddoucha, sainteté.
On veut fuir le bonheur.
Devant cette tendance des Juifs à la bougeote continuelle
pour fuir ce jardin d'Edén bien localisé
par le Créateur des espaces, et devant leur difficulté
à se stabiliser, il est donné de nombreux
conseils aux Juifs pour qu'ils restent en place, "s'assoient",
c'est le sens du mot: la "yéchiva" :
- importance de prier à la même
place,
- importance de s'asseoir pour étudier.
Comme disent de nombreux parents à
leurs enfants : "est-ce que tu ne pourrais pas rester
un peu en place un instant au lieu de bouger comme cela
sans cesse".
Cette instabilité est
vie, mais c'est également la difficulté
interne de situer son propre être.
(Pour les étudiants avancés, se reporter
aux sources suivantes sur cette "yeshiva" : Taânite
8a, Yoma 28b, Tan'houma 58, 3 et Tana débé
Eliahou Rabba 3 et 13 et 18).
Quand le Juif s'agite et veut
fuir, c'est parce qu'il ne sait pas vivre simultanément
dans les deux domaines auxquels il appartient et qui n'en
sont qu'un : celui du profane et du sacré.
Ainsi, comme exemple, le débat pénible pour
tous les Juifs, actuellement, qui déchire le peuple
en Israël entre 'hilonim et datiim, traduit clairement
ce problème dans les deux camps qui sont surtout
deux dimensions plus que des groupes distincts.
• Le terme 'hilonim ne veut
pas dire "laïcs" au sens français mais "profanes,
étrangers, extérieurs": être ici mais
ne pas y être, être d'ici mais ne pas en être,
voilà les questions de ce Juif : comment s'en "sortir".
Le terme de dati, à l'autre extrême, est
excessif également car il indique une "religion",
en tant que rite fermé, ce que n'est pas le judaïsme
qui est davantage une culture globale, une vision anthropologique
dans un enjeu collectif du monde.
• Le problème apparait
encore dans le lieu qu'est le nom : garder ou ne pas garder
le nom et, surtout, le prénom juifs pour
ne pas montrer aux autres et à soi-même "qu'on
en est".
• Porter ou non un kissouï
roche (couvre-chef), délimitation spatiale de soi
sous La présence et reconnaissance sociale de cette
réalité personnelle et sociologique juive.
• Placer ou non la borne spatiale
et le repère spatial de la maison juive par la
mézouza.
• Ce problème se déplace
dans les questions alimentaires : être ou ne pas
être dans un restaurant cacher, ailleurs que les
autres.
Derrière tout cela,
"être ou ne pas être, liyote o lo liyote,
voilà la question", car choisir de vivre c'est
vivre dans un espace ; c'est une tension et une hésitation
entre vie culturelle ou suicide culturel, c'est: "j'ai
placé devant toi la mort et la vie, mais choisis
la vie" (Dévarim 30).
Remarquez bien que je ne formule
aucune solution pour les autres. Nous étudions
seulement ensemble la paracha, en nous sensibilisant par
ces exemples à la problématique qui est
en cause.
La question fondée
de la double allégeance
Les nations ne se trompent donc pas du tout quand elles
parlent de la question de la double appartenance, ou de
la double allégeance du Juif car il est toujours
divisé entre le lieu commun à tous et Son
lieu à lui qui est celui de son histoire, de la
sainteté et de l'Autre avec qui il y a une histoire
séculaire et une alliance et une révélation.
Notre paracha pose tous ces problèmes. Avoir sa
propre terre ou non, s'en débarrasser quand on
l'a, sont les formes les plus crues de ce problème.
La question telle qu'elle
est posée par le Créateur dans la paracha
Mais, si nombre de nos manifestations de malaise posent
un problème réel, nous sentons bien qu'elles
le posent mal, partiellement, avec confusion.
Par contre, notre paracha veut nous montrer comment Hachém,
Lui, pose ce problème du lieu et l'éclaire.
En Chémote 13, 20-21 il est dit : "ils décampèrent
de Souccote et vinrent camper à Etam à l'extrêmité
du désert. Hachém les guidait, le jour par
une colonne de nuée qui leur indiquait le chemin,
la nuit par une colonne de feu pour les éclairer,
afin qu'ils puissent marcher jour et nuit".
Les bnéï Yisraël
se posaient donc la question spatiale dans le sens horizontal
(où être, ici ou là-bas?) tandis que
Hachém place le problème autrement :
1° d'abord, dans le temps
quand Il dit : soyez simultanément du jour et de
la nuit, marchez en étant "jour-et-nuit" ; et,
pour cela, pendant le jour, Il complète les Juifs
par la nuée de nuit, et pendant la nuit Il les
complète par le feu du jour.
2° ensuite, Il situe autrement
qu'ils ne le faisaient la question de l'espace : où
que vous soyez, votre problème sera le même
car "Je suis le lieu du monde", le maqom.
Nous avions déjà
rencontré cette sensibilité à ces
deux composantes simultanées à propos de
la pédagogie intime de la nouvelle lune dans la
paracha précédente, Bo : il s'agissait de
percevoir l'émergence de la fine lumière
au milieu des ténèbres. Maintenant, dans
cette paracha-ci, la Torah nous l'enseigne encore: non
plus dans la contemplation statique mais dans la marche
de l'existence. Je me souviens de quelqu'un qui s'était
grimé et déguisé lors de la fête
de Pourim dans l'unité d'un double visage jour-nuit,
c'est cela le Juif: "un soir et un matin, jour un".
Le courant qui s'est éloigné
du judaïsme il y a deux mille ans, avait lâché
cette dimension spatiale concrète comme lieu de
la sainteté en croyant que la fin des temps était
arrivée et, donc que la circoncision spatiale (mila)
était abolie. Or, la mila est le terme qui veut
dire également le "mot", ce véhicule de
toute la Torah ; nous avons constaté que abolir
cette unité du coeur, du corps spatial, du temps
et de la connaissance devait conduire à tant de
tragédies historiques. Car l'esprit perd le contrôle
du pilotage quand il ne se laisse pas contrôler
par le réel et par le premier sens simple et concret
de la Torah. Cette recherche interne au peuple nous montre
l'intensité de ses répercussions également
pour l'ensemble de l'humanité.
Après le Juif d'il
y a 2000 ans, le Juif israélien rencontre lui aussi,
de nos jours, ce problème et ce défi de
la complexité du temps et de l'espace, mais il
veut trop souvent les résoudre en ne voulant être
qu'unidimensionel, takhless, pratique, dans la seule dimension
du concret et de l'immédiat et il refuse souvent
la complexité de la vie, la complexité de
la pensée et de l'autre et la complexité
des différences qui doivent se vivre dans une unité
nuancée. Ou bien, il s'évade dans un tourbillon
de voyages dans le monde avec retours constants à
son lieu central, comme le mouvement brownien d'un insecte
autour d'une lampe allumée.
L'histoire juive est l'histoire
de tous ces modes de démarches depuis qu'Avraham
a vu de loin que le centre de tout est Jérusalem
et depuis que Moché nous a fait sortir d'Egypte
pour revenir vers cette direction, après avoir
expérimenté l'Egypte.
Le duel des espaces de vie
La "vie" d'un Juif qui se nourrit de la tradition ne devrait
pas être menée par ces radicalismes agités
en surface. En effet :
• la vie, en hébreu,
se dit 'hayim (vies), au duel grammatical, car la vie
est double;
• de même, Jérusalem,
objectif de la marche du Juif et lieu de sa vie se dit
au duel grammatical (terminaison du mot en aïm qui
est plus qu'un pluriel, c'est un couplage) : Yérouchalaïm,
en hébreu, au duel également car Jérusalem
est double : Jérusalem de la terre-et-du ciel,
ou bien Jérusalem du présent et du "renouvellement"
pour l'avenir comme le dit le Roche, Baâl haTourim
sur Béréchite 22, 14. La traduction française
"Jérusalem" réduit à une seule dimension
du présent :
• si Yérouchalaïm
n'est plus la double présence, et devient seulement
Jérusalem, alors effectivement elle appartient
au plus armé sur le seul terrain des combattants
;
• par contre, si elle est
duelle, Yérouchayim, elle est "éréts
haqqoddéche", la terre du Saint, et non pas "ma"
patrie, "mon" refuge mais Sa résidence oùIl
nous demande de venir tenir une fonction pour le monde
entier.
Il faut relire ici le premier
Rachi
de toute la Torah pour comprendre la conception juive
de notre pays.
On comprend alors que celui
qui ignore cette conception de la tradition puisse voir
cet espace comme une terre-gâteau excellent dont
on répartit les parts par négociation actuelle
entre tous les avis intéressés entre des
gens qui ne connaissent rien du message séculaire
porté par le peuple, et selon la nouvelle religion
récente qu'est la conception actuelle des droits
de tous les peuples. En fait, aucun peuple n'accepte cela
pour son territoire; seuls, les Juifs ont cette culpabilité
face à leurs droits, d'une part à cause
de 20 siècles d'oppression, mais aussi parce que,
effectivement, les autres peuples de la Création
sont concernés par cette terre ; le problème
n'est donc pas simple, d'autant qu'une part importante
du peuple juif ignore le sens traditionnel de sa propre
terre y compris chez ceux qui y habitent. Tous les peuples
ne jugent pas leur terre en fonction de la seule sécurité,
mais avant tout en raison de l'héritage reçu
et du sens de leur identité : quelle perte de niveau
moral quand quelques politiciens (souvent anciens militaires
de carrière) n'y voient que sécurité,
ou quand des politiciens n'y voient qu'un pactole à
prendre pour leur parti en utilisant tous les arguments
et procédés.
On comprend aussi que le choc
des identités historiques pose de graves problèmes,
spécialement quand un peuple (palestinien) fait
de l'identité une arme de conquête alors
qu'une grande partie du peuple juif se sent très
culpabilisée d'utiliser la même arme (350.000
Palestiniens sont montés, unanimes, en un seul
jour pour la prière sur le mont du Temple à
Jérusalem: combien de Juifs sont-ils prêts
à monter, même simplement, à Jérusalem.
Quelle leçon ils reçoivent de ces Arabes
déterminés!).
Déjà, Moché
a vite éprouvé que sa proposition créait
de pénibles problèmes, soulevait des résistances
internes considérables et le plaçait en
accusé. D'autant que le peuple réagissait
souvent à l'immédiat, dans une grande versatilité.
La halakha
Le Zohar commente notre verset de Chémote 13, 21
dans lequel Hachém nous donne comme lieu de vie
cette dualité jour-nuit en nous plaçant
intérieurement à l'intersection des deux
dimensions simultanées dans lesquelles nous vivons
("Hachém allait devant eux, le jour dans une colonne
de nuée pour les diriger sur la route ; la nuit
dans une colonne de feu pour les éclairer afin
qu'ils puissent marcher jour et nuit"). Suivons ce commentaire
pas à pas.
Réalisons bien que
le Juif est un être qui marche sans cesse ; c'est
le sens du mot halakha (marche) qui n'est pas un code
de réglements religieux mais un éclairage
de toutes les démarches du Juif marchant. Même
quand il étudie assis, il bouge!
Le Zohar commence par citer
le psaume 22, 1 : "Sur la biche de l'aurore"... Le Juif
devrait parvenir à vivre comme cette biche mobile
et à l'apparence fragile comme une fleur mais qui
est tellement pure et proche de la nature que, lorsqu'elle
s'élance, elle éveille l'aurore de toute
la Création. Pourquoi l'aurore ? Nous allons le
découvrir. (Revoir aussi le
commentaire de Kippour sur le symbole de la biche).
Le Zohar continue en nous
disant que celui qui étudie la Torah est aimé
dans le monde d'En-Haut et dans le monde d'En-bas. Cela
va de soi si la Torah, qui donne vie à ces deux
mondes, est nécessairement en jonction d'amour
avec chacun de ces deux mondes, avec celui qui l'étudie
et l'aime. Et Hachém écoute cet homme et
ne l'abandonne jamais ni dans ce monde-ci, ni dans le
monde à venir car il cherche à y être
présent Lui-même. N'oublions pas que
la paracha précédente s'appelait bo, viens,
dit D.ieu.
Le Juif vit ainsi à
la jonction de toutes ces liaisons et, s'il les accepte,
il reçoit alors la vie de tous ces niveaux et il
l'apporte ipso facto à l'ensemble du monde. C'est
le mode de vie du Juif, tsaddiq du monde. C'est aussi
ce qui explique la position traditionnelle : celui qui
étudie la Torah exerce une fonction collective
de maintien et d'amélioration du monde, plus fortement
encore que dans toute autre activité. Les "religieux"
qui renforcent cette réalité en Israël
ont donc un rôle essentiel, aussi important que
l'activité d'autres qui se consacrent à
l'économie.
Ensuite, à l'appui
de sa thèse, le Zohar cite un verset du début
du livre de Yehoshua qui se relie à notre verset
de paracha : "ce livre de la Tora qu'il ne quitte pas
ta bouche, tu le méditeras jour-et-nuit, (véhaguita
bo yomam valayéla)".
Ainsi, Hachém a commencé
à parler à Yehoshua après la mort
de Moché pour lui donner cette consigne de vivre
en un état qui est nommé "jour-et-nuit",
de même qu'immédiatement après la
sortie d'Egypte, il avait appris aux bnéï
Yisraël à aller de compagnie avec Lui "jour-et-nuit"
et à marcher "jour-et-nuit".
La Torah nous apprend par
là combien c'est une nécessité première
et urgente pour Hachém de dire tout cela à
l'homme, et nous devons comprendre pourquoi. Le Zohar
nous l'explique pas à pas.
La plupart des hommes ne vivent
que le jour, domaine de l'apparent et, ensuite, dorment
la nuit, comme le font les animaux ; le Juif prend modèle
sur ce verset disant que le jour n'est complet que s'il
est uni à la nuit (Beréchite 1, 5 : "un
soir-et-un matin, jour un"). L'homme est lui-même
"un" s'il intègre en lui, en une seule unité,
ce qui est clair et ce qui est obscur et s'il parvient
à marcher continuellement avec ces deux dimensions,
que ce soit de jour ou de nuit.
La Torah, rien que le coeur
S'il vit vraiment cela, comme Yehoshua ou comme le peuple
dans le désert, alors, le Juif est uni à
la complexité du Nom de D.ieu qui a créé
ce monde couplé, de même que toute la Torah
commence par la lettre 2, le béit.
Sur notre paracha, Rabbénou
Bé'hayé dit que toute la Torah, du début
à la fin est coeur, lév, depuis la première
lettre (béit) jusqu'à la dernière
(laméd) qui forment ensemble le mot "coeur, lév"
en réunissant le premier mot de la Création
de D.ieu (Béréchite) avec le dernier mot
(Yisraël). Comme dit la tradition, léfi ânioute
deâti, avec prudence et pauvreté d'esprit,
je vois en ce mot juif du coeur "lb" qui se prononce lév,
le laméd de direction "vers" (comme le mot "to"
en anglais), et la cible qui est le béit, le 2,
la relation. Le coeur-lév, ce n'est pas posséder,
c'est être orienté vers l'autre, comme il
est dit : "je suis vers mon bien-aimé et mon bien-aimé
est vers moi" (ani lé dodi védodi li. Cantique
des Cantiques).
La pratique du lien
C'est pour ces motifs qu'il est recommandé de se
lever pour étudier à minuit, moment du 2,
des jonctions simultanées du jour et de la nuit,
car c'est à ce moment précis que l'union
des deux mondes est la plus grande. L'exprime bien le
verset de la fin du Cantique des Cantiques : "toi" (au
féminin) qui es assise dans les jardins, "les amis"
(masculin) écoutent ta voix, fais-moi l'entendre".
De nombreuses métaphores d'union conjugale décrivent
cette rencontre heureuse entre le Juif-Israël et
son Créateur dans l'étude.
Puis il y a une phase d'obscurcissement
et de fatigue avant le matin et, à nouveau, c'est
la rencontre de l'aurore où Hachém comble
les humains de dons dans la lumière des 18 bénédictions
du lever, puis de la longue prière de Cha'harite
qui reconstruit notre être.
Le texte nous dit que le Juif
est ainsi avec Lui, et cela est indiqué par la
lettre vav de la phrase : "et Hachém va devant
eux, vé Hachém olékh lifnéihém".
Des exemples pris chez les Patriarches, Avraham, Yits'haq,
Yaâqov et chez David (ceux que l'on nomme en mobilité
: "les 4 roues du char de la Chékhina") nous montrent
comment ces patriarches ont accompli eux-mêmes cette
vie complexe, reliée et mobile ; pour cela, ils
accompagnent toujours Hachém dans cette rencontre
avec nous car nous avons besoin de ces guides.
Le Zohar termine ce commentaire
en indiquant que si les bnéï Yisraël
marchaient ainsi de jour-et-nuit, ce n'est pas qu'ils
fuyaient ou erraient, car D.ieu les protégeait
; c'était parce que cette forme de marche, dans
la double présence au bas et au haut, était
celle qui mène à la complétude, la
perfection, la paix, selon les sens du mot hébraïque
de chalom (qui ne parle nullement de "paisible"), car
il n'y a pas de complétude dans le seul jour de
lumière superficielle, et il n'y en a pas dans
la seule nuit profonde mais oppressante, on ne la trouve
que dans l'union "jour-et-nuit". Quel homme, quelle femme,
ne connaissent pas dans leur vie ces pérégrinations
entre la dimension sublime et la fatigue de l'action concrète,
entre les moments pleins et les moments vides qui se succèdent
et sont, en fait simultanés. Et il n'y aura pas
de repos dans cette marche pour les Juifs.
et renouvelée, un chant
de toute la Création et la Création en mouvement
continu. C'est pour cela que la lune en dévoloppement
constant est notre modèle. J'ai pris cette photo
aujourd'hui dans la paracha, le 9 Chevate.
(J'ai pris toutes les photos
cette semaine, pendant la paracha, chez moi à Jérusalem
et autour de chez moi)
Cette paracha nous montre
comment Hachém a tenu à nous apprendre ainsi
à marcher dans la véritable dimension double
de l'existence, comme une jardinière d'enfants
soutient un petit homme commençant à marcher
dans son âge tendre.
Regard sur notre existence
personnelle
Au contraire, étrangères à cela,
dans notre vie collective actuelle, les propositions qui
nous sont faites par les pouvoirs des média et
de la consommation sont très différentes:
au lieu d'une marche continue et d'un mélange d'obscurité
et de jour, on nous installe passifs devant le journal
ou devant l'écran de télévision pour
fait miroiter que tout achat, tout lieu de vacances, toute
émission, toute manifestation, tout standing matériel,
tous slogans idéologiques à la mode nous
accorderont ipso facto et passivement un plaisir immédiat,
comblant, sûr, reconnu, etc. Et Israël est
vendu de la même manière comme un catalogue
de séjours de vacances, ou comme une carte d'adhérent
à un parti politique.
La Torah ose dire à
tout cela: "mensonge, car vous ne vendez que du vent,
du maquillage, du plâtre".
Elle propose au Juif:
- de ne pas entrer dans ces confrontations
violentes (car tout le monde n'a pas la classe de
Moché pour affronter cela et nous ne sommes
pas accompagnés explicitement de Aharone et
de la parole prophétique); le premier verset
des psaumes le dit: "heureux celui qui ne va pas sur
le sentier des méchants".
- d'oser traverser le désert
des pauvretés, changements et déménagements,
sur tous les plans, pour nous mettre en rencontre
intérieure puis prolonger sans cesse ce sentier
imprévu.
- d'assumer, comme un état normal,
la complexité d'obscurité et de lumière
de l'existence, ce qui prend les formes variables
pour chacun et suivant les périodes de la vie.
- de faire la rencontre de l'étude
de la Torah comme parole en dialogue, comme une question
incessante où l'on rouvre sans cesse tous les
dossiers.
- de marcher sans cesse dans cette
étude qui est La rencontre.
- et, comme il sera dit à Yehoshua
d'y être très "fort et courageux" ('hazaq
véémats) à l'exemple de Moché
; en effet, ces termes, trois fois répétés
à Yehoshua, et devenus un code continu dans
la vie juive, réfèrent au compte des
lettres du nom de Moché aussi bien qu'à
celui de Hachém. Apparemment, c'est un parcours
solitaire, mais Hachém est toujours en Présence.
Une Torah d'existence
Le propre de la Torah, c'est de définir clairement
les données de ce programme de vie complexe. On
peut vouloir l'assumer ou non ; mais on ne peut pas dire
que la proposition n'est pas faite clairement, on ne peut
pas dire non plus que la proposition n'est pas adaptée
aux dynamiques réelles, profondes et complexes
de l'existence ni aux besoins profonds de l'âme
humaine et des aspirations d'amour, ni à l'intelligence
d'adultes qui réfléchissent et à
qui on ne peut pas en conter par crédulité.
Médiocres, comme beaucoup
de membres des béné Yisraël, par impatience
infantile, par peur et angoisse devant cette proposition
de vie sur deux dimensions, nous serions prêts à
nous agiter, protester, et à nous enfuir à
la seule vue de cette vérité ; devant cela,
Moché nous a répondu (Chémote 14,
13-14) :
"ne craignez pas, rendez-vous
stables et vous verrez le salut de Hachém qu'Il
a fait pour vous en ce jour. Car, vous avez bien vu les
Egyptiens en ce jour mais vous ne les reverrez plus jamais
de jamais. Hachém combattra pour vous (Hachém
yila'hém lakhém) et, quant à vous,
faites silence ! (véatém ta'hrichoune)."
Moché a répondu
avec précision, force, autorité et réassurance
à nos craintes.
Quelle force propose-t-il
? Voici sa solution : certes, il y a combat, mais si vous
vivez avec Lui comme nous l'avons vu, simultanément
dans le jour et dans la nuit, alors c'est Hachém
lui-même qui combattra en vous ou auprès
de vous dans les combats constants qu'ils soient de lumières
ou de ténèbres.
Et la fin de sa prescription
est dite sous une forme impérative qui est très
brutale comme sa traduction en français : "quant
à vous, silence! (véatém ta'hrichoune)".
Tout cela n'est pas une lecture psychologique de notre
part, c'est l'enseignement des Sages cités, simplement
en rendant sensible le message qui est dit pour l'être.
Aujourd'hui
Ce qui est proposé là, c'est d'habiter ainsi
dans la simultanéité d'un espace double
dans l'instant présent immédiat, ce que
l'on appelle hayom, "en ce jour d'aujourd'hui". Ce nom
hayom est très riche de significations dans toute
la Torah, dans les prophètes, les psaumes, les
offices de prière, et par chacune des lettres de
ce mot.
Hayom, c'est l'espace-temps
optimiste, joyeux, beau, du Juif ; c'est le lieu de force
et de créativité continue dans la marche
de l'existence ; c'est un endroit, un lieu où l'on
entend les harmonies de ces échanges de l'être,
des êtres, de la nature, des époques et du
Créateur, sans rien entendre de palpable.
Qui n'aimerait entendre toujours,
à chaque instant, ce qui est dit dans le texte
du Chémâ : hayom im chamoâ, "en ce
jour, si tu m'écoutes..."? Qui n'aime ou qui n'aimerait
le dire, et entendre le redire? C'est le Cantique des
Cantiques, ce sont les psaumes. C'est la lettre aimée
que l'on lit et relit: la Torah. C'est le mur infranchissable
devant, et les ennemis qui se précipitent derrière
et, par la seule force de la marche dans la mer, celle-ci
s'entrouve.
C'est le Cantique de Moché
et le chant de Myriam dans cette paracha: une jubilation
imprévue qui a vu le monde changer, et qui concerne
tous les mondes.
Et cela englobe la coordination
réussie et impossible du noir et du blanc, de la
lumière et de l'obscurité qui construisent
ensemble, comme cette disposition en pierres, dans la
calligraphie de ce cantique (regardez cette construction
typographique: Chémote, chapitre 15).
Et si cette marche constructive commence entre le Créateur
et l'homme, a fortiori, cela peut continuer à se
vivre avec les autres.
Le Sanctuaire
Celui qui habite ainsi dans l'existence en cette relation
au jour et à la nuit qui nous est proposée
par la paracha, relié à Hachém qui
est à la fois révélé et caché,
celui-là perçoit le monde comme un grand
sanctuaire où, comme dans la prière du matin,
les différents éléments s'expriment
et disent leur louange, aussi bien l'âme que le
néféche concret de celui qui prie : "barékhi
nafchi, bénis, mon âme". C'est le sens du
nom
du troisième recueil de poèmes.
La rencontre
La rencontre avec l'autre devrait se faire en ce lieu,
où l'autre est accepté avec ses deux dimensions
qui le traversent lui aussi.
Mais ce jeu n'est pas simple, ce n'est pas une soirée
au concert: Parô joue aussi sa partie, et Âmaléq,
d'âge en âge, de générations
en générations, veut exterminer Israël.
La Haggada de Pessa'h va nous contraindre à le
dire, tout ce programme, même ces dernières
lignes terrifiantes, afin que nous refassions tout ce
scénario jusqu'à la libération. L'importance,
cela y est dit, c'est de le vivre dans un "aujourd'hui"
; cette étude pourra y contribuer.
Mais, dans ce beau programme,
jamais nous ne pourrons nous retrancher derrière
un "les autres nous persécuteront toujours, ils
sont foncièrement mauvais". Jamais, non plus, les
autres ne seront habilités à nous dire :
"vous vous prenez pour un peuple supérieur". Etre
aimé et avoir reçu une lettre importante
n'est pas une supériorité; nous n'y sommes
vraiment pour rien, et c'est seulement une responsabilité
à assumer.
La responsabilité de
conception
En plus de cette obligation morale, nous avons un privilège,
c'est de connaître cette longue histoire, d'en avoir
toutes les pièces du dossier, historiques aussi
bien qu'existentielles, et cela dans une transmission
directe depuis les événements.
Alors, se joue pour nous le
problème de la fidélité, comme en
amour.
Le judaïsme n'est pas
une spiritualité mais c'est la Création
continuée
Il va de soi que ce n'est pas seulement un groupe sociologique
avec ses habitudes, rites et conaissances. On voit combien
on dépasse la conception de l'antisémitisme
ou de la désinformation et lutte contre la désinformation.
Il faut voir le sens des choses et les enjeux en cause.
Ce que la Torah nous apprend
explicitement, c'est que Hachém le Créateur
marche avec nous et que nous pouvons marcher avec Lui
si nous acceptons ces grandes dimensions complexes qui
nous habitent. Et cela se joue, certes, dans des combats
au milieu de l'espace. On dit bien "espace vital".
La Torah nous apprend aussi
que nous gaspillons nos forces à revendiquer, nous
plaindre, critiquer, être sceptique sur le meilleur
avenir de l'homme, alors que nous pourrions utiliser ces
forces à apprendre comment écouter ces messages
d'amour de Celui qui nous propose sans cesse de vivre
dans le hayom.
Le Juif n'est pas seul, c'est
pour cela qu'il a la force de traverser les siècles.
C'est tout le sens de notre proximité aux téfilines
que nous collons sur notre peau.Voir ici
les images dans la page Bar mitsvah.
Le Juif les traverse aussi
comme les mois d'une gestation, c'est pour cela que ce
Cantique de Moché est mis au féminin (chira)
et, seulement quand l'histoire sera terminée et
la maturation atteinte, on sortira de ce Cantique en grossesse
féminine pour dire un chant nouveau (qui ne sera
donc plus nommé au féminin mais au masculin
: chir (chirou lachém chir 'haddache); lire ici
ce psaume 96. Ce passage de chira à chir correspond
également à la différence des termes
qu'il y a dans le Tanakh entre yéchouâ et
yéchouôte, selon Rabbénou Bé'hayé.
Pourquoi tant d'étapes
?
Il nous dit également que le don, promis et accessible,
de la plénitude ne nous est pas donné en
une seule fois mais exige des étapes très
nombreuses
pour plusieurs motifs:
- nous entraîner à la
confiance (bita'hone).
- nous mettre à l'épreuve
pour voir si nous voulons vraiment marcher selon le
mode de Hachém.
- mettre à l'épreuve
la qualité de notre coeur.
Plus que tout, Moché nous propose
de faire un peu de silence dans les bruits de l'Egypte,
de prendre de la distance, pour entendre les combats de
D.ieu dans notre existence juive. "Hachém combattra
pour vous (Hachém yila'hém lakhém)
et, quant à vous, faites silence! (véatém
ta'hrichoune)".
Une proposition :
regarder l'image de cet endroit qui est le centre de tout
cela : notre Yérouchalayim, que nous pouvons voir
et ressentir hayom, aujourd'hui. (cliquer sur Jérusalem,
panorama, en page d'accueil du site, ou sur ses pages
de fleurs où j'essaie d'y capter sa beauté).
Qu'elle soit bientôt complète. Amén
kén yéhi ratsone.
Exercices
1. Maintenant, relire la paracha
dans cette perspective.
2. Commencer à parcourir
la Haggada de Pessa'h, en ce sens : c'est la même
trajectoire.
3. Reprendre l'étude
pour y faire la liste des dynamiques présentes
dans cette paracha et qui rejoignent des enjeux personnels
importants.
4. Echanger là-dessus
avec des proches.
5. Mémoriser les mots
:
lieu, maqom
domaine, té'houme
sainteté, qéddoucha
sanctuaire, miqddache
position assise, yéchiva
jour et nuit, yom valayéla
jour et nuit, yomam valayéla
6. Mémoriser ces phrases
sur l'importance du coeur :
VaHachém yiré
lallévav
Mais Hachém voit le coeur (I Samuel 16, 7)
Haqqaddoche Baroukh Hou liba
baê
Haqqaddoche exige le coeur (Sanhédrine 106 b, et
le Rachi). Phrase en araméen.
Îqar hattorah coula
télouya ballev
L'essentiel de la Torah, c'est qu'elle est entièrement
dépendante du coeur
(Rabbénou Bé'hayé,
Introduction à la paracha Béchala'h).
7. Consulter
Abou'hatséra
Rambam
Rambane
Tiqqoune
8. Des erreurs de prononciation
très fréquentes, à ne pas commettre
en lisant
ou chantant "Az yachir Moché".
Voyez les règles qui expliquent
la bonne prononciation sur cette page.
|
DIRE
|
NE PAS DIRE
|
| ouvné yisrael |
ou béné
israel |
| va yomérou lémor |
va yomrou lémor |
| ki ghao gaa |
ki gao gaa |
| vérokhévo |
vékhokhvo |
| va yéhi li lichouâ |
va yéhi lichouâ |
| yarédou vimtsolote |
yardou vimtsolote |
| yéminékha |
yéminkha |
| khémo-nér |
kémo nér |
| qaféou |
qafou |
| a'halléq |
a'haléq |
| vérou'hakha |
bérou'hakha |
| tsalalou |
tsalélou |
| addirim |
adirim |
| baqqodéche |
baqodéche |
| nora téhillote |
nora téhilote |
| vé'hasdékha |
bé'hasdékha |
| chaméou âmmim |
chamou âmim |
| yochévé
pélachét |
yochvé pélachét |
| alloufé édom |
aloufé édom |
| namoghou |
namogou |
| yochévé
khénaâne |
yochvé kénaâne |
| bighdol |
bigdol |
| âmmékha |
âmékha |
| béhar na'halatékha |
béhar na'halat'kha |
| miqédache |
miqdache |
| halékhou vayabacha |
halkhou bayabacha |
| vahayéta |
vahayta |
| yiyé |
iyé |
Rappels :
- bien prononcer l'article avec souffle : hha
- bien doubler la consonne après l'article
(ha zzote)
- mettre l'accent tonique à la bonne place
indiquée par le taâm : Aréts,
Félé...
- doubler les lettres avec dagguéche quand
il ne s'agit pas des lettres bégad kafate :
âmmékha. |
|
|