6e Paracha: Tolédote
- Béréchite (La Genèse) 25, 19 -
28, 9
"Comment réussir les générations"
"Et ce sont les engendrements de Yits'haq fils d'Avraham,
Avraham..."
Splendeur de la relation dans le
couple qui vit de la Torah
Plan
- Les thèmes de la paracha
- La méthode d'étude sur notre
paracha.
- Le partage intime et concret de l'être
dans le couple
- La responsabilité personnelle
- Le regard vers la perfection du conjoint
- La fragilité et l'instabilité
de notre regard
- Situer l'image de chacun dans l'image pafaite
qui nous est commune
- Notre lieu unique
- La confortation permanente de notre lieu de
bonheur
- L'être-ensemble
- L'autre, avenir de soi
- Le moteur interne du meilleur du couple
- Les apports des commentaires de Rachi
- L'amour, jeu des symétries, et dissymétries
- Plénitude de l'échange
- La montée commune
- Conclusions de développement personnel.
Exercice de mémorisation
- En cas d'échec. Le divorce juif.
|
Ecouter la
paracha (téâmim askénaziim)
ORT
Ecouter la
haftara (téâmim askénaziim)
Alliance
Poème : Clef
Conte
Cours nouveau et très précis
sur la prononciation de la Torah :
1. comment prononcer le titre de la paracha :
tolédote et non pas toldote.
Pourquoi ?
2. La
prononciation après le métég
Les générations dans la Torah (histoire,
tableaux)
Combien
de lettres, etc. dans cette paracha?
|
Dans les parachiyotes précédentes,
nous avons vu
- Avraham notre père se placer lui-même
dans le bon ordre des choses qui a la pouvoir de recréer
le monde (exemple pour tout Juif).
- Avraham avinou affronter victorieusement une
chaîne continue d'épreuves personnelles
et familiales, jusqu'à ce qu'il atteigne la plénitude
(exemple pour tout Juif, particulièrement en
notre génération si dangereuse).
Maintenant, la Torah nous
montre le problème que tout humain rencontre en
sa vie : même si le bonheur a été
construit, il faut encore réussir la transmission
de ce bonheur vers les enfants. Ce n'est pas simple. Nous
voyons la seconde génération, celle de Yits'haq,
puis la troisième génération de Yaâqov,
affronter à leur tour toutes les difficultés
pour vaincre, construire et faire la tâche d'homme.
Mais, comme dans la vie jusqu'à maintenant, le
problème de la fraternité vient compliquer
terriblement. Ce qui est vu par les parents comme une
famille idéale et composée d'enfants identiques
qui recevraient la même éducation idéale,
se révèle souvent être un assemblage
disparate. Certains reçoivent, d'autres non ; certains
sont faciles et heureux, d'autres difficiles, complexes,
malheureux. Le frère Esav (Esaü) se révèle
perfide du vivant même des parents et, quand Avraham
meurt, alors Esav se tourne totalement vers les méchants
contre la partie de la famille qui continue avec pureté
l'héritage moral :
Bé yom ché niftar Avraham, bo beyom yatsa
Esav lé tarboute raâ (Baba Batra 16b,
Béréchite Rabba 63, 16).
La haftara (Malachie 1,1 -
2,7) est explicite : les hommes sont frères, "Esav
est le frère de Yaâqov". Mais, avec tous
ses dons et ses mérites, Esav n'aime pas avec tout
son coeur mais partiellement et avec perfidie : et, en
chaque époque, la tradition a dit que ses descendants
sont les ennemis du peuple juif (Amalek l'ennemi d'Israël
en chaque génération, Ammane, Rome puis
la civilisation issue de Rome). Cela est dit déjà
dans Béréchite Rabba 67, 8 où les
Sages d'Israël interprètent le verset de Béréchite
27, 41 (Esav haït Yaâqov) en appliquant le
verbe "haïr" vayistom en l'appliquant aux
"sénateurs" de Rome par une jeu de sonorités.
Ils voyaient la civilisation romaine et occidentale ultérieure
comme la suite de cette lignée (Middrache Tan'houma
sur la paracha Térouma 3).
Dans les persécutions du christianisme nos Sages
ont retrouvé de siècle en siècle
ce même double comportement de Esav : révérence
envers le peuple de la parole de D.ieu dans la Torah et
haine vitale envers son peuple. La civilisation occidentale
est marquée par des siècles de cette attitude
double où, toujours, le Juif est placé faussement
en accusé méritant la mort et la punition.
Chaque semaine, actuellement dans l'actualité,
on voit ces attitudes injustes et mensongères des
nations occidentales être arguées puis devenir
la base de sanctions qui aboutiraient à la disparition
d'Israël. Un seul exemple ce mois-ci où les
descriptions d'un comportement décrit par les amis
des Arabes se retournent brusquement en accusation fausse,
mensongère et ignoble contre les Juifs.
En raison de cela, la haftara dit de ces ennemis perfides
: "territoire où règne la méchanceté,
peuple repoussé par Hachém. Vos yeux
en seront témoins et vous pourrez vous écrier
: Grand est Hachém au-delà même
des frontières d'Israël" (Malachie 1, 4-5).
De ces frontières éloignées d'où
l 'on prétend aujourd'hui encore régenter
et réduire Israël, hier comme aujourd'hui,
la Torah nous dit : "D.ieu aime Yaâqov et Il est
plus grand que tout cela Celui qui aime Israël et
Il veille sur lui, même très loin d'Israël".
Pourtant, ou plutôt
justement à cause de cela, le peuple d'Israël
doit honorer cet amour et cette sauvegarde divine, et
D.ieu ne lui pardonne pas l'immoralité, l'injustice,
l'écart entre les mots de la prière et les
actes. C'est la suite de cette haftara. C'est en ce point
qu'il est urgent de réagir, pour chaque membre
du peuple juif où qu'il vive. Il est inadmissible
pour Hachém que la justice sociale et fraternelle
ne soit pas en Israël, comme c'est le cas, il est
inadmissible pour Hachém que la Torah soit
bafouée dans l'éducation et en de nombreux
aspects de la vie sociale et publique sur Sa terre. Alors
même que les nations savent qui nous sommes (Malachie
1, 14). D.ieu dit : "il ne tient qu'à vous" ; puis,
si nous continuons à mal agir en ces sens, le texte
avertit : "si vous ne M'écoutez pas, si vous ne
prenez pas à coeur d'honorer Mon nom, je déchaînerai
sur vous la malédiction...". Terrible ? Notre seule
liberté et responsabilité est en cause,
comme chez celui ou celle qui bafoue son amour essentiel.
Et se plaignent ensuite des désastres qui dévalent
comme s'ils ne les avaient pas organisés. Cet avertissement
est aussi un appel déchirant de D.ieu qui déteste
ces ennemis d'Israël et veut être bouclier
pour Israël si nous le voulions bien. Son amour est
éternel et Il espère la réponse,
puisque nous avons même tous les textes et les secrets
pour entrer dans l'échange amoureux par la connaissance
de Sa Torah.
De là, nous arrivons
au point suivant de cet enseignement de la paracha. C'est
un face à face de qualité si pure qui est
possible entre Israël et son Créateur. C'est
pour cela que le centre du livre qui est tout le judaïsme,
c'est le Chir ha Chirim, le Cantique des Cantiques.
Cela étant bien situé, nous pouvons maintenant
comprendre pourquoi dans ce contexte la paracha va s'attarder
à nous décrire l'amour de Yits'haq et Rivqa.
Ainsi, l'amour fraternel entre les hommes ne s'améliore
guère, mais l'amélioration peut et doit
commencer par l'amour dans le couple, à l'image
de l'amour entre le Créateur et Israël. Là
est la proximité la plus grande, là est
la différence la plus grande. Il n'y aura pas d'amélioration
sociale et politique sans la réussite de la relation
homme-femme dans le concret le plus banal.
Nous avons saisi la chaîne des problèmes
et des solutions proposées. Entrons dans le texte,
nous allons bien le comprendre maintenant à partir
des commentaires de nos Sages.
Avertissement :
Dans cette paracha, nous avons veillé à
introduire beaucoup de mots et d'expression hébraïques
de la Torah, du Tanakh, du middrache, du Talmud, du Zohar.
Elles sont traduites et transcrites pour qu'elles soient
apprises et deviennent familières; ainsi, le lecteur
habitera peu à peu l'univers hébraïque
qui est le véhicule de la transmission de la parole
de D.ieu et qui est, plus encore, la nature même
qui unit le Créateur et le peuple juif dont le
nom est constitué des lettres mêmes de D.
Les thèmes de la
paracha
La paracha commence par le titre des "engendrements de
Yits'haq" qui comprend sa filiation à Avraham,
son mariage, sa crise de stérilité, la prière
et l'enfant qui arrive, la rivalité entre Esav
(Esaü) et Yaâqov, la descente en Egypte à
cause de la famine, l'enlèvement de Rivqa par Avimélékh,
le problème des puits et le réglement du
conflit, la fondation de la ville de Béer Chévâ,
la bénédiction de Yits'haq à Yaâqov,
la bénédiction de Yaâqov à
Esav, la demande qu'il ne prenne pas femme parmi les filles
de Canaâne et la transgression de Esav.
Nous allons nous centrer sur
le verset de Béréchite 25, 21.
Nous serons émerveillés de voir avec quelle
finesse et quel amour les commentateurs ont éclairé
la relation de couple, à travers le problème
de la stérilité.
Voici le verset :
Vayéêtar Yits'haq laChém lénokha'h
ichto ki âqara hou/hi,
vayiâtér lo Hachém vatahar Rivqa
ichto.
et sa traduction habituelle :
"Isaac implora l'Eternel au sujet de sa femme, parce qu'elle
était stérile,
Hachém accueillit sa prière, et Rivqa
sa femme devint enceinte"
(traduction dite de la Bible du Rabbinat).
A travers ce problème
de la stérilité, la paracha nous met face
à des angoisses latentes et profondes qui traversent
la vie d'un couple alors que le rêve de tout humain
est que le couple ne devrait être que bonheur.
Ne sachant pas comment situer ces épreuves quand
elles apparaissent dans un couple qui avait tout ce qu'il
faut pour être heureux, nous y voyons la frustration
et l'échec, nous pouvons y réagir avec colère,
agressivité, dépression, repliement sur
soi et éloignement de l'autre ; il est difficile
d'en comprendre le sens et de trouver la bonne façon
d'y réagir individuellement et en couple.
La paracha nous apporte non seulement
de nombreux enseignements sur la réaction favorable
mais, surtout, sur la qualité de la relation dans
le couple. Evidemment, il ne s'agit pas seulement de psychologie
mais d'ontologie, la constitution essentielle des êtres
qui englobe l'ensemble des dimensions du développement.
Le couple des patriarches est, dans cette ligne, modèle
fondateur pour chacun.
La
méthode d'étude sur notre paracha.
• Il est des parachiyotes comme celle-ci où apparaissent
en même temps, dans le même verset que nous
allons étudier (Beréchite 25, 21), le pchate
(sens littéral), le sod (secret central)
et le moussar (morale du comportement, ou dérékh
éréts).
• Pour
comprendre ce que nous dit la Torah, il est important
non seulement de lire ce verset et ses commentaires, mais
surtout de laisser résonner en nous ces mots
car ils vont éveiller les dimensions de notre être
qui y sont présentes, ce que j'essaie d'exprimer
par l'expression "lecture de résonance" : "parle,
tout Ton serviteur écoute" vraiment. C'est
une lecture réceptive, intime, méditative
qui intériorise et intègre dans tout l'être
comme il est dit dans le psaume 84, 3 libi ou
véssari yéranénou él él
'haï, mon coeur et ma chair se réjouiront
vers le D.ieu vivant; seule une écoute globale
permet d'accomplir jusqu'au bout la mitsva de l'étude
qui réside dans son aboutissement : laâssote,
faire.
• En effet,
il y a 4 étapes nécessaires dans la mitsva
de l'étude : lilmod (étudier)
qui n'a de réalité que si elle est fait
par l'intériorisation du coeur , lélaméd
(enseigner) qui doit viser la compréhension et
l'intériorisation par le coeur, lizqor (mémoriser
pour se souvenir), et l'intériorisation dans l'action
qui permet d'atteindre vraiment la dernière étape
: laâssote (réaliser).
• Cette
lecture méthodique, assurée avec sérieux,
est celle qui est utilisée en trois temps dans
Chnéï lou'hote habbrite par le Chla
haqqaddoche selon le verset de Michlé
(Proverbes) 6, 23 :
ki ner mitsva (car un flambeau est la mitsva)
vé tora or (et la Torah est une lumière)
vé dérékh 'hayim tokha'hat moussar
(et un chemin de vie est l'exhortation de morale) ;
- compréhension des mitsvotes (nér mitsva),
- compréhension de la lumière pure (téhora)
que veut nous transmettre la Torah dans son sens intime
que l'on nomme "secret" mais qui nous a été
révélé (tora or),
- compréhension du texte par notre existence
pour modifier notre être dans le concret de notre
existence (péoula, tokha'hate moussar, dérékh
'haïm).
• Nous allons voir une fois de plus que, seule, la
lecture de l'hébreu et des commentaires peuvent
nous faire saisir tout le message du texte, de même
que seule la connaissance de la langue intime de l'autre
par le conjoint nous transmet son échange, alors
qu'il reste imperceptible pour les étrangers. Donc
: apprendre
l'hébreu pour être capable de le lire.
Le partage intime
et concret de l'être dans le couple
La recherche du coupable
Une première réaction éventuelle
face au problème de la stérilité
tel qu'il est posé dans ce verset (ou dans l'existence)
est de manifester une certaine frustration, sentiment
d'échec, agressivité, de situer l'origine
du problème chez l'autre, spécialement chez
la femme, chez Rivqa.
Nos Sages qui connaissent
bien l'humain, guident alors notre regard : le Traité
Yébamote 64 a, souligne que, lorsque
- "Yits'haq avinou âqour
haya, Yits'haq notre père était stérile,
- ché néémar,comme
il est dit :
- va yéêtar Yits'haq
laChem lénokha'h ichto, Yits'haq implora
l'Eternel au sujet de sa femme",
- âl ichto lo néémar,nous
devons prendre garde, car, dans ce verset de la Tora,
il n'est pas dit "au sujet de sa femme"
- élla mais lénokha'h
"en présence de (sa femme)" ;
- mélamméd nos
Sages en tirent la conclusion : cela nous enseigne que
chéchnéhém âqourimtous
les deux étaient stériles...".
La responsabilité
personnelle
Cela ne nous enseigne pas seulement le fait que les deux
étaient stériles mais que Yits'haq comprenait
immédiatement, et d'abord, que lui-même aussi
était stérile.
En effet, il serait facile et spontané de nommer
la femme comme responsable car nous voyons plus facilement
à la lecture du verset que Rivqa est stérile,
alors que pourtant, avant même de le dire ainsi,
le texte nous avait dit la réalité (lénokha'h)
et avait situé par là la stérilité
au niveau des deux et avait souligné cette conscience
continue chez Yits'haq.
La Torah veut nous faire prendre conscience que, par notre
lecture spontanée et par les traductions erronées
que nous en donnons ou acceptons, nous vivons dans un
aveuglement et dans une attitude de discrimination naturelle
envers la femme, cela est très important.
Plus encore, le verset
de la Torah nous rend lucide par le fait qu'il se prête
lui-même à ce piège de la lecture
superficielle dans sa rédaction même, ce
qui nous montre bien qu'il ne s'agit pas d'une question
due à telle ou telle époque ou à
notre personnalité, mais d'un travers beaucoup
plus général puisque la Torah est donnée
en lecture à chaque génération. Ainsi,
le Talmud nous montre ce travers à l'oeuvre dans
l'entourage de Moché, et Rachi pointe ce problème
dès le premier humain en en montrant la continuité
depuis Adam jusqu'aux Hébreux et jusqu'à
nous : en effet, sur le verset de Béréchite
3,11 où D.ieu interroge Adam après la faute,
ce dernier répond en 3, 12 : ha icha achér
natata îmadi hi... "la femme que
tu as donnée avec moi, c'est elle". Et Rachi veut
éveiller éducativement notre indignation
en disant : kane kafar battova, "ici il a brisé
le bien". Cette expression hébraïque veut
dire : "il a lamentablement été ingrat",
kéfouï-tova ou kéfouï-toda.
Nous savons que tout commentaire de Rachi est une concordance
et nous devons aller voir la référence indiquée
(motif pour lequel on ne peut apprendre la Torah seul
mais auprès de ceux qui connaissent la tradition
et les livres des Sages pour nous les indiquer, non pas
auprès de ceux qui imaginent sur la Torah selon
des théories). La référence est dans
le Traité Âvoda Zara 5a :
Moché dit aux Hébreux amar lahém
Moché lé Yisrael
ingrats, fils d'ingrats, kéfouyé-tova
béné kéfouyé-tova comme
il est dit... (et il cite le verset d'Adam).
Cette généralité du problème
de la minimisation continue de la femme demanderait
un développement très profond que nous n'exposons
pas pour l'instant. La tradition juive le trouve ainsi
essentiel et devant être constamment traité
et réparé.
Le regard vers la
perfection du conjoint
Cette conscience remarquable de Yits'haq nous enseigne
aussi que dans le couple, chacun a une fonction qui
est celle de maintenir l'image de l'autre à son
niveau le plus élevé possible, comme
il le fait envers Rivqa :
• si l'un est dans
la difficulté au niveau de la réalité,
pour quel que motif que ce soit, c'est le rôle
de l'autre que de continuer à lui assurer la maintenance
stable de son intégrité et de sa qualité
dans le calme et le bonheur : lénokha'h
ichto "en présence de sa femme quand elle est
stérile" ;
• cela veut dire :
"être d'abord présent au niveau de ce
qu'est vraiment sa femme" et ne pas s'en éloigner
; ne pas la voir au travers de la difficulté traversée,
mais la voir dans l'image permanente de son être
réel en beauté et en perfection.
Le terme lénokha'h
l'indique bien car il signifie à
la fois "en présence de" et "en face de", "face
à" (comme en hébreu néguéd,
moul, ainsi dans Exode 40, 24 il est dit : "il
posa le candélabre dans la Tente de rencontre en
face de la table".
Même en français, les expressions
"en face de" "face à face" peuvent avoir une connotation
soit de nuance hostile (comme en hébreu néghéd,
néguéd), soit de présence parfaite
de visage à visage, soit de "prise en considération
attentionnée de" (comme en hébreu sim
lév lé, bééthém lé...).
La fragilité et l'instabilité
de notre regard
Tout se joue dans notre possibilité de basculer
immédiatement et continuellement d'un côté
ou de l'autre dans le même mot, ce qui veut dire
dans le même mouvement intérieur et intime
de soi-même. Alors, comment assurer (au-delà
de notre fragilité et de notre vulnérabilié
et de notre instabilité) cette permanence stable
de nous-même, cette permanence du meilleur de nous-même
au meilleur de l'autre ?
Peut-être que cette étude précise
sur un mot dit par la Torah, nous fera avancer vers la
solution.
Situer l'image de chacun dans l'image
parfaite qui nous est commune
Allons plus loin, plus haut.
Il ne s'agit pas là, seulement, d'une attitude
de sagesse humaine et de bon sens psychologique pour "bien
s'entendre avec son conjoint dans la vie quotidienne",
mais il s'agit aussi d'être présent et de
rester présent à l'image une et commune
qui est faite, dès la création de l'homme,
à l'image de Haqqaddoche baroukh Hou, donc
parfaite ; le couple existe en cette réalité-là
car Il a créé Adam à Son image et
à Sa ressemblance en un seul être qui est
simultanément "homme-et-femme" (Genèse 1,
27).
Donc, dans la relation concrète de couple, il faut
continuer à être présent à
ce niveau de la Création de notre être qui
est la néchama double de chacun (homme-et-femme)
et cette néchama est pure de toute atteinte, comme
nous le disons dès le début de la prière
du matin : "l'âme que Tu m'as donnée en moi
est pure, elle", hannéchama chénatata
bi téhora hi. Ici, la colombe de paix au dessus
de la maison (toutes photos de l'auteur en cette paracha
Toledote, dans ces résonances).
Notre lieu unique
De même, ces enseignements nous apprennent ceci
:
- quand nous disons avec le psaume 16, 8 cette phrase
qui est écrite dans toutes les synagogues et qu'il
faudrait avoir sans cesse se représenter devant
les yeux : chiviti Hachém youd ké vav
ké lé néghdi tamid ("je me représente
que je suis toujours en présence de Hachém
par Ses lettres youd ké vav ké"),
nous comprenons sur la base de notre verset que, probablement,
cette phrase comprend aussi au sens propre véritablement
aussi la présence au conjoint car nous sommes dans
la pensée créatrice maintenant, autant que
dans la création initiale, et cela jusqu'à
la réalisation complète.
- Comme Yits'haq et Rivqa, notre lieu personnel est inséré
dans le lieu qu'est notre néchama commune
qui est double, et elle-même est insérée
dans le lieu de Celui qui est LE lieu de tout l'univers,
le maqom comme dit la Haggada de Pessa'h.
Précisons bien que cela concerne autant ceux
qui n'ont pas encore rencontré le conjoint avec
qui ils ont été de fait créés
en un seul être.
Ainsi, dans le couple, à l'image de Yits'haq et
Rivqa en ce verset, spontanément et même
sans le dire, simplement par le lien qu'un regard ou qu'un
geste disent, l'autre doit entendre à l'heure
de la difficulté :
"maintenant, au moment où tu es saisi(e) par
l'angoisse et la difficulté, je suis et je serai
ta stabilité profonde qui assurera la permanence
de ton intégrité, de ton bonheur, de ton
sourire et de ton rire, de ta stabilité, de ton
espoir, car je suis toi-nous, je suis ton homme (ou ta
femme) dans ton-notre unité permanen".
La confortation permanente de notre
lieu de bonheur
Cette possibilité de confortation permanente et
de réassurance par le relais de l'autre est un
facteur considérable de bonheur. Un rien du regard,
un rien de geste, un rien de sensation intime, un rien
de parfum, un rien de pensée, un rien de souvenir
des bonheurs partagés, un rien de code secret peuvent
le rappeler à l'autre : nous sommes un, nous sommes
un seul lieu, un seul être, à l'intérieur
de la stabilité parfaite du créateur.
L'être-ensemble
Donc, quand le verset parle de Yits'haq qui prie pour
sa femme stérile, cela n'est pas dit superficiellement
ni de l'extérieur "envers le thème de la
stérilité", ni envers une définition
philosophique du couple ou de la femme ; il n'est pas
dit "au sujet de sa femme" (en hébreu âl)
mais l'expression lénokha'h parle du problème
intimement, charnellement ; il est dit "en présence
de sa femme". Elle n'est pas alors devenue une question
médicale ni un thème de problème,
l'épouse-femme est un "être-ensemble", l'époux-homme
est un être-ensemble, les époux-homme et
femme sont un être-ensemble, un être-présent-ensemble.
Se reporter pour cela, dans la relation
d'aide concrète au proche qui est malade, ou à
tout malade, à mon livre "La relation au patient"
(Privat, Toulouse, 1992). Par ses analyses et ses exemples,
il aidera beaucoup.
L'autre, avenir de soi
Cette attitude de partage de la difficulté qui
est placée au niveau du partage de l'être
apparaît encore dans le commentaire de Beréchite
Rabba 63, 5 :
mélamméd ché haya Yits'haq chatoua'h
kane,cela nous enseigne que Yits'haq était
prosterné ici
vé hi chétou'ha kane,
et elle était prosternée là
vé omér : Ribbono chél
ôlam, et il disait : Maître du monde,
kol banim ché Ata notén
li, que tous les enfants que tu me donnes
yiyou mine hattasddéqéte
ha zo qu'ils viennent de cette tsadéqète,
cette femme qui est une juste
af hi amera, mais elle aussi disait
:
kén kol banim ché Ata
âtidlitén li, tous les enfants qu'à
l'avenir Tu me donneras,
yiyou mine hattsaddiq
hazzé, qu'ils soient de ce juste là".
C'est cela le couple juif que nous avons
nommé en tête de la paracha. Non seulement
Yits'haq est présent à Rivqa, et Rivqa est
présente à Yit'shaq, mais il nomme en
lui-même son épouse comme étant
parfaite, comme étant son avenir, son avenir
le meilleur, et il assure par sa confiance la permanence
de cet avenir d'elle-même. Et de même,
totalement symétriquement chez son épouse.
Et cet avenir est dit et vécu comme un présent
: "que tous les enfants que tu me donnes...".
Selon leur exemple, que peut-on dire de mieux de l'autre
en soi-même que ceci : "de toutes les femmes ou
de tous les hommes, c'est de toi seul ou c'est de toi
seule que je souhaite des enfants et un avenir, de ton
seul être". Yits'haq savait qu'il avait à
faire naître Yaâqov mais il craignait que
ce ne fut pas avec Rivqa ; voilà la preuve de son
si grand amour qu'il demandait que ce fut uniquement
avec elle et en association béchitouf avec
le Créateur (cf. I Zohar 137).
Des commentaires l'indiquent aussi par une autre voie
: ils montrent que Yits'haq prie en union et, seulement
après, la déficience est nommée dans
le verset car, toujours même avec Hachém,
la rencontre au niveau de l'excellence prime sur la
présence au manque.
Le moteur interne du meilleur du couple
Allons plus loin encore dans l'intériorité
de ce bonheur d'unité partagée : il ne se
situe pas seulement dans le dialogue intime de l'époux
et de l'épouse au sein de leur unité d'être,
mais Hachém entre dans l'intimité
de ce dialogue précis, car le middrache de
Béréchite Rabba continue son commentaire
sur ce verset 25, 21 en ce sens :
"pourquoi nos patriarches et matriarches étaient-ils
stériles ? Parce que Haqqaddoche baroukh Hou
désire les prières des tsaddiqim
(justes)".
Cela veut dire que
- non seulement que Hachém
veut donner le succès le plus important au couple
(l'enfant) en permettant aux conjoints d'y participer
pleinement par leur demande, et non seulement qu'ils
le reçoivent par l'ordre naturel,
- mais Hachém a aussi le
désir que chacun des conjoints, dans sa limite
et par son manque, manifeste sa confiance envers le
troisième pôle ; et c'est ce lien dans
l'amour manifesté qui transformera la situation
et fera éclore.
Il nous est parfois difficile de comprendre
que l'on puisse être si important pour l'autre, ou
pour le Créateur. Et il est plus difficile encore
pour nous de comprendre que le Créateur ait besoin
de nous et à ce point. Et pourtant, la Torah et les
prophètes nous le redisent sans cesse (ahavate
ôlam, amour éternel... ; chir hachirim...).
Les apports des commentaires de Rachi
Rachi
nous décrit cette intensité du besoin réciproque
qui est connu de l'autre, et compris et partagé,
quand il commente ce passage, sur le Traité Yébamote
64 a :
"lénokha'h ichto machmâ chéchénéhém
hayou tsoâqim zé moul zé
face à sa femme signifie qu'ils criaient
l'un en face de l'autre".
Ce cri de l'un en face de l'autre
est nécessaire. C'est cette présence et
cette assurance qui étaient la caractéristique
de 'Honi haméaguél, le traceur de
cercles qui faisait tomber la pluie sur demande, ainsi
que ses descendants ; il était ainsi nommé
car il s'installait dans son cercle et disait comme le
prophète Habakuk 2, 1 "à mon poste de garde
je me tiens (âl michmarti éêmoda),
et il n'en sortait qu'exaucé, comme un enfant gâté
dont le père cède à tous les caprices,
dit le Traité Taânite23 a.
J'ai cité ce passage car Rachi y puise pour commenter
notre verset de Beréchite 25, 21 :
"celui-ci se tient dans cet angle et prie, et celle-là
se tient dans cet angle et prie
zé ôméd bézavite zo ou mitpallél,
vézo ômédéte bézavite
zo ou milpalléléte".
Il faut toujours aller aux sources de Rachi car elles
procurent une part importante du sens. Rachi choisit ses
sources avec soin. Ce passage du Talmud dit de Abba
Helkia petit-fils de Honi haméaguél
qu'il avait les mêmes dons que lui ; de plus,
son échange avec sa femme était très
important car elle venait l'accueillir toute parée
en beauté quand il rentrait de son travail pour
qu'il ne regarde pas d'autre femme (il s'agit donc bien
de ce regard réciproque) et "quand les rabbanim
vinrent lui demander de faire tomber la pluie, lui
et sa femme montèrent sur la terrasse du toit
et lui se tint dans un coin et elle dans un coin et ils
prièrent et un nuage de pluie apparut juste
au-dessus de sa femme".
Nous comprenons maintenant tout le soubassement
d'amour nécessaire auquel se réfère
Rachi quand il reprend cette phrase pour commenter le
verset 25, 21 de notre paracha.
Apparemment, Rachi explique simplement
le pchate, sens premier et objectif, mais par ses
sources nous comprenons qu'il nous indique que lénokha'h
ne veut pas dire qu'ils étaient 'face à
face' puisque chacun sait que lorsqu'on prie il faut être
'face au mur' pour qu'il n'y ait rien entre soi et Celui
à qui on s'adresse, mais qu'ils étaient
face à face, intérieurement mais à
distance.
On voit bien que cette objection à
laquelle il semble répondre apparemment ne tiendrait
guère car Rachi ne va pas nous enseigner une chose
que, à ses yeux, tout le monde sait (où
prier) ; de plus, il fait allusion au fait que, lorsque
deux époux s'unissent, ils sont en 'face à
face' et Hachém leur est cependant présent
éminemment, justement en ces instants de la procréation.
Nous voyons que, si Rachi nous éclaire
le pchate, jamais il ne s'agit pas d'un pchate
qui serait superficiel et pour les enfants ou débutants
seulement, mais ce pchate comprend tous les 4 niveaux
du pardés (paradis des 4 sens : sens littéral,
allusion, logique, et secret) et il le fait toujours en
allant chercher un autre texte de la tradition qui exprimera
parfaitement le sens profond du pchate actuel.
Ainsi, Rachi, en choisissant, pour cela, cette disposition
spatiale de Abba Helkia et de son épouse,
belle, provocante, exclusive, connaissant les vraies voies
de la prière mieux que son époux (elle parvenait
à faire faire téchouva aux bandits
par sa seule prière), recevant elle le nuage de
pluie demandé en commun avec son mari, Rachi veut
nous déployer toute la scène qui se passe
entre trois êtres dans le seul mot lénokha'h
de notre verset et il nous en éclaire allusivement
tous les paramètres que nous venons de nommer.
On le voit, il faut travailler beaucoup sur un commentaire
de Rachi pour en comprendre toute la richesse; j'ai essayé
de vous le montrer.
Rachi, dans sa brièveté, suppose que nous
connaissons par coeur les textes de la tradition auxquels
il se réfère sans les préciser ;
il nous contraint ainsi à ne pas étudier
seul la Torah.
Il nous apprend aussi la méthode
que j'essaie de faire passer : que nous parvenions à
voir ces messages dans notre lecture réceptive
et intime du mot lénokha'h.
L'amour, jeu des symétries, et
dissymétries
Rachi, en traduisant la phrase de l'araméen en
hébreu,
(zé ôméd bézavite zo ou
mitpallél,
vézo ômédéte bézavite
zo ou milpalléléte,
celui-ci se tient dans cet angle-ci et prie,
et celle-là se tient dans cet angle-ci et prie)
Rachi en fait une merveille de symétrie et de jeu
de sonorités qui ajoutent à ce qu'il veut
dire. Il y a à la fois ce qui est totalement identique
et fermé comme les angles d'un carré, et
la légère nuance du masculin et du féminin
dans le jeu du zé (celui-ci) et du zo
(celle-ci). Que chacun l'analyse et y entende les résonances.
Maintenant, ajoutons quelques nuances de
Rachi sur cet amour :
- la stabilité, par le verbe "se
tient" ôméd,
- le fait que l'endroit où chacun
se place est un "angle", c'est-à-dire justement
que ce n'est pas un mur plan sur lequel on bute mais
c'est un mur double qui s'ouvre formant un angle de
vision et d'ouverture et de respiration où il
est possible de vivre,
- l'autre est vu dans cette ouverture
qui s'élargit.
- Et Rachi nous montre aussi que, à
l'image de la femme de Abba Helkia dans le Talmud, c'est
dans son angle à elle que la fécondité
viendra.
Plénitude de l'échange
Nous avons parlé du regard de chacun vers l'autre
qui le conforte en son niveau optimal. Rachi nous montre
qu'entre Yits'haq et Rivqa, cela était à
la perfection. On comprend alors que le Zohar (I, 136
b) dira que Yits'haq était parvenu alors à
l'âge de 60 ans parce que c'est l'âge de la
plénitude et que c'est pour cela que l'enfant Yaâqov
fut parfait (chalém, complet) :
"quand Yits'haq conçut Yaâqov, il avait 60
ans comme il se doit pour que Yaâqov soit complet,
un homme complet".
La montée commune
Dans le texte du Talmud que Rachi utilise, il y est indiqué
qu'ils "montèrent". Regardons ce texte : "s'adressant
à sa femme... montons sur le toit pour prier le
miséricordieux et que Hachém fasse
tomber la pluie et ne nous en attribue pas le mérite.
Ils montèrent sur le toit, ils prièrent
et un nuage de pluie apparut au dessus du coin de sa femme...".
C'est vraiment une opération commune, une montée
commune, et dans la plus grande humilité ; c'est
cela qui assure leur union entre eux et avec Hachém.
Rabbéinou Bé'hayé
explicite encore plus nettement cette union quand il précise
:
"pour te dire qu'elle n'est devenue stérile
que pour qu'ils prient ensemble à
ce sujet".
Cette montée ensemble est encore
soulignée par des commentaires à propos
du verbe "prier" très particulier :
vayéêtar au lieu de véitpallél.
Il faut en trouver l'explication dans l'usage qui est
fait de ce verbe en d'autres endroits du Tanakh, selon
les éclairages de nos Sages; c'est en Ezéchiel
8, 11 vaâtar ânane-haqqétorète
ôlé, et le nuage d'encens 'montait').
Des commentaires insistent aussi sur le
fait que le verbe âtar indique toujours un
redoublement qui perce, comme une perceuse qui perfore
un mur, et le Zohar indique que Yits'haq est ainsi, dans
cet accompagnement des deux conjoints, monté dans
le monde d'En-Haut et qu'il y a percé ce qu'il
fallait y percer en la zone de fécondité
(I Zohar 137 a) et que le flux de la bénédiction
est alors descendu, et le fruit s'est réalisé
en bas.
Cela suffit pour l'étude d'un seul
verset avec nos Sages. Elle nous montre aussi combien
sont ignorants ceux qui pensent que la Torah est religion
d'obligations de crainte opposées à d'autres
religions qui seraient amour ; c'est ignorance, et l'histoire
a toujours prouvé que rien n'est plus dangereux
et souvent criminel que la science des ignorants.
Dans la préparation et méditation
intérieure pour la préparation de
cette étude, est venu ce poème qui exprime
autrement ces mouvements : Clef.
Il est placé dans le recueil : L'ami
des aurores. De même, le poème Matin
menacé.
Conclusions de développement
personnel
Une fois réalisée l'étude
précise et technique, et l'effort de mémorisation,
il est nécessaire de reprendre en méditation
les multiples questions existentielles abordées
dans ce texte de la Torah. A chacun de le faire seul,
et avec qui lui importe dans l'existence.
Il s'en suivra, ipso facto, une intégration
plus précise dans la vie.
A titre indicatif large, voici une liste
de questions qui reprend beaucoup des dynamiques abordées
dans cette étude de la paracha.
Elle ne doit pas être lue avant d'avoir
réalisé cette interrogation personnelle
et autonome.
• quelle est notre réaction personnelle face aux
situations de frustration de l'existence ?
• comment réagissons-nous alors spécialement
par rapport à la personne aimée, dans le
couple ou dans l'amitié ?
• qu'en est-il entre nous du partage intime et concret
de l'être de chacun ?
• avons-nous conscience de nos réactions spontanées
d'accusation de l'autre qui correspondent alors à
une souffrance et sensibilité à nos propres
manques (projection) ?
• avons-nous conscience de notre aveuglement spontané
et de notre attitude de discrimination spontanée
envers la femme ?
• en période de difficultés, veillons-nous
à maintenir l'image de l'autre à son niveau
le plus élevé possible, dans son intégrité,
dans le calme, le rire et le bonheur ?
• veillons-nous, à l'heure des difficultés
quotidiennes, à ne pas nous éloigner de
l'autre, à ne pas le voir au travers de la difficulté,
mais continuer à le voir dans l'image permanente
de sa beauté et de sa perfection ?
• en face de l'autre, de visage à visage, comment
sommes-nous : présence, regard, silence, absence,
contact, miroir, mur, confrontation, hostilité,
ouverture ?
• prenons-nous conscience des moments où nous faisons
basculer un mot, un sentiment interne concernant l'autre,
vers le positif ou vers le négatif ?
• veillons-nous à assurer à l'autre -au-delà
de notre fragilité et de notre vulnérabilié
et de notre instabilité- la permanence stable de
nous-même et du meilleur de nous-même ? Et
à revenir vite à ce niveau ?
• l'autre est-il la source permanente de notre maintien
au meilleur niveau d'être de nous-même, de
notre force, joie, bonheur, sourire, rire?
• sommes-nous assez conscient de ce maintien qu'il assure
en nous en permanence comme des vases communicants ?
• dans la relation concrète de couple, est-on présent
au niveau de la création de notre être essentiel
qu'est la néchama double de chacun (homme-et-femme),
et que cette néchama est pure de toute atteinte
?
• la présence à l'autre optimal est-elle
placée dans le même mouvement que la phrase
:"je me représente que je suis toujours en présence
de Hachém" ?
• à l'heure de la difficulté, chacun assure-t-il
pour l'autre dans la communication intérieure ou
dans la communication concrète, un rien de code
secret qui rappelle le bonheur à l'autre ?
• chacun des deux membres du couple est-il pour moi une
part d'un être-ensemble ?
• ce couplage homme-et-femme est-il un être-ensemble,
un être-présent-ensemble ?
• la relation face à l'autre a-t-elle l'humilité
d'être chacun prosternés face à l'essentiel
de l'autre ? face à Hachém ?
• nous considérons-nous intérieurement comme
assurant les succès de l'avenir de l'autre par
notre confiance présente dans son développement
?
• restons-nous intérieurement envers l'autre comme
si l'on souhaite sur tous les plans des enfants et un
avenir, de son seul être ?
• quelles sont les formes propres du dialogue silencieux
dans le couple ?
• avons-nous conscience que le créateur a besoin
de nous et désire nos prières en couple
?
• le "cri" parfois violent de l'un en face de l'autre
est-il compris comme une communication saine, et comme
une nécessité pour faire sortir la souffrance
individuelle et commune ?
• avons-nous conscience de la "nécessité"
pour la femme d'être épouse, belle, accompagnante,
exclusive ? Et concernant l'homme ?
• avons-nous conscience d'être porté totalement
dans la prière de l'autre et que l'autre se sent
porté par notre prière ?
• avons-nous conscience que la femme connait mieux naturellement
les vraies voies de la prière que l'époux
?
• le jeu de symétrie qui caractérise le
couple est-il équilibré ou déséquilibré
au profit de l'un ou de l'autre?
• cette symétrie respecte-t-elle également
la richesse des différences ?
• toute position où nous nous replions dans la
discussion ou intérieurement est-elle mur définitif,
ou ouverture qui s'élargit vers l'autre ?
• considère-t-on la femme sur tous les plans comme
le lieu de la fécondité commune ?
• dans la nomination interne que nous faisons de l'autre,
y-a-t-il toujours le souci d'être totalement conforme
à la représentation optimale qu'a l'autre
de soi-même ?
• ressentons-nous cette "montée" ensemble et de
ne monter "qu'ensemble" ? et de s'entraider à monter
?
• au moment de crise, parvenons-nous à rester dans
cette structure véritable de l'unicité,
du partage concret et intime de l'être ?
• ressentons-nous "toute" différence entre les
deux partenaires comme créatrice ?
A chacun de trouver ses propres questions...
18. En cas d'échec. Le
divorce juif.
Tout ce qui est dit ci-dessus est l’idéal
pour tous, en aspiration intérieure et en tentative
continue. Cependant, la réalité est parfois
bien éloignée :
-
nous
ne sommes pas ou pas constamment à ces niveaux,
-
il
y a les moments de manque de contrôle de la situation
que l’on résoud par l’importance du « chalom
bait » (paix à la maison), exercice typiquement
juif.
- la
tradition juive reconnaît aussi qu’il y a des couples
difficiles en raison de toute une histoire qui dépasse
le simple caractère de chacun mais concerne les
affinités des néchamotes, des âmes,
qui ne peuvent pas s’accorder, ou très péniblement.
Et à ce niveau, il y a parfois des erreurs de choix.
La cabala a toute une théorie sur les parcours
de néchamotes d’une génération
à l’autre dans la mesure où elles ont encore
des réparations (tiqqounim) à réaliser
et, parfois, des difficultés de couple sont à
placer dans ce contexte. Mais, aujourd’hui, le niveau
de notre génération fait que personne n’est
capable de lire les affinités des néchamotes
(ce que parvenait à voir le Ari, zal). Il
n’y a donc pas à croire ceux qui prétendent
pouvoir marier arbitrairement les autres en raison de
soi-disants pouvoirs cabalistiques qu’ils détiendraient.
Sur ces graves questions où il y a de la supercherie,
lire le livre « La foi, la kabbale et la folie (surnaturel
et sciences occultes)» du Rav Yaakov Hillel, directeur
de la Yeshiva Hevrat Ahavat Chalom à Jérusalem
(en français et en hébreu).
-
Quand il y a échec
sûr dans la capacité de vivre ensemble, le
judaïsme reconnaît la possibilité de
divorce et l’homme remet le guete à l’épouse
qui le reçoit. En Israël, en ce cas, si l’homme
refuse de le donner librement ou si la femme refuse de
le recevoir librement, il y a des mesures de contrainte
(suspension de sortie du territoire, de chéquier,
lourdes amendes et même l’emprisonnement jusqu’à
ce que le récalcitrant accomplisse librement ce
qu’il doit faire) afin que l’un des conjoints n’abuse
pas de son pouvoir et rende l’autre infirme toute sa vie
(agouna).
http://www.aquanet.co.il/vip/meyer/divorce.htm
Ici, bibliographie
sur ces questions
http://users.aol.com/Agunah/bib-agun.htm
http://members.aol.com/Agunah/divorce.htm
et la traduction
du texte du divorce, le guete
http://members.aol.com/Agunah/get.htm
Il est important
de comprendre qu’un couple de Juifs reste marié
même s’ils ont réalisé un divorce
civil sans avoir réalisé le divorce par
le guete.
Tout cela ne
concerne que l’incapacité reconnue de vivre ensemble
ou la transgression par l’un des partenaires des engagements
de la kétouva, mais en aucun cas le divorce
ne peut être obtenu simplement pour l’envie d’épouser
une autre femme ou un autre homme.
http://www.ahavat-israel.com/ahavat/torat/divorce.asp
Pour bien comprendre
le rôle du beit dine, ou tribunal rabbinique
en ces phases :
http://www.jlaw.com/Articles/divorcebeit.html
Et, en tous
cas, un divorce, c’est comme si les pierres de l’autel
pleuraient (Guittine 90b).
Et, tant que
cela est possible, le judaïsme recommande la médiation :
http://www.jlaw.com/Articles/berner.html
et organise la paix, le chalom, par le guet pour
que chacun puisse continuer à construire sa vie
et s'épanouir, ainsi que la famille.
Et sur Modia, consultez les pages sur:
- l'amour: http://www.modia.org/etapes-vie/couple/amour.html
- le choix du conjoint: http://www.modia.org/etapes-vie/couple/chidoukh.html
- le mariage juif: http://www.modia.org/etapes-vie/couple/septbera.html
- les dynamiques dans le couple: http://www.modia.org/etapes-vie/index.html
- les nombreuses pages de photos, qui rendent ces nuances
de l'amour: http://www.modia.org/galerie/mefoto.html
Exercice de mémorisation :
• Réciter par coeur les 4 étapes nécessaires
dans la mitsva de l'étude :
lilmod, lélaméd, lizqor,
laâssote.
Rappel :
lilmod (étudier), lélaméd
(enseigner), lizqor (mémoriser pour se souvenir),
laâssote (réaliser).
• Aller consulter la page Développement
personnel.
De nombreux thèmes de vie du couple y sont éclairés,
en liaison avec ce que nous venons d'étudier.
Prononciation de
l'hébreu de la paracha
6e leçon
Règle : le chéva
est prononcé é après une voyelle
longue.
On doit prononcer le titre de la paracha tolédote
et non pas toldote. Pourquoi ?
1. parce que le o de la première syllabe to
est long. En effet, il est constitué d'un 'holam
malé (vav surmonté d'un point),
tandis que le son o court ('holam) ne serait constitué
que du point supérieur, comme dans la dernière
syllabe dot.
2. et quand il y a un chéva sous la lettre
(le laméd, ici) qui suit une voyelle longue
(ténouâ guédola) comme ce o,
ce chéva est toujours prononcé é.
Donc, tolédote. Et non pas toldote.
3. La règle est la même après les
autres voyelles longues des sons a (qamats),
é (tséré malé),
i ('hiriq malé) et du son ou (chourouq
qui est le point placé dans un vav).
Donc, pour bien prononcer, il faut connaître
la différence entre les voyelles longues et les
voyelles brèves en hébreu. Ce n'est pas
difficile. Chacun des 5 sons (a, é, i, o, ou) peut
être long ou bref et il y a une différence
alors dans l'écriture.
Voici les 5 sons longs et leur écriture,
dans la phrase qui les contient tous et rien qu'eux
:
sod hou liréav, "secret de Lui pour
ceux qui le craignent" (cf. Psaume 25, 14).
Sod : le son o long s'écrit avec un vav pointé
en haut, il se nomme 'holam.
Hou : le son ou long s'écrit avec un vav pointé
dans le milieu, il se nomme chourouq.
Li : le son i long s'écrit avec un point sous la
lettre suivi d'un youd, il se nomme 'hiriq gadol.
Ré : le son é long s'écrit avec deux
points horizontaux sous la lettre, il se nomme tséré.
Av : le son a long s'écrit sous la lettre avec
un trait vertical sous un trait horizontal, il se nomme
qamats gadol.
Donc, après
ces 5 sons longs ou voyelles longues, le chéva
se prononce é comme dans le mot tolédote
où on voit nettement le son o long dans la première
syllabe, et le son o bref dans la dernière syllabe.
Exemple d'erreurs courantes de prononciation
à éviter concernant cette règle :
|
bien prononcer |
erreur |
| - dans le Chémâ
Yisraël |
békhol lévavékha |
békhol lévavkha |
| - dans la chémoné
êsseré (la âmida) |
somékh nofélim |
somékh noflim |
|
véqarévénou |
véqarvénou |
|
barékhénou |
barkhénou |
|
choféténou |
chofténou |
|
oyévékha |
oïvékha |
|
sonéékha |
soneékha |
|
soféréhém |
sofréhém |
|
oyévim |
oïvim |
|
habboté'him |
habbot'him |
|
yotsérénou |
yotsrénou |
|
lévarékhénou |
lévarkhénou |
|
yé'halétsone |
yé'haltsone |
Si vous faites ces erreurs et les corrigez en ayant compris
la règle, vous aurez le plaisir de l'appliquer dans
toute la prière et dans la lecture de la Torah...
et de l'enseigner.
Voici maintenant la liste des 5
voyelles brèves après lesquelles le chéva
n'est pas prononcé et reste muet. Elles sont
traditionnellement réunies dans cette phrase
pour s'en souvenir :
Ni'ham kol-mouké, "Il a été
miséricordieux pour tout frappé" (de coups).
Apprenons les noms de ces voyelles brèves :
Ni : le son i bref s'écrit avec un point
placé sous la lettre, il se nomme 'hiriq qatane.
'ham : le son a bref s'écrit avec un trait
placé sous la lettre, il se nomme pata'h.
kol : le son o bref s'écrit sous la lettre
avec un trait vertical sous un trait horizontal, il
se nomme qamats qatane. Ses règles sont
particulières et seront expliquées ultérieurement
pour le distinguer du qamats gadol. Le son o
bref s'écrit aussi avec un point placé
en haut après la lettre comme dans la dernière
syllabe de tolédote.
mou : le son ou bref s'écrit avec trois
points placés en diagonale sous la lettre, il
se nomme qoubouts.
ké : le son é bref s'écrit
avec trois points placés sous la lettre en triangle,
il se nomme ségol.
Autre règle importante pour
bien prononcer : le
métég
Conte d'un auteur inconnu,
bien adapté à la paracha
transmis par Moche Elazar Marcus, de Turquie,
<teksko@sim.net.tr>
Un certain homme planta une rose et l'arrosa
fidèlement, et avant qu'elle ne
fleurisse, il l'examina. Il vit le bouton qui fleurirait
bientôt et aussi
les épines.
Et il pensa, "Comment est-il possible qu'une fleur si
magnifique
provienne d'une plante chargée d'autant d'épines
pointues ?"
Attristé par cette pensée, il négligea
d'arroser la rose,
et avant qu'elle ne fut prête à fleurir,
elle mourut.
Il en est ainsi pour beaucoup. A l'intérieur de
chaque âme il y a une rose.
Les qualités divines plantées en nous à
la naissance grandissent
parmi les épines de nos erreurs.
Beaucoup d'entre nous se regardent eux-mêmes et
voient seulement leurs
épines,
leurs défauts. Nous désespérons,
en pensant peut-être que rien de bon ne
peut sortir de nous. Nous négligeons d'arroser
le bien qui est en nous,
et finalement, il meurt.
Nous ne réalisons jamais notre potentiel.
Quelques personnes ne voient pas la rose à l'intérieur
d'elles-même;
quelqu'un d'autre doit la leur montrer.
Un des dons les plus extraordinaires qu'une personne puisse
posséder
est d'être capable de passer à travers les
épines
et de trouver la rose à l'intérieur des
autres.
C'est la caractéristique de l'amour, de regarder
une personne,
et connaissant ses erreurs, de reconnaître la noblesse
dans son âme,
et de l'aider à réaliser qu'elle peut dépasser
ses erreurs.
Si nous lui montrons la rose, elle fera la conquête
des épines.
Alors elle fleurira, et plus loin fleuriront trente, soixante,
une centaine de plants comme celui qui lui a été
donné.
Notre devoir en ce monde est d'aider les autres en leur
montrant leurs roses
et
non leurs épines. Alors seulement nous atteindrons
l'amour que nous
devrions ressentir pour chacun;
alors seulement nous fleurirons dans notre propre jardin.
(auteur inconnu).
Vivre, et prendre son envol. Comme ces
magnifiques perroquets qui pullulent dans les arbres à
Jérusalem; nombreux sont ceux qui voient mes photos
etne les ont jamais vus dans les arbres ou voler devant
eux; ainsi dans le couple, ouvrons le coeur et les yeux:
|