3e Paracha : Lékh lékha
- "Va vers toi-même"

Béréchite (La Genèse)
12, 1 - 17, 27
Cette page comprend des lettres de la Torah et des noms
saints, prière de la déposer dans un lieu
respectueux.
Le développement personnel, où vivre,
qui et comment être :
la clef est dans le lien entre la circoncision, la terre
et les nations
Cette paracha nous interroge également où
que nous vivions, entre nous, et dedans.
Cette étude est longue car elle touche l'une
des bases fondamentales du judaïsme.
Prendre le temps de la lire lentement, et d'y revenir.
Plan
- Situation de la paracha
- Thèmes de la paracha
- Situer
Avraham dans les générations
- Le rythme de la conquête de la vie
- La mitsva et la proposition de la paracha
- Lékh lékha et la circoncision
- La terre d'Israël selon le Chla
- La terre d'Israël et la mila, selon
le Chla
- Ces trois niveaux sont indissociables.
- Nations et peuple juif
- Différence entre la circoncision et
la destruction
- Un lieu d'habitation
- La différence
- Un exemple : le respect de la découverte
dans le couple
- Retour à la synthèse du premier
verset : Lékh lékha
- Lectures
- Développement personnel
Questions
|
Entendre lire et chanter la paracha
:
téâmim
askénaziim (lien Ort)
Entendre la haftara
téâmim
askénaziim (lien Ort)
Enseignement de Rachi
sur la terre d'Israël
Un
jour sur notre terre d'Israël; joies
et larmes
Etude
sur la circoncision, la mila. NEW.
La paracha et l'éducation
Chaque
jour du mois de 'Héchvane dans l'histoire
et la vie des maîtres.et
- le 11 'Héchvane, hiloula
de Rahel notre mère, très important.
- le 12 'Héchvane, hiloula
du Rav Dov André Neher, le maître
de beaucoup de francophones.
- le 12 'Hechvane, réfléchir sur
deux crimes fraternels pour ne plus jamais recommencer:
assassinat de Juifs par des politiciens de la
gauche israélienne (l'Altaléna),
assassinat d'un Juif (Rabin) par des militants
de droite israéliens et par des combines
politiciennes volontairement non élucidées.
Ici, les
sites commémoratifs, Documents officiels,
version gouvernementale. Documents et versions
qui contestent. Photos, etc. Pour réfléchir
par soi-même.
Notre paracha comprend 126 versets, soit la 13e
comme Réé;
(et 1686 mots, soit la 18e; et 6336 lettres, soit
la 19e). Voir
ici toutes les statistiques sur le Tanakh.
3 poèmes sur la paracha:
La
source
Timidité
sanctuaire
Nouvelle
fleur
|
vayyomér Hachém el avram lékh lékha
Hachém avait dit à Abram : "Va (vers toi)"...
méartsékha oumimmoladétékha
oumibbéit avikha él-
hors de ton pays, de ta patrie et de la maison paternelle, vers...
haaréts achér aréka : vééêssékha
léhgoï gadol
le pays que je t'indiquerai. Et Je ferai de toi une grande nation
vaavarékhékha vaaghadéla chémékha
véhéyé bérakha
et Je te bénirai, Je grandirai ton nom, et tu seras bénédiction."
Plus que jamais, dans les circonstances difficiles
envers les Juifs dans le monde entier, les questions se posent:
où vivre? Ce n'est pas seulement
- "où vivre en moindre danger?"
- mais c'est aussi : "qui être?",
- "qui oser être dans un monde hostile aux Juifs de façon
ouverte ou lancinante?",
- "vaut-il mieux s'affirmer nettement ou se camoufler dans la
masse et dans la culture environnantes?"
- "ou vaut-il mieux 'être ou ne pas être' dans le
lieu (Israël) où l'on est clairement identifié,
repéré et aussi attaqué non seulement comme
individu mais aussi comme entité de peuple?"
- "vaut-il mieux vivre sur la terre d'Israël pour affirmer
et assumer ses responsabilités ou parce qu'on y est le
mieux assuré de pouvoir y être libre?".
En un mot, "être ou ne pas être", c'est LA question.
La Torah nous répond à traveres la réponse
qu'elle nous transmet de Hachém à Avram, il y a
près de 4000 ans. (voir ici les
tableaux historiques des personnages bibliques ).
Hachém a dit à Avram : "lékh lékha,
va vers toi-même, hors de ton pays, de ta patrie et de la
maison paternelle, vers le pays que je t'indiquerai. Et Je ferai
de toi une grande nation et Je te bénirai, Je grandirai
ton nom, et tu seras bénédiction."
Il faut dépouiller cette lettre qui répond à
nos questions VITALES D'AUJOURD'HUI qu'il faut bien se poser une
fois dans une vie, si l'on veut être un homme qui décide
consciemment de soi. Car on ne peut pas tricher avec la Torah,
ni la découper aux ciseaux.
Dans Ma'hsof halavane, Rabbénou Yaâqov
Abou'hatséra (lien
ici) nous fait comprendre le projet global de ce verset de
la Torah.
1. Le fait que Hachém dise "lékh lékha,
va vers toi-même" avant d'indiquer d'où partir et
vers où aller pour y atteindre le maximum de la qédoucha
(sainteté) divine signifie ceci :
- Hachém indique à Avram (et à nous, son
peuple qu'il porte) qu'il est digne de ce parcours et qu'il n'a
pas à le refuser en pensant que ce programme le dépasse;
car lui-même, Avram, est fait dans la nature de ce but,
dans la matière de cette terre qui est le lieu de la présence
divine.
Histoire vraie. Je connais quelqu'un, appelons-le Yéhouda
évidemment, qui est très riche et possède
une fortune sur son compte en banque qu'il ne touche jamais car
il estime qu'il n'a rien d'un riche, qu'il est un "pauvre" type
et il vit de façon minable dans son petit appartement sans
allure. Vous pensez qu'il est fou, ce Yéhouda, alors
qu'à sa place vous feriez et ceci et cela... !
C'est exactement de même pour les Juifs qui ont l'accès
facile à la terre d'Israël, à ce capital unique
dans l'histoire et parmi les peuples au point que tous veulent
s'en emparer, nous en éjecter et le revendiquer pour
eux. Aucun poste de dirigeant politique, ni de grand rabbin, ni
de direction financière, ni de possesseur de cliniques
ou de parcs immobiliers, ni de postes de professeurs, ni de dentiste,
de médecin, ni de fonction de conseiller d'Etat, ni de
ni de..., n'est rien à côté de la participation
directe à cette terre par celui qui y habite ; il est dans
le palais avec droits directs d'en respirer la vie. Vous direz
d'eux : "mais ils sont fous de ne pas utiliser du tout ce capital
reçu!".
Mais oui, de générations en générations,
les grands rabbanim de Palestine peinaient à faire revenir
les rabbanim de Babylone, le prophète Ezra ne réussit
à faire rentrer au pays qu'un petite poignée de
Cohen et de Lévi, les explorateurs du désert (ces
grands princes et rabbins autour de Moché), cherchaient
à dissuader les Hébreux à qui Moché
montrait clairement la lumière de la terre sainte, etc.
Avram, lui, voyait cette lumière de loin (lisez Béréchite
22, 4), à partir de la lumière qu'il découvrait
en soi-même. Connaissez- vous cette même lumière
au coeur de vous-même?
Voilà pourquoi Hachém lui dit : "va vers toi-même".
"Tu es raouï véhagoune, conforme à cela et
pertinent, mitsad atsmo, "en raison de ce que tu es toi-même"
; Hachém a dû lui enlever ainsi tout doute (outsrakh
lé otsi mi libo).
2. Plus encore, Hachém lui fait comprendre
que, par cette similarité de nature qui constitue le peuple
juif dont il est le prototype, le père du peuple, il va
atteindre à la véritable dimension de son être,
de son "âme" (de sa néchama) qui est composée
de néphéche, roua'h, néchama.
Comment ?
Cela passe par une décantation : il faut d'abord lâcher
les prises internes de ce qui constitue la participation à
une réalité autre que cette pureté de lumière;
donc, on comprend l'expression "sors de ta terre" (méartsékha),
car celui qui vit dans un pays en absorbe automatiquement toutes
les caractéristiques de ce génie propre, il devient
par exemple un "Français juif", dont le judaïsme est
devenu la note mineure de l'être, une religion, une communauté
mais non pas "la" note dominante donnée par la terre. Ce
n'est pas mon enseignement, c'est ce que dit le Traité
Kétouvote (pages 109-110) : on absorbe le dieu de ce pays
inévitablement. Le Talmud (pas moi) est dur, il dit: "c'est
comme s'il n'avait plus Eloha le D.ieu d'Israël". Allez
vérifier, c'est exactement cela qui y est enseigné.
Voilà pourquoi c'est le même mot "terre" qui est
employé pour ce que l'on doit quitter, et pour celle vers
laquelle on doit aller : on passe totalement d'une terre à
l'autre, d'un génie à l'autre, d'un dieu à
Hachém. Et cela est i-né-vi-ta-ble.
De même, se comprend, en ce sens, le mot de l'étape
suivante : le terme de patrie (molédéte) puis celui
de "la maison de ton père" car lui avait intégré
toute l'âme de ce pays.
C'est ensuite seulement que l'on atteint à la plénitude
de la terre d'Israël dans le deuxième verset de la
paracha : vééêssékha lé goï
gadol (je ferai de toi un peuple grand) de par cette nouvelle
identité noble ; cette phase correspond au concept juif
de néphéche.
Puis, Je te bénirai (vaavarékhékha), ce qui
correspond au concept juif de roua'h.
Puis, vaaghadéla chémékha, cela correspond
à l'arrivée au niveau de la néchama.
Quand ensuite il est dit : véhéyé bérakha
(et ce sera bérakha), cela veut dire que tout le programme
prévu sera alors accompli.
Cela est l'enseignement de Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
que j'ai simplement explicité.
Situation de la paracha
Toute la paracha est centrée sur le parcours
de Avraham avinou, Notre Père Avraham, comme re-créateur
laborieux de l'homme, des relations entre les hommes et de la
fidélité au Créateur. N'oublions pas le plan
exposé dans les deux parachiyotes précédentes
(la Création initiale et la nécessité d'améliorer
cette création devenue violente, dispersée et éloignée
de la bonté voulue par le Créateur). nous connaissons
encore cela. Noa'h a commencé la besogne, Avram-Avraham
va la continuer, c'est ce que nous allons étudier. Tout
cela sera pour nous un enseignement de vie.
Dans cette dynamique, 3 instruments jouent des fonctions
essentielles et coordonnées :
- l'effort d'aller "vers soi-même".
- l'importance d'une certaine circoncision triple, qui comporte
deux opérations successives,
- la fonction de la terre (qui alterne entre Canaane et Israël).
Devant l'importance de l'enjeu, et devant les affirmations
catégoriques et les ordres impératifs sonnés
à Avraham (donc à tout Juif), le Rav Chalom Messas,
dans Vé'ham hachéméche, prend la méthode
que nous avons précisée comme étant celle
de Rachi ou du Chla: se poser le maximum de questions pour éclaircir
le texte et ne pas faire d'erreur sur le message de ce premier
verset essentiel. Par exemple, dit-il:
- pourquoi le mot lékh est-il répété?
- pourquoi est-il dit dans cet ordre: terre, patrie, maison de
ton père?
- pourquoi est-il dit "vers la terre que Je te montrerai"
et non pas "vers la terre d'Israël"?
- si on dit de partir vers la terre, il est évident qu'il
faut donc sortir de la maison paternelle, alors pourquoi le dire?
- pourquoi dit-il: "vers la terre dont je t'ai parlé"
alors que le verbe employé auparavant était "dire"
et non pas "parler"?
- pourquoi Hachém a t'il dit cela à Avraham plutôt
qu'à tout autre tsaddiq?
- pourquoi est-il dit que c'est pour le bien alors qu'il est évident
que Avraham le voyait ainsi? etc.
Nous voyons le sérieux mis par nos Sages pour bien comprendre
le message afin de l'appliquer ensuite.
Si nous ne savons pas répondre à ces questions,
nous ne pourrons pas gérer notre existence. Car les actes
donnés envers les Patriarches sont des enseignements pour
nous les fils: "maâssé avote simane la banim".
Pour saisir tout l'axe de la paracha, nous allons nous baser sur
le commentaire de Rabbénou
Yaâqob ben Acher, dit le Tour.
La paracha commence par le mot vayomér, "et dit" (Hachém
vers Avram va...).

C'est le premier mot, à droite, puisque l'hébreu
s'écrit et se lit de droite à gauche.

C'est l'expression (lachone) par laquelle le monde
a été créé comme il est indiqué
dans le chapitre 5 des Principes des Pères ou Pirqé
avote : ba âssara maamarote nivra haôlam, le
monde a été créé par 10 "dires". Divers
mots signifient en hébreu "dire" mais les dix actes créatifs
du début du monde ont été suscités
par l'utilisation du verbe amar et c'est ce même mot qui
ouvre l'ère de Avraham. Cela nous indique que toute l'histoire
d'Avraham non seulement est une ère créative mais,
bien plus, elle est de la même nature que la Création
elle-même. Avraham recrée le monde. Il faut lire
ce chapitre 5 des Principes des Pères.
Et si cet enseignement nous est donné, c'est comme exemple.
Pour nous dire que, dans notre parole, nous avons la capacité
de rénover et, pour ainsi dire, de recréer le monde.
C'est la tâche de la vie du Juif. Il y a de quoi réfléchir.
Nous apprenons aussi par là qu'il faut faire attention
au choix des mots utilisés par la Torah et les mettre en
liaison avec les autres passages où ce même mot est
utilisé.
Comment se réalise ce pouvoir créatif de l'homme
par la parole ?
La paracha nous répond immédiatement par le mot
qui est à gauche sur la ligne: lékh-lékha;
nous devons donc étudier cette expression. Nous comprendons
ainsi toute la paracha.
Les lettres de l'hébreu sont autant significatives dans
le mot et dans la phrase que les composant chimique d'un être.
Il y a dans l'hébreu une force particulière dans
ce mot aux deux lettres lamed répétées. C'est
la seule lettre qui s'étend dans toute l'horizontalité
et dans toute la verticalité, transmettrice de l'énergie
divine et créatrice. Je le rends ici par cette sculpture
du lamed qu'Anna Waisman avait réalisée pour la
donner à nos amis communs André et Rina Neher et
cette photo elle la réalisa pour moi personnellement, je
vous la donne à partager pour recevoir toute la force interne
et lumineuse de ce lékh lékha:

Si cela vous touche, explorez
ici quelques autres oeuvres d'artistes de la lettre hébraïque:
Chantal Aikhenbaum, Esther Guenassia,Joëlle Dautricourt,
etc. Le Lekh lekha est un couple, avec le semblable et le
différent, chacun est épanoui dans toutes les dimensions
et il se réalise dans le réel de la lettre kaf,
horizontale et s'enfonce profondément dans les jambes et
dans la terre; le judaïsme n'est pas qu'une prière,
étude, spiritualité; réfléchissez-y;
je vous laisse trouver ce que cela vous inspire personnellement
et en couple

Il y a le son venu d'En-haut et écrit dans
la Torah et il y a le secret différent pour chacun qui
le reçoit selon la forme et la nature de son être,
dans une écoute douce, presque inaudible mais lumineuse
et source certaine à découvrir, que j'ai essayé
de rendre ainsi:
Thèmes de la paracha
La paracha commence par la demande de D.ieu à
Avram de quitter trois points de référence et d'appartenance,
en cet ordre: son pays, son lieu de naissance et la maison de
son père. Puis c'est l'arrivée en terre de Canaane,
la proclamation du nom de Hachém, la famine, la descente
en Egypte, l'enlèvement de Sara et la bénédiction
qui s'ensuit, le retour, la séparation d'avec Loth, l'enlèvement
de Loth, le sauvetage par Avram, les promesses de bénédiction
de D.ieu à Avram lors de l'alliance entre les morceaux,
l'annonce de l'exil puis de la possession de la terre, la stérilité
de Sara, la naissance d'Ichmaël, le changement de nom en
Avraham, la circoncision d'Avraham et d'Ichmaël, l'annonce
de la naissance d'Yits'haq.
On le voit, les thèmes sont nombreux et chaque
point pourrait être ici la base des commentaires les plus
importants.
Notre étude, limitée à un seul
point et à un seul verset, va nous montrer la richesse
condensée de ces textes.
Situer Avraham avec
précision dans l'histoire (aller voir cette page) Vous
allez en savoir des choses! Voyez aussi http://www.histoiredesjuifs.com/articles.php?lng=fr&pg=61
- A la fin de la paracha, Avraham a 99 ans. Il est
la 10e génération après Noa'h, soit la 20e
après Adam (et dans 6 générations, à
la 26e, ce sera Moché). Il est né en l'an 1948 de
la création.
- Avram avait 48 ans lors de la dispersion des peuples
et 58 ans à la mort de Noa'h (commentaire de Ibn Ezra sur
Béréchite 6, 9). Comme les générations
qui ont suivi Noa'h ont vécu longuement, Avram a été
contemporain de Chem, fils de Noa'h et de Ever, 4e génération
depuis Noa'h, qui enseignait et dans la yeshiva de qui son petit-fils
Yaâqov étudiera pendant 14 ans (lire le Rachi
sur Béréchite 28, 9 pour comprendre ces comptes).
- Avram avait 52 ans et son épouse Sarah
42 quand ils enseignaient autour d'eux pour essayer d'amener les
hommes à découvrir le vrai D.ieu, ce que le traité
Avodah Zarah (9) considère comme le début de l'enseignement
de la Torah.
- Avraham aura 100 ans à la naissance de
Yits'haq et 160 ans à la naissance de Yaâqov.
- Il perdit sa femme Sarah à l'âge
de 137 ans après la aqêda (sacrifice de Yits'haq
qui avait alors 37 ans ; voir Rachi sur Béréchite
25, 20). Il apprend aussi alors la naissance de Rivqa, qui deviendra
l'épouse de Yits'haq (voir Rachi sur Béréchite
22, 20). Sarah a eu son fils Yits'haq à l'âge de
90 ans.
- Quand Avraham décédera à
175 ans, Yist'haq (qui a alors 75 ans) et Yaâqov (qui a
alors 15 ans) ont pu vivre et étudier ensemble avec lui
pendant 15 ans.
Les sources que je viens de citer sont en hébreu,
spécialement dans Rachi et dans le livre Sédér
Ôlam Rabbah.
Le Chla
étudie avec précision le sens de nombreux événements
de cette vie, en fonction de l'âge d'Avraham et Sarah.
Le rythme de la conquête de la vie
Pourquoi préciser tout cela ? La question plus exacte est
: "pourquoi la Torah enseigne-t-elle tout cela ?" Pour bien nous
montrer que le plan de Hachém, celui qui est dans l'ordre
des bonnes orientations de vie, se déroule très
lentement et à travers des obstacles apparemment insurmontables
; c'est le critère de leur authenticité. Ce sont
des défis, uniquement à ce niveau nous pilotons
notre vie pour être des hommes.
C'est le propre d'Avraham et de ceux qui sont de
sa souche, que d'être capable de traverser avec constance
et fidélité les pires barrages, sans tenir compte
des pressions externes, des bons conseils qui enchaînent
et limitent à la taille du conseilleur et de ce qu'il est
parvenu à faire dans sa propre vie, sans tenir compte des
logiques apparentes et des jugements ne reposant pas sur Hachém.
Le judaïsme n'est pas une spiritualité,
c'est un parcours de vie dans des choix concrets.
Davantage : c'est un parcours parsemé d'épreuves
terribles. Le papillon, la fleur ou l'épi ne surgissent
qu'à travers la mort du cocon, comme il est dit dans notre
poème "La
nouvelle fleur".
La mitsva et la proposition de la paracha
Rappelons que il n'y a "que" trois mitsvotes dans tout le livre
de Béréchite:
1- Paracha Béréchite : fructifiez
et multipliez-vous (1, 28).
2- Paracha Lékh lékha : la circoncision, mila (17,
10). Elle sera répétée dans la paracha Tazria
(Vayiqra 12, 3).
3- Paracha Vayichlakh : ne pas manger le tendon de la cuisse (32,
33).
Cela nous indique que ces trois mitsvotes
sont donc essentielles dans le parcours de la re-création.
Quel est donc le lien entre ce parcours difficile
d'Avraham, condition pour recréer le monde, et la réalisation
de la circoncision (mitsva de notre paracha).
Lékh lékha et la circoncision
Le titre de la paracha "Lékh lékha" (verset 12,
1) signifie en hébreu "va" mais, en fait, la signification
véridique et grammaticale en est "va vers toi-même,
va pour toi", comme le souligne Rachi. Ainsi, au déplacement
géographique proposé, s'ajoute un déplacement
vers une dimension personnelle.
Exposons ici ce à quoi Rachi fait allusion quand il nous
éclaire avec sa brièveté habituelle.
Il commente "Lékh lékha" par ces mots : "lahanaatékha
ou létovatékha, pour ta jouissance et pour ton bien".
Qui osera dire que la Torah est bonheur? Rachi le dit clairement.
Lisons le texte ci-dessus:
"Rachi
12 (1) Lékh Lékha (va vers toi-même). lahanaatékha
ou létovatékha, pour ta jouissance et pour ton bien.
Vécham éêssékha légoï gadol,
et là Je ferai de toi un peuple grand,
kane i atta zokhé lévanim, ici tu ne mérites
pas des enfants".
Au lieu de penser à tout ce que nous allons perdre, pensons
(si nous avons un peu de confiance dans la Torah et dans Celui
qui nous y parle car, si ce n'est pas le cas, nous pouvons alors
comprendre nos choix qui vont en sens contraire) à ce qui
nous est promis sur la terre d'Israël. Le Rambane va loin
en ce sens car il dit que lorsque Avraham et Sarah ont quitté
la terre d'Israël parce qu'il y avait famine et sont allés
en Egypte, ils ont péché, ils n'ont pas eu assez
confiance et leur faute est la cause de la disperson ultérieurement
dans l'histoire. Réfléchissons.
Pour comprendre ce Rachi, il faut le mettre en liaison avec ce
qui se produit pour Moché en Chémote 34, 1 quand
"Hachém dit à Moché pissal-lékha chéné
lou'hote... taille pour toi-même deux tables ". Les deux
expressions sont bâties avec le mot lékha qui semble
supplémentaire et inutile. En effet, en hébreu,
il suffirait de dire lékh, "va"; de plus, la mission donnée
concerne l'ensemble du peuple ou voire même toute l'humanité
et non pas l'individu spécifique Avram ou Moché.
Il faut donc comprendre cette anomalie.
C'est que la mission que donne D.ieu enrichit celui qui la réalise,
comme il est dit explicitement en Michlé, Proverbes 10,
22; Le Middrache Tan'houma le commente. Des fruits de la taille
de la pierre précieuse que D.ieu a donnée à
Moché pour tailler, lui sont restés de nombreux
débris qui ont suffit à l'enrichir comme un roi.
Rachi, qui aime le Middrache Tan'houma et l'utilise constamment,
accentue encore cette lecture par son commentaire de Bamidbar
10, 2 quand D.ieu dit à Moché: "âssé
lékha chété 'hatsotsérote, fais pour
toi-même deux trompettes". Il dit: "qu'elles sonnent devant
toi comme devant un roi" ainsi qu'il est dit en Dévarim
33, 5.
Il y a donc bien un bénéfice très individuel
lié à l'accomplissement de ce qui semble une fonction
collective obligatoire.
Ainsi, le remarque le Rav Messas, monter en Israël, la Torah
nous dit que ce n'est pas une épreuve (nissayone, comme
l'est la âqéda) mais une réalisation heureuse
de l'être.
Sur cette base de l'épanouissement personnel, on peut comprendre
que l'on en vienne à une considération la plus personnelle
: la circoncision.
Il faut donc mettre cet axe central du titre de la paracha en
liaison avec la seule mitsva de cette paracha, celle de la circoncision.
Cela nous pose plusieurs questions :
- quel est ce rapport entre la démarche géographique
et la démarche vers soi-même ?
- pourquoi la démarche vers soi-même est-elle
située dans un acte de circoncision ?
- comment une réduction apparente d'une part de soi
dans l'acte de circoncision peut-elle être la condition
de l'accès à tout soi-même?
Pour le comprendre il faut explorer plusieurs dimensions de cette
question et de l'existence à la lueur du judaïsme.
Le Chla analyse longuement cet ensemble, nous le suivons ici.
De plus, le fait que cette mitsva de la circoncision
soit mise en relation avec la promesse de la possession de la
terre de Canaane (Béréchite 17, 8-11) pose des questions
supplémentaires:
- pourquoi la réalisation de la circoncision entraînerait-t-elle
la possession de la terre?
- pourquoi entrainerait-t-elle la possession d'une terre
occupée par d'autres et dénommée de leur
nom (Canaane)?
En nous situant d'emblée parmi ces questions, la Torah
veut nous indiquer quelles sont fondamentales (contrairement à
ce qu'en a dit l'ignorance chez les constructeurs de nouvelles
religions qui ont décidé légèrement
que la circoncision pouvait être supprimée de la
Torah; de plus, la terre du Saint béni soit-Il remise par
Lui à Son peuple est l'objet également d'une tentative
continue d'arrachement aussi); nous voyons bien que ces questions
restent de la plus vive actualité, autant que le commentaire
de Rachi sur le premier verset de toute la Torah (voir aussi Rachi
sur Béréchite
1, 1 et sur Yéhoshouâ 5, 4). Ce ne sont pas des questions
de "politique" mais d'anthropologie et de fidélité
à ce qu'est la Torah. Il importe donc de bien comprendre
ces questions et ces relations entre la terre et le corps, entre
la terre et l'homme, de génération en génération.
La terre d'Israël
selon le Chla
Le lien de la promesse de la terre avec l'illogisme apparent de
la circoncision doit nous faire comprendre que nous atteindrons
la réalité de ce problème seulement en connaissant
les dynamiques divines que la tradition nous enseigne concernant
la terre d'Israël.
1. les règles divines et non humaines qui
jouent dans la circoncision jouent également pour tout
ce qui concerne cette terre particulière: elle ne relève
pas, contrairement aux autres, du pouvoir des hommes ni du génie
des peuples et de leurs prétentions.
2. cette terre d'Israël d'ici-bas, dit le Chla,
est en contrepartie de ce qui est la terre d'Israël dans
le monde d'En-Haut.
3. les forces puissantes de perturbation (les qlipotes,
coquilles qui cernent, enserrent et agressent) contrecarrent l'épanouissement
de la vie et du bonheur.
4. la fonction des Juifs est de connaître,
par la Torah, la voie qui permettra progressivement de réduire
et de vaincre ces forces négatives entremêlées
avec celles du bien dans notre monde depuis la création.
5. la circoncision a un rôle essentiel dans
ce processus.
(Notes personnelles de précisions importantes
:
1. cette perspective juive générale sur la terre
d'Israël qui serait mue par cette dynamique constante ainsi
décrite, permet de comprendre pourquoi tant de peuples
s'inquiètent constamment de cette toute petite terre, s'en
informent sans cesse et en font l'une de leurs préoccupations
essentielles;
2. le problème ne peut pas être situé
seulement en termes "d'ennemis" politiques ou de "paix" politique,
car ce serait oublier la constance séculaire du phénomène
et son sens. Et cet éclairage nous a été
donné par la Torah et nos Sages.
3. Nous, lecteurs des Sages mais saisis par l'urgence
et l'intensité des débats de l'actualité,
nous devrons donc faire un effort de rigueur pour nous détacher
de la pression des médias et des partis politiques, pour
voir tout cela que nous dit l'enseignement de la tradition de
siècles en siècles quels que soient les différents
empires et le contexte régional variable, et ne pas faire
l'inverse: partir des options actuelles de tel ou tel camp politique
pour lire l'histoire ou la Torah. C'est pour mettre en valeur
ce regard d'ensemble donné par la tradition que j'utilise
le concept d'anthropologie et non de politique.
4. le problème du lien aux autres peuples
à partir de l'autonomie juive sur sa terre s'inscrit toujours,
dans cette perspective de la tradition juive, à l'intérieur
de ces conditions: la reconnaissance du plan de D.ieu inscrit
dans la Torah, un comportement moral entre nous et envers les
peuples, une vie selon la Torah, une vie d'étude de la
Torah. Ce n'est aucunement un problème qui relèverait
seulement de l'indépendance nationale, de la force ou des
accords politiques seuls).
5. Cette position de la tradition n'est pas une
conception "mystique" ou "religieuse", mais un sens anthropologique
très large, car l'usage critique des termes de "mystique"
ou "religion" est une façon de poser le problème
à l'intérieur d'une vision uniquement politique.
La terre d'Israël et la mila, selon le Chla
Ce modèle (lieu de sainteté environné
de forces, dans un parallélisme du bas et du haut) se réfère
à la circoncision, mila, de la manière suivante
dans la tradition juive.
Le Chla explique que, malgré sa grandeur
terrestre et céleste (ou justement à cause de cela),
la terre d'Israël est environnée et emprisonnée
par ces étaux, ces qlipotes, et seul l'acte, réalisé
à la perfection, du dégagement du prépuce
par la section puis par le retournement (la péria) de la
peau restante (la orla) assure le dégagement de la terre
d'Israël de la pression négative de ces qlipotes.
| Dans le judaïsme, cette libération ne consiste
donc pas, évidemment, en un seul dégagement
administratif et politique qui "remettrait cette terre à
nous ses possesseurs ou usagers authentiques", mais il s'agit
autant d'une mise en fonction par les Juifs du pouvoir bénéfique
de cette terre dans toute la création et de la fonction
que les Juifs ont à jouer dans cette entreprise ainsi
située; cela est le rôle noble et important
des Juifs pour toutes les nations. |
Nous comprenons maintenant que, dans le même
acte, cette circoncision est donc triple (simultanément
à trois niveaux):
- corporelle en deux phases de réalisation, jusqu'à
la péria,
- circoncision du cœur,
- circoncision de désengagement géographique
et politique.Ce dégagement est au niveau de la nature
des choses.
Ces trois niveaux sont indissociables.
On peut ici relire le premier commentaire de Rachi:
on comprendra maintenant pourquoi il a éprouvé la
nécessité de placer ces questions avec tous ces
différents paramètres dès le début
de la Torah.
De plus, ce n'est que lorsque les deux opérations
de mila et de péria ont été réalisées
(avec leurs conséquences morales évidentes) que
- l'homme accède au projet de la création de
ressemblance avec son créateur et qu'il émerge
à l'image de D.ieu;
- Sion et Jérusalem peuvent se relier et se réaliser.
L'action politique ne suffira jamais à elle seule.
Le Chla ajoute ailleurs, comme tous les Sages, que
c'est seulement par cette mila de tous les niveaux de l'être
que l'homme peut atteindre à la connaissance transmise
par la Tora.
En conséquence, quelqu'un qui étudierait
la Torah de Hachém sans cette opération (en tous
les sens du terme) ne peut pas avoir un accès véritable
à la connaissance du Nom qui se déploie dans toute
la Torah. Les commentaires le disent souvent sur le verset Mi
Yaâlé Lanou Hachammayima ("qui montera pour nous
aux cieux" Dévarim 30, 12) dont les initiales forment le
mot d'entrée mila et les lettres finales forment le tétragramme
: cela veut dire que, seulement, par la mila réalisée
parfaitement, le Nom (tétragramme) peut être connu
et atteint.

Nations et peuple juif
Comme le prépuce entoure l'organe, les autres nations (positives
ou négatives) entourent cette terre et ceux qui ont à
y jouer leur fonction, de même que les montagnes d'Esaü
et d'Amalec entourent Jérusalem (voyez le psaume 118, 10
: kol goyim sévavouni, tous les peuples m'environnent).
(Note personnelle :
- Dans cette perspective, le problème du rapport aux autres
peuples ne peut donc pas être ramené seulement à
des questions d'erreurs de persécution par dérapage
de certains peuples contre les Juifs dans l'histoire,
- La solution du problème ne peut pas se
réduire à des procédures de seule amitié
dans le dialogue entre les idéologies concurrentes, ni
à des attitudes d'hostilité a contrario.
- L'amitié et le dialogue, avec toutes les
créatures qui sont à l'image de D.ieu, vont de soi,
de même que le dérékh érets (l'attitude
minimale de bonne relation humaine réciproque); en effet,
le dérékh érets a priorité sur toute
la Torah et a été créé avant la Torah.
Vayiqra rabba, 9, 3 et Tana de Bé Eliahou rabba 1 nous
l'enseignent : dérékh éréts qadma
la tora.
Cette précision est capitale, car nul Juif
ne pourra jamais se prévaloir de son droit sur la terre
d'Israël pour s'y comporter envers les membres des autres
peuples avec immoralité ou violence injustifiée
et, seule, la circoncision de ses middotes, c'est-à-dire
de ses attitudes intérieures et extérieures simultanément
lui donnent droit d'atteindre à la possession du lieu face
aux autres peuples. Et, même à ce moment-là,
cette possession n'a de sens que dans une certaine fonction à
jouer qui est un service envers Hachém et envers les peuples.
Si nous comprenons pas tous ces plans, dit la tradition,
cette terre nous rejettera à chaque fois; l'enseignement
est clair à travers la voix des prophètes qui ont
vécu à des époques différentes. Et
l'histoire la démontré continuellement, cela est
écrit dans les analyses des prophètes, et nous le
voyons aussi depuis l'époque où il n'y a plus de
prophètes pour nous l'expliquer. Nous avons reçu
assez leur enseignement pour comprendre l'histoire présente.
Avouons que, ayant reçu de tels éclairages, nous
sommes assez débiles lorsque nous passons tant de temps
à lire nos journaux et les analyses continues d'analystes
qui n'ont aucune formation historique sur ces millénaires
et sur ces niveaux.
Et si le Juif n'aime pas sa terre, ne la voit pas
avec ses dimensions divines, la mène comme toute autre
terre et non pas comme le lieu d'habitation du Créateur
et comme Son sanctuaire, et ne s'y comporte pas moralement en
conséquence selon la Tora, il devient ipso facto un gérant
incapable et un usurpateur; alors, la terre l'éjecte, les
peuples revendiquent alors leur droit et leur pouvoir et l'exercent:
annulant la circoncision et la Torah (corporellement, socialement
et spirituellement), le Juif lui-même donne alors tout le
pouvoir à la couronne de qlipa qui entoure, qui fait pression
et qui menace sans cesse. Cette analyse n'est pas celle d'un courant
de la scène politique d'aujourd'hui, c'est l'enseignement
continu de la tradition, et elle prétend que la continuité
extraordinaire du peuple juif et ses persécutions continuelles
et alternances d'exil et de retour s'expliquent en ce sens.
Différence entre la circoncision
et la destruction
La circoncision est ainsi une limitation, certes,
mais elle limite les forces externes de destruction.
Mais il est essentiel de comprendre que cela ne
considère pas seulement l'externe et les autres comme ce
danger destructeur; l'interne et moi-même doivent tout autant
être délimités par la circoncision.
- En effet, les pièces historiques du dossier
depuis la Torah, montrent que le Juif, qui est moteur en cette
dynamique peut, de façon répétitive, mettre
en marche une pression destructrice envers lui-même.
- Les Sages nous enseignent aussi que "le" symptôme
le plus net de cette vie hors de la Torah est révélé
par l'auto-destruction dans le peuple qui se désintègre
en sous-groupes qui ne s'écoutent plus, ne se comprennent
plus et se détestent.
Tout cela est une problématique bien repérée
et continue à l'intérieur du peuple juif; c'est
bien le défi auquel il est confronté, cette paracha
nous l'enseigne.
- Les Sages disent aussi que, quand le peuple a
mis en marche le processus d'auto-destruction, il peut parfois
s'arrêter, mais d'autres fois sa violence est si grande
qu'elle peut atteindre des dimensions catastrophiques (broyant
au passage le méchant ou l'innocent) comme certains incendies
de forêts quand l'intervention de redressement n'est pas
assez précoce et rapide. Il ne faut pas alors se décharger
de la responsabilité sur un soi-disant "silence de D.ieu"
comme on le fait parfois, faisant de Lui le bouc émissaire
de notre manque de pilotage de notre propre destin (je ne dis
pas de notre "culpabilité" car il ne s'agit pas seulement
de droiture individuelle mais de vie collective selon la dynamique
de notre être juif). Cela comme lors qu'un avion mal conduit
entraîne la destruction de tous les passagers et non pas
seulement du pilote coupable.
- Mais il se fait, simultanément, que les
nations abusent de la liberté qui leur est laissée
de pression et de prise éventuelle de possession et de
substitution temporaire, quand notre peuple défaille dans
sa tâche. Et, de plus, Amalec, de génération
en génération, cherche à détruire
Israël et sa Torah. La question est donc très complexe,
voilà pourquoi il faut étudier ce qu'en dit la tradition,
instruite par des millénaires de situations analysées
rigoureusement, et qui sait repérer les différents
facteurs, ne pas les simplifier ni en éliminer, voir comment
ils sont coordonnés. On a raison de parler d'une intelligence
juive; ce n'est pas un niveau de QI, c'est une somme de savoir
assumée collectivement et ravivée sans cesse.
- Devant l'importance de ces dynamiques et les périls
qui en découlent en cas de mauvais usage, tout cela devrait
faire qu'Israël, instruit en détail par l'histoire
et par la bonté de son Créateur dans la Torah reçue
de Lui, soit vigilant, étudie cette Torah de vie pour parvenir
à vivre et à surmonter tous ces obstacles et, par
là, délivrer les nations elles-mêmes de ces
erreurs fatales pour tous.
Les prophètes le disent : Hachém a
créé ainsi le monde pour nous donner le pouvoir
d'exercer notre liberté vers le bien et le bon, nous laissant
la gestion des risques, mais Il n'a pas autorisé les nations
à outrepasser leur puissance de destruction envers Israël
et quand elles le font, c'est l'homme qui nuit, ce n'est pas Hachém
et la colère de Hachém se retournera contre ces
nations, et Israël ressentira alors le miracle de la protection.
Mais D.ieu ne se substitue pas à la liberté de l'homme
et notre pouvoir destructeur ou constructeur est immense. C'est
tout le génie d'Avraham d'avoir compris cela et d'avoir
su le gérer et l'enseigner à travers les pires épreuves.
A partir de soi-même.
Le commentaire du Chla exprime cet ensemble par
ce verset du Cantique des Cantiques parlant d'Israël, entourée
ainsi par les klipotes : elle est une "rose parmi les ronces"
(2, 2).
Le commentaire du Cantique des Cantiques par Rachi
est dans la ligne de cet exposé.
Toute cette base structurelle étant posée,
ainsi que la dynamique qui en découle, le Chla nous éclaire
sur deux questions que nous pourrions nous poser :
- pourquoi cette promesse de la terre est-elle si importante au
Créateur?
- pourquoi le contrat assurant cette promesse doit-il se signer
sur le corps de l'homme plutôt que sur tout autre composante,
morale, par exemple?
Un lieu d'habitation
Pour répondre à ces questions, il faut comprendre
que
- le but essentiel de la Création est que le Créateur
"séjourne" (nom de la Chékhina) ici avec nous géographiquement
sur la terre d'Israël comme nous le montre la description
du Jardin d'Eden où Il se promène dans le jardin
avec Adam,
- et il veut également résider "en nous" (véchakhaneti
bétokham, et je résiderai parmi eux, en eux, Chémote
25, 8).
Nous comprenons alors que la terre d'Israël
aussi bien que l'homme sont le lieu où cela se joue.
En ce qui concerne l'homme comme lieu de cette résidence
divine, la circoncision impliquera ses différentes dimensions
et dynamiques corporelles: (le Séfer habbahir 168 dit que
ses huit extrêmités ou limites (qétsavotes)
doivent être investies, motif pour lequel la circoncision
a lieu le 8° jour.
Cette résidence sera donc établie
en lui par une alliance marquée sur lui par un "signe"
(tsione) qui délimite la propriété pour ce
qui va s'y vivre à l'intérieur, et envers l'extérieur
: c'est la circoncision.
Voilà pourquoi il était important
qu'Avram cherche par des déplacements physiques du corps
dans l'espace où était le centre d'équilibre
de la Création et que, après de nombreuses pérégrinations,
- il le trouve simultanément en son corps par le tsione
(signe) de la circoncision,
- et il y consacre alors tous ses 248 membres à travers
la circoncision, lui dont le nom Avraham a le chiffre également
de 248 en guématria ;
- et en ce lieu qui est géographiquement Tsione.
Cette synthèse qui consiste à rendre
cohérente l'habitation de D.ieu en l'homme dans l'espace
spirituel et dans l'espace corporel, comme le dit parfaitement
le doublet de lékh lékha, est le motif pour lequel
ce peuple qui descend d'Avraham est différent des autres,
symbolise cette perfection, est entouré de la lutte des
nations et mène ces guerres avec la moralité et
l'amour dont a fait preuve Avraham.
La différence
Voilà pourquoi le lieu du corps de l'homme et le lieu géographique
sont également liés dans l'alliance, dans la "possession"
de soi-même et dans la possession de la terre, et pourquoi
cette terre et ce peuple sont différents des autres. Cet
homme deviendra l'engendreur d'un peuple (dans la mesure où
les descendants accepteront totalement les deux phases de la circoncision,
au 8° jour et sur les trois plans, corps, cœur et géographie);
la descendance d'Ismaël a refusé une partie de ces
conditions car elle n'a pas accepté la péria et
ne pratique pas la circoncision au 8° jour.
Effets positifs de la délimitation
par la mila
Tout cela est si important dans la Torah que la Création
elle-même des cieux et de la terre était déjà
destinée à être liée à cette
être qu'est Avraham comme l'indique béhibaram, anagramme
d'Avraham dans le récit de la Création (2, 4). Ce
sont les 5 dernières lettres de la ligne, à droite:
Avraham remet en route la Création parce
que sa délimitation sort le monde du tohu-bohu: D.ieu a
créé le monde, ensuite après les échecs
catastrophiques de la faute d'Adam, du meurtre de Caïn, de
la confusion de la Tour de Babel et du déluge; c'est Avraham
qui "recrée" ainsi le monde dans tout son potentiel et
dans sa structure positive et qui remet en route la création;
- il n'est pas seulement un nouvel Adam,
- il est un partenaire de D.ieu dans la Création; c'est
de lui que le Créateur disait à l'avance "faisons"
naâssé.
Un exemple : le respect de la découverte
dans le couple
Dans cette ligne, nous pourrions prendre, comme le fait
la tradition, toutes les formes de relation d'Avraham
avec les différents humains et nous y découvririons
cette perfection du redressement de la relation vers son
niveau optimal.
Prenons un exemple dans cette paracha, celui du dialogue
d'Avraham avec son épouse qui est un exemple de
délicatesse avançant avec précaution,
de respect absolu, de considération, d'autonomie
de chacun ; il lui dit :
vayomér el-Saraï ichto hiné na yadâti
ki
icha yéfate mareé ate
"et il dit à Saraï sa femme: voici, je te
prie, j'ai connu que
femme belle à voir tu es".
Par la délimitation, c'est l'émergence
du respect et du "tu" dans l'histoire et dans le couple. Avraham
dit avec une lente précaution à son épouse
: "ate, toi", je sais maintenant que tu es cela "toi", "cela"
qui peut se dire en hébreu par la première et par
la dernière lettre qui ensèrent tout l'alphabet
comme la circoncision : aleph-tav, "ate"; ce qui veut dire, s'il
est possible de la formuler ainsi, "avec respect je te connais
du début à la fin et je te respecte en toutes tes
dimensions et c'est cela que je choisis pour constituer le mot
"ate" ("toi") que j'utiliserai désormais pour te nommer
et te parler". (Un conseil: lire L'exil de la parole, de André
Neher, Seuil, Paris, pour acquérir cette sensibilité
aux mots dans la Torah).
L'humanité est loin de ce respect prononcé
il y a presque 4000 ans :
- elle n'a guère conscience de cette relation au Créateur
dans le regard sur l'autre,
- partout dans le monde, la relation de l'homme à la femme
(qui symbolise le mieux la relation à l'autre-différent)
est d'une violence, d'un mépris sarcastistique et d'usage,
d'une suffisance, d'une grossièreté, d'une utilisation
et d'un sadisme sexuel, psychologique et social qui font frémir
et qui font souffrir tant de femmes.
Le combat d'Avraham n'est pas celui de l'avancée
d'une idéologie partisane, c'est être collaborateur
avec le Créateur (en connaissant sa science de fonctionnement
positif du monde) pour faire réussir l'homme.
Pour cela, il faut que la terre d'Israël soit
le foyer de cette purification personnelle, de toutes les dimensions
du corps et des activités de l'homme, il faut que ce sionisme-là,
celui du Tsione de la Torah soit compris comme une marque de contrat
orienté vers la plénitude du Jardin d'Eden et de
Jérusalem dont le centre est ce Saint des Saints où
se réalise le face à face d'amour.
L'homme, comme Avraham devrait considérer
son corps avec cette dignité, et le corps de l'autre également,
sans cesse comme les deux chérubins dans le Saint des Saints.
La terre d'Israël, vue ainsi par la tradition juive,
n'est pas une terre de refuge ni une terre comme les autres
terres, à l'image de celle des autres cultures.
Posons quelques
questions pour réfléchir dans cette perspective
:
- si le projet est si beau, pourquoi alors le fuir
? Pourquoi s'évader vers des modèles d'autres sociétés
? Pourquoi cette volonté de vouloir détruire cette
relation d'habitation heureuse en soi, dans le duo fraternel ou
d'amour, entre les peuples voulu par le Créateur pour le
vivre ensemble ? Pourquoi fuir le foyer d'exigence de toute la
culture juive et de son pouvoir moteur, et partir vivre ailleurs
?
Le Chla explique, 100 fois plus fortement que notre
texte, la beauté de cette terre comme foyer, et la circoncision
en relation à cette image; il insiste avec textes du Talmud
à l'appui, sur le manque dû à l'éloignement
et à l'adhésion à d'autres terres et à
leurs dieux que représentent la vie d'ailleurs que ce qu'elle
est sur ce lopin de terre d'Israël; comme de nombreux grands
Sages, le Chla a du s'enfuir avec difficulté de sa communauté
et de ses proches pour parvenir à... gagner (au double
sens magnifique) la terre d'Israël. Il y a rencontré,
comme beaucoup de ôlim les affres, les souffrances et persécutions.
Mais il était arrivé dans le sanctuaire de la vie.
Là, il a pu se mettre avec facilité à écrire
ce qu'il vivait, exprimer la cohérence des textes et de
l'atmosphère. Er il a intitulé son commentaire du
lire des prières : Châr hachamayim, le "portail du
ciel" pour cela, dit-il.
Certes, il est donc normal d'y vivre violemment
la violence, les agressions de tous ordres, les blessures qui
sont le lot de cette montée, ce que l'on appelle les yissourim.
Mais il y a une cohérence que le Juif ne
peut trouver nulle part ailleurs, entre soi et les autres, entre
l'homme et la femme, soi et la terre, le haut et le bas, l'ici
et les autres peuples, le corps et la néchama (qui s'exprime
dans les initiales de ces deux mots gouf -corps- et néchama
-âme- qui forment le mot gane (jardin d'Edén).
Le Juif peut désirer cette cohérence,
mais il y a "Quelqu'un" qui la désire plus que lui pour
s'y délecter avec l'homme, c'est le Créateur qui
exige toujours cette terre : érets achér Hachém
eloqékha dorech ota tamid (Dévarim 11, 12).
Cette union des niveaux de l'être et des êtres
sur la terre d'Israël est exprimée aussi par l'union
indissociable de la qualité de la relation de l'homme à
l'homme, et de l'homme à la terre comme les deux mots de
même racine le disent : adam (homme) et adama (terre). Et
le mot guéoula (libération finale) a aussi la même
guématria.
Retour à
la synthèse du premier verset : Lékh lékha
Rabbénou Yaâqov Abou'hatséra
(lumière du judaïsme marocain qui peina pour s'extraire
de sa communauté afin de gagner la terre d'Israël
et mourut à l'arrivée aux portes comme Moché
en s'y rendant, en traversant l'Egypte), montre dans Ma'hsof hallavane,
commentaire de la Torah, que la structure du premier verset de
notre paracha résume tout cela.
Il dit qu'Avraham venait enfin, sur le tard, de
découvrir toute la beauté de la terre (d'Israël)
comme lieu central, et recevait l'appel encourageant de Dieu pour
aller dans cette voie; et il doutait de soi-même (qui ne
connait cela !).
Il se voyait pétri en lui-même d'une
autre nature, sur trois points, car:
- il était imprégné d'une terre et culture
qui sont impures en comparaison,
- il se sentait issu d'une relation intime entre les parents qui
n'avait pas toute cette richesse et pureté intérieure,
- il voyait bien qu'il sortait d'une famille qui participait à
l'adhésion et au culte des autres valeurs (avoda zara).
Alors, dit le Rav, Haqqaddoche Baroukh Hou a été
contraint d'enlever ces doutes du coeur d'Avraham, par ce premier
verset qui disait :
- va au plus profond de toi (lékh lékha),
- et tu verras que tu conviens dans ton être même
(raouye mi tsad atsmo),
- et donc aucun empêchement venant de l'extérieur
ne sera pertinent (choum meniâ mi tsad zoulato).
C'est pour cela que le verset lui dit sur ces trois
plans que rien ne gêne sa montée:
- ni ton pays qui t'a imprégné (méartsékha),
- ni la relation de tes parents (mimoladtékha),
- ni les cultes de ce lieu (mi béite avikha).
Ôte donc de ton esprit (hassér mi libékha
ma'hchavate...) ces arguments extérieurs, et va vers toi-même.
La méditation sur cette paracha et ce dialogue interne
d'Avraham envers la fine fleur timide de son être qui veut
peut-être se déployer, m'a inspiré ce poème
qui le rend mieux que mes explications : "Timidité
sanctuaire". Est-ce à lui qu'il se le dit ou à
Sara dans son respect? De même, le poème "La
nouvelle fleur", en ce même contexte de gestation des
premières parachiyotes. Et le nouveau poème: L'important,
c'est la source.
Par une démonstration technique que je ne
rapporte pas ici, le Rav montre ensuite qu'il est dépeint
à Avraham comment chaque niveau de son être sera
plein de la bénédiction pour lui et pour les autres.
Ainsi, la circoncision de l'esprit et du coeur commençaient
en ce premier verset, par le tri et la délimitation,
pour qu'il entièrement dans le Sanctuaire et comme
Sanctuaire.
Le lecteur comprendra que, pour écrire ce texte, avec
l'aide de D., il a fallu suivre exactement la méthode
indiquée: chercher toutes les questions, placer cette
loupe avec ces Sages différents, intégrer cet
enseignement, le laisser s'expanser dans les différentes
dimensions de notre être et de notre vie. Puis écrire,
pour bien préciser, pour stabiliser. Ensuite, laisser
à nouveau s'imprégner et le traduire dans l'existence.
C'est ce parcours que nous propose la Torah et que je vous propose.
Cela prend du temps. Comme la goutte d'eau tape lentement mais
avec répétition la roche la plus dure et la perce.
Ribbi Aqiva l'avait compris, il commença à étudier
à 40 ans et progressa ainsi très vite.
Bonne route.
Et Avraham et Sara le réussirent bien plus tard encore.
Lekh lékha a comme guématria 100. La paracha nous
donne le secret pour atteindre les 100 bénédictions
de plénitude dans le concret véritable.
Nul doute que cette semaine, tous les rabbins dans le monde
entier vont dévoiler ce programme enthousiasmant à
leurs Juifs et les inciter à monter alors vers la terre
d'Israël comme le demande la paracha!
Lectures
- la paracha.
- les références citées dans le texte de
cette étude.
- lire lentement le commentaire de Rachi sur la paracha et réfléchir
dessus à la lueur de ces commentaires.
Mieux vaut lire peu en sensibilité et en se laissant questionner
que lire beaucoup et cérébralement.
Développement personnel
Après la compréhension du débat
présenté par le Chla à travers tout ce commentaire,
faire l'effort de formuler (par écrit, c'est mieux):
- les questions que cela pose dans la vie du Juif,
- puis les questions intérieures et personnelles posées
par ces commentaires, chaque fois en laissant le texte nous interroger
à travers notre expérience personnelle de la vie
et des dimensions touchées ici.
- échanger là-dessus, avec qui sera capable d'écouter
et de ne pas en faire un débat qui soit théorico-politique.
Développement personnel
du couple
Cette paracha nous a donné des outils de
compréhension remarquables pour la vie du couple. Non seulement
Avraham nous a enseigné la nécessité d'aller
avec courage vers la découverte et la réalisation
de soi (et nous avons à faire un examen de conscience rigoureux
personnel sur ce point),
mais il nous a appris, aussi et surtout, à avoir la même
démarche concernant le conjoint ou la conjointe. Dans mon
expérience professionnelle de psychologue, je reçois
de multiples "bons" couples qui ne pensent nullement
à se séparer mais où une souffrance vient
du point sur lequel nous avons mieux compris dans la paracha:
Avraham était assoiffé de découvrir qui était
vraiment Sarah, et en toutes ses dimensions. Et il est parvenu
à la comprendre, et à le lui dire avec le maximum
d'attention. Reportez vous à ce passage.
A nous de faire et ensemble, ce même examen de prise de
conscience. Le conjoint peut nous éclairer beaucoup sur
le fait que nous avons vraiment découvert et compris et
satisfait ou non. Et réciproquement.
Quelques bonnes questions
- énumérer les épreuves d'Avraham, et trouver
leur sens dans la progression.
- énumérer les épreuves de Sarah, et trouver
leur sens dans la progression.
- rechercher le sens des changements de noms d'Avraham et Sarah
(ici lien
sur le changement dans le nom).
- quelle est la peine encourue pour celui qui ne se circoncit
pas, et pourquoi.
Dimensions éducatives
de la paracha
La troisième partie de la méthode
du Chla dans l'étude de la paracha concerne le dérékh
éréts, la voie qui nous indique le bon comportement
dans les relations à autrui. On la nomme également
moussar ou morale. Il ne s'agit pas d'un code pratique de bonne
conduite mais de règles qui découlent de la nature
même de notre être, de la nature commune des humains
entre eux, et de leur relation commune au Créateur dont
il sont image.
Dans cette ligne, nous nous basons ici sur le livre
Méâm loêz. C'est une oeuvre populaire sur la
Torah et d'initiation au judaisme, publiée en 1730 à
Constantinople en judéo-espagnol par le Rav Yaâqov
Couli pour ramener les juifs ignorants ou égarés
par la triste épopée de Sabbataï Tsvi. Cet
ouvrage écrit en ladino (mélange d'hébreu
et d'espagnol le plus proche de l'espagnol du 18e siècle)
est d'une grande qualité dans sa connaissance des middrachim,
de la Michna, du Talmud et du Zohar et dans sa forme pédagogique;
en effet, il ne cherche pas à écrire dans le style
du genre mais il veut être compris par tous. Il ne termina
que Béréchite et une partie de Chémote mais
d'autres grands auteurs ont complété son oeuvre
en gardant son style d'écriture. Tous les Sépharades,
hommes et femmes, depuis lors avaient lu cet ouvrage. Ce n'est
pas un livre simplifiant le judaïsme mais c'est "el gran
comentario biblico sefardi".
Présentons brièvement
quelques extraits
1. Quitter ses proches quand cela est nécessaire.
Avram a 75 ans quand il quitte son père Téra'h qui
en a 145. Et à la mort de Téra'h, Yits'haq aura
35 ans. Comme le dit la Torah, Avram a participé à
ce monde d'idôlatrie et de science, de grandeurs et d'erreurs
et, pour aller vers lui-même (lékh lékha)
afin de se trouver vraiment il quitte ses parents, sa parenté,
sa patrie, sa terre et sa culture.
Mais ce n'est pas lui qui en a décidé, il en a reçu
la proposition de D.ieu. Dans les choix de vie, nous ne sommes
pas seuls.
Il faut savoir dépister les confusions et les erreurs puis
faire les choix. Nos textes disent alors que celui qui ne fait
pas le choix d'aller vers la vie et reste dans la médiocrité
et l'erreur est considéré comme mort alors qu'il
semble vivre, être heureux et riche. C'est un homme sans
néchama, sans âme, c'est la définition du
cadavre.
Il ne s'agit nullement de mépriser les autres, il ne s'agit
que d'aller vers le meilleur de soi.
C'est toute une éducation qui peut donner progressivement
le sens de ces distinctions, le sens de ces choix, le courage
de les faire toujours, et de les faire sans jamais mépriser
les autres. Et d'interroger toujours l'orientation de ses propres
choix de vie, d'abord en fonction de l'éclairage de la
Torah.
Finalement ce choix devient même fructueux pour les autres
car des middrachim disent que Téra'h a fait téchouva.
2. La stérilité
On remarque que Avram et Saraï étaient stériles
et dans l'incapacité biologique d'enfanter. Seulement le
passage à la terre de vie qu'est Israël leur a donné
cette capacité. Ne pas l'oublier.
3. Voir les signes
Avram est encore entouré d'idôlatrie et pas arrivé
à l'épanouissement de son être quand il entend
ce lékh lékha. Il y va, il décide et marche
alors qu'il est encore bien loin de tout ce qu'il souhaite atteindre.
La guématria de lékh lékha est 100: à
100 ans, il recevra l'enfant espéré. Il faut savoir
percevoir les signes, y donner foi et avancer dans le noir. Le
Sage est celui qui voit le nolad, ce qui pointe.
4. Les étapes
Avram n'est pas parvenu en un seul voyage à son but mais
il lui a fallu plusieurs fois repartir pour l'étape suivante.
Il ne prenait pas El Al pour arriver en quelques heures en Israël.
Et à quel âge ! Cela nous enseigne qu'il faut avoir
cette sagesse: savoir que l'idéal n'est pas atteint après
la première étape, continuer jusqu'à l'atteindre
après avoir payé le prix de très nombreuses
fois. Si Avram n'avait pas fait cela, s'il n'avait pas tenu en
chaque étape, il n'y aurait pas reçu les autres
bénédictions, ni l'enfant, ne serait pas devenu
une grande nation, il ne serait pas devenu une bénédiction
pour les autres nations.
5. La fidélité
précise
Tout cela s'est produit parce que Avram, puis Avraham, l'a fait
immédiatement quand et comme cela lui a été
dit. Pour cela le texte emploie le mot kaachér qui signifie
"quand" et "comment". Avram n'a pas fait "à peu près"
en préservant ce qu'il fallait faire et ses autres intérêts.
Ni les autres considérations, argument toujours utilisé
quand on ne fait pas les avancées que l'on trouve saines
vers l'étude, vers la vie selon la Torah, vers la terre
d'Israël, vers la vie dans la communauté juive.
6. La solidité
Pourquoi Avraham va-t'il cependant avec Lot qui, par de nombreux
côtés, n'est pas droit ? C'est que lorqu'un homme
a réussi à vivre dans le bien de la Torah pendant
de nombreuses années, il n'a plus la fragilité qu'il
avait avant et il peut résister.
7. Sentir la difficulté
et réaliser quand même
Le texte énumère à Avram les réalités
qu'il va devoir quitter. Cela est dur et cruel. C'est qu'il est
indispensable de ressentir ce que l'on va abandonner pour parvenir
à le quitter vraiment.
8. Les forces se renouvellent
Avraham est l'exemple de ce que dit la michna qui termine le Traité
Kiddouchine: "celui qui vit de la Torah, se revivifie sans
cesse; ses forces se renouvellent ; ses énergies surabondent
à chaque fois". Par tout cela, Avraham a su trouver
"le" bouclier dont chacun a besoin dans la vie, et continuellement.
Voilà pourquoi la première bénédiction
de la âmida est intitulée: bouclier d'Avraham, maguéne
Avraham.
9. Réussir la transmission
aux enfants et ils sont différents de nous
Pour tout cela, Avraham a mérité que sa Torah, sa
forme de vie, se transmette aux générations suivantes
qui étaient très différentes de lui et entre
elles. Voilà pourquoi on commence la âmida en disant
Eloqé Avraham, Eloqé Yits'haq, Eloqé
Yaâqov. Chaque fois, la relation avec D.ieu est différente
car chaque individu est différent et cela est affirmé
et respecté ; mais chacun dans sa différence est
reconnu comme relié effectivement à D.ieu.
Il n'y a pas d'uniformité dans le judaïsme. Que l'on
arrive aussi au respect de tous et chacun, dans sa forme différente
de relation à D.ieu, au même D.ieu Créateur.
Dont nous ne sommes chacun qu'une parcelle d'image.
Il faudra mener son lékh lékha jusqu'à
son propre développement absolument PERSONNEL
et, en Juif, à l'image d'Avraham, il devra continuer cela
perpétuellement d'âge en âge jusqu'à
la plus longue vieillesse.
Photo de l'auteur
à l'image de ce splendide coucher
de soleil devant ma fenêtre.
Encore faut-il ouvrir nos yeux sur les cadeaux qui nous
sont faits.
Et ici ( cliquez), 14
photos illustrant le refus obstiné de l'humanité
d'aller vers le développement personnel, et parvenant
à faire de cet échec une oeuvre de beauté
artistique appréciée de chacun. C'est "la
bonne conscience meurtrière" . En ce même
jour où je place ces photos, plusieurs centaines de Juifs
originaires d'Ethiopie qui ont lutté pendant de nombreuses
années pour atteindre leur idéal (Israël) manifestent
devant les bureaux du Premier ministre, alors que tout le mode
est excité par les élections américaines
et israéliennes. Ces Juifs disent qu'ils ne cesseront leur
grève que lorsque leurs problèmes de manque de nourriture
et de travail qui continuent seront réglés. Ils
disent sur les ondes dans leur hébreu laborieux: c'était
un rêve pour nous, et c'est un cauchemar. Quand les Juifs
ne vont pas, ensemble, vers le Lekh lékha, voilà
où on en est, comme envers les survivants de la Choa, dans
l'indifférence générale . De même envers
les adultes ou jeunes qui ne reçoivent pas d'éducation
juive.
Toute la dynamique
à laquelle s'affronte Avraham (abandonner
les écorces imparfaites qui enserrent
le meilleur du monde et se relier uniquement
à ce meilleur dans une confiance
totale)
est celle qui s'exprime aussi dans la prière
de Alénou lé Chabéa'h
que nous disons à la fin de chacune
des 3 prières de la journée.
Après avoir amélioré
progressivement notre niveau, nous allons
rentrer dans les activités avec leur
complexité et leur violence et leur
impureté mélangée à
la pureté.
Alors, nous nous enveloppons de la lumière
divine comme d'une écorce de lumière
qui protège et anéantit la
force des autres écorces. Relire
la page qui est consacrée à
cette prière et que nous pourrons
lire aussi dans l'axe d'Avraham dans notre
paracha.
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