41e Paracha : Piné'has
Sens juif de la mort
Comment vaincre la mort dans le peuple.
Une question bien d'actualité.
Bamidbar (Les Nombres) 25,10 - 30, 1
Commentaire par le
Rav Yehoshua Ra'hamim Dufour
basé sur les livres de nos
Sages
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Cette paracha est dédiée pour
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de la néchama de Ribbi
Moché Yossef ben Raphaël Zénou (lien ici),
zal,
qui a bien voulu être avec affection
pendant 21 ans le maître qui m'a transmis les téâmim
(lien ici) de la Torah, et dont
les lecteurs reçoivent directement la ferveur, le respect
et l'amour pour chaque lettre de la Torah. Il
est décédé le 16 Tamouz, jour également
de la naissance de son élève, votre serviteur.
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Premier niveau
Après toutes les attaques contre Israël dont nous avons été
témoins dans la paracha précédente Balaq (si semblables
à l'actualité), Israël faiblit et le peuple se laisse
démoraliser par une nouvelle arme utilisée contre son
identité
et ses valeurs propres : l'immoralité. En Israël également,
de nos jours, le débat porte sur cette question dans la tenue
(tsénioute),
dans les manifestations publiques de provocation, dans les programmes
de TV, les publicités et maisons de prostitution, les attaques
sexuelles de politiciens ou hauts responsables contre des femmes travaillant
dans leur service, et les juges qui les couvrent en falsifiant les
actes
d'accusation,
etc. En citant cela, il ne s'agit pas d'un intégrisme
mais d'un minimum de défense
des droits de l'homme
à l'identité humaine et juive.
Déjà, dans Béréchite 27. 22 il était
dit : " la voix est la voix de Yaâqov mais les mains sont celles
de Essav (Esaü) ".
Les Sages remarquent que le premier mot voix (qol) est écrit
sans une de ses lettres : cela indique que si la voix du Juif est faible,
la force de l'ennemi augmente en conséquence. Mais, attention,
il ne s'agit pas de crier, il ne s'agit pas seulement de revendiquer
nos droits, ni de hurler à juste titre contre la désinformation
(il faut le faire), il s'agit de parler à haute voix personnellement
et collectivement dans la Torah. Le middrache Béréchite
Rabba 65, 21 rapporte ceci:
"- les nations dirent : comment pourra-t'on réduire à
plat (terme vulgaire) cette nation ?
- on leur dit: allez observer leurs maisons d'étude et leurs synagogues
et tant que l'on entendra la voix des enfants du peuple qui étudie
la Torah à voix forte et affirmée, vous les ennemis et les
nations vous ne pourrez rien contre Israël pour l'abattre,
im atém métsatém cham tinoqotes métsatségine
béqolane eïne atem yékholim léhizdavég
la hém".
"Yaâqov (Israël) ne subsiste et ne domine que par sa
voix (de la Torah): eïne Yaâqov choléte élla
véqolo".
"Quand Yaâqov crie ce qu'il a à dire, alors les mains
(meurtrières) d'Esaü (la civilisation occidentale) restent
impuissantes : ouvéchaâ che Taâqqov métsatsef
béqolo... eïne yédé Esav cholétim".
Dans notre paracha, quelqu'un parvient à réagir, c'est
Piné'has
(symbole de celui qui sera Elie, prophète qui amènera la
libération finale). La paracha analyse avec précision
quel type de réaction peut sauver le peuple. Il nous est donc
indispensable d'étudier
cela très sérieusement sans raccourcis simplistes. Indispensable,
car il s'agit de défendre la vie contre
la mort.
La haftara (I Rois 18. 46-19, 21) nous montre combien D.ieu nous demande
un courage qui surmonte les fatigues et les persécutions pour vaincre
de tels ennemis avec Son aide. N'oublions pas ce courage qui nous est
demandé comme condition. C'est ce qui est demandé aussi
à Yehoshua dans le premier chapitre de son livre. Lire ces références.
Résumé de la paracha
1. Numériquement
Elle est la paracha la plus utilisée
dans les offices et prières
des fêtes. Elle comporte 168 versets, et c'est la 2e de la Torah
en longueur;
(et 1887 mots, soit la 9e pour le nombre de mots;
et 7853 lettres, soit la 4e pour le nombre de lettres).
Elle est écrite sur 280 lignes. Elle transmet 6 mitsvotes positives ou
de prescription, et 0 mitsva négative d'interdiction.
2
. Les thèmes de la paracha
Piné'has a arrêté la ruse des Madianites qui utilisaient
les charmes de leurs femmes pour séduire les Israélites
et les vaincre. Rachi dit :
"kéché taqaf yitsro âlav, au plus fort de la
passion
véomér la : hichaméî li, quand il disait
à la fille : exauce-moi,
vé hi motsia lo démoute péôr mé'héqah,
elle sortait une image de son idole
véoméréte lo : hichta'hava lazzé,et
disant : prosterne-toi devant ceci".
De siècles en siècles, la tactique est la même : démoraliser
Israël (paracha
précédente) et l'éloigner de son D.ieu par des
séductions pour lui faire choisir d'autres valeurs reconnues, lui
promettre la paix avec autrui en échange d'un suicide personnel.
Et ils sont nombreux, comme dans cette paracha-ci, les leaders du peuple
juif qui contribuent à cette campagne continue de dénigrement
d'Israël, et ils sont félicités alors pour des prix culturels et reçoivent
subventions et subventions pour soutenir leurs campagnes: ils parcourent
le monde pour plaire aux autres peuples, au prix de la
mort
véritable
de leurs membres.
En plus, en chaque génération des millions
de Juifs disparaissent aussi par assimilation vers les autres valeurs
pour
ne pas oser choisir les siennes devant autrui. La Torah nous enseigne
sur ce problème structurel de notre peuple par l'exemple prototypique
de cette paracha.
Piné'has arrêta toute cette dérive et, du même
coup, il stoppa la mort qui se répandait dans le peuple
et
elle avait déjà tué 24000 personnes.
De cela, il a mérité qu'un youd superflu soit ajouté
à son nom.

Que symbolise-t-il ? Réfléchissez-y. Il a mérité
aussi de recevoir l'alliance de paix et ce mot chalom a la lettre
vav (le son o) brisé

comme s'il était.../... (à vous aussi d'y réfléchir).
Extrait en hébreu avec phonétique et traduction
Vayédabbér Hachém el Moché lémor
Piné'has bén Elâzar bén Aharone haccohén
héchiv éte 'hamati méâl bnéi Yisrael
béqaneo éte qineati bétokham
vélo khiliti éte bénéi Yisrael béqineati
"Hachém parla à Moché en disant :
Piné'has, fils d'Elâzar, fils d'Aharone le prêtre,
a détourné ma colère de dessus les enfants d'Israël
en assouvissant ma vengeance au milieu d'eux,
en sorte que je n'ai pas anéanti les enfants d'Israël dans mon indignation".
Il y a eu 24000 morts dans ce désastre de la séduction
qu'a arrété Piné'has. Quand on sait qu'il y a 24 livres
dans le Tanakh, la Bible, cela veut dire que se détourner
à un tel point de la Torah sur l'essentiel, conduit le peuple à
une mort certaine.
2.
Autre sens des chiffres, un nouveau recensement est demandé
; dans la proclamation des résultats, on y fait état des
personnes qui firent le bien et le mal (par exemple, on distingue le mal
de Qora'h et le bien de ses fils (26, 10-11). Les chiffres sont précis,
par familles, pour que chacun reçoive sa part de l'héritage
que Hachém donne à son peuple, Sa terre (ch 26, 53)
: Hachém parla à Moché pour dire : à
ceux-là sera partagé le pays comme héritage selon
le compte des noms", lééllé té'haléq
haaréts béna'hala bé mispar chémote.
Ce second recensement permet aussi de constater qu'il ne restait pas
un seul homme de tous ceux qui avaient été dans le désert
hormis Moché, Yehoshua et Caleb. Par contre, les femmes ont vaincu
les épreuves morales et ont toutes survécu. Ne l'oublions
pas et tirons-en les enseignements.
3.
Au chapitre 27, les filles
de Tsélof'had demandent à Moché de recevoir l'héritage
de leur père et cela leur est accordé. Puis Hachém
dit à Moché
d'aller contempler de loin la terre d'Israël et qu'il mourra
ensuite. Que l'on aille ici lire le texte "Voir
Israël et vivre" et la photo prise depuis cette région
au delà du Jourdain.
4.
Moché transmet les pouvoirs et instructions à Yehoshua.
Est dit alors le texte qu'on lit chaque jour dans la prière sur
l'offrande quotidienne du pain et des agneaux et du chabbate, et l'ordonnancement
des sacrifices des différentes fêtes.
La paracha se termine par cette phrase : "Moché redit aux enfants
d'Israël tout ce que Hachém lui avait commandé".
Les mitsvotes dans la paracha
La paracha présente les six mitsvotes 400 à 405 (allez les
voir) :
- faire passer l'héritage à la fille quand il n'y a pas
de fils (27, 8), véhaâvartém éte na'halato
lévito, voir aussi Chouk'hane Aroukh, partie intitulée 'Hochén
michpate 276-289.
- le sacrifice de l'holocauste perpétuel, ôla tamid
(28, 2),
- le sacrifice des deux agneaux, chéné-khévassim
(28, 9),
- le sacrifice de ôla du premier jour du mois (28, 11), voir
aussi Rambam, Michné Torah, Avoda, Témidim oumoussafim.
- les sacrifices de la fête de Chavouôte, ouvéyom
habbikourim... véhiqravtém ôla (28, 26-27),
- entendre le chofar au nouvel an, Roche Hachana, yom térouâ
yiyé lakhém (29, 1). voir aussi Chouk'hane Aroukh, Ora'h
Hayim 585-590.
A travers tout cela (Pin'has ou les mitsvotes), la mort est présente
au coeur de la vie (comme un péril menaçant pour ceux
qui n'ont pas le discernement et pour ceux qui ne savent pas s'approcher),
par les sacrifices qui réorganisent un rapprochement qui ne soit
pas dangereux pour l'homme, et par la mort de Moché qui est dans
un ordre de passages difficiles mais nécessaires.
Nous devons comprendre cette "inclusion de la mort dans la vie"
; le Chla ha Qaddoch (le Saint) nous éclairera sur ce point.
A partir du caractère extraordinaire de la mort de Nadav et
Avihou, le Chla centre souvent son commentaire sur le sens de la mort
dans
ses différents ouvrages, je vais synthétiser son enseignement
sur cette question.
Il s'appuie sur le verset de Job 40, 7 pour dire que l'innocent
(Piné'has) a été épargné des fléaux
tandis que les justes (Nadav et Avihou) ont succombé mais le zèle
de ces derniers est entré en lui comme l'indique le mot na
de ce verset qui est composé des initiales de leurs deux noms (Nadav et
Avihou) et
Piné'has accéda au rôle de grand prêtre (cohen
gadol) qu'ils n'avaient pas pu accomplir : c'est pour cela qu'ils sont
souvent nommés dans la Torah après leur mort comme les fils
de Aharone comme s'ils avaient réussi cependant à accomplir
une part de la mission que Aharone devait transmettre à ses fils.
A partir de ces affirmations positives, opposées aux échecs
dans la mort, le Chla montre comment se fait la transmission de l'esprit
ou même la transmission partielle de l'essence de quelqu'un à
d'autres (Moché vers Yéhoshua ou même Moché
vers chaque Juif).
Cette paracha nous transmet un enseignement peu habituel sur ces questions
essentielles de toute existence (passage où l'on rencontre la mort),
et sur lesquelles la pudeur ou l'absence de repères nous conduisent
souvent au silence et à abandonner à la solitude celui qui
traverse ces épisodes et que l'on aime pourtant.
Erreur de ceux qui usent de l'argument mensonger : "le judaïsme
s'occupe de la vie et non pas de la mort" pour camoufler l'enseignement
que D.ieu et nos Sages nous ont donné pour mieux vivre en discernant
les liens subtils vie-mort.
Second niveau
Cette étude-ci à partir de la paracha, prend la forme de
ce que l'on appelle "pensée juive" (ma'hchévéte
Yisrael).
Résumé
Les nombreuses fois où le Chla ha Qadoche traite le problème
de la mort, il la situe dans une perspective entièrement positive,
optimiste, d'un cycle ternaire (union, brisure, réunification);
on pourrait dire aussi que sa position est originale tant la mort est
rarement présentée en ce sens dans les commentaires
habituels.
Certes, il est connu que le judaïsme situe la résurrection
des morts comme une phase ultérieure au-delà du monde actuel
mais l'attitude générale des opinions exprimées se
résume souvent à ces postulats :
- la résurrection serait pour nous une question secondaire par
rapport à l'existence présente,
- le judaïsme serait du côté des vivants et ne se
préoccuperait pas de ce qui concerne la mort,
- le judaïsme ne chercherait pas à connaître ce qui
se passe après la mort car les choses visibles appartiennent aux
hommes et les choses invisibles à D.ieu.
En fait, ces positions syncrétiques sont souvent un mélange
- d'ignorance.
- de réaction de défense contre l'attirail théâtral
concernant la mort de la part de religions qui ont puisé quelques
éléments de la tradition biblique pour bâtir une nouvelle
croyance qui, de plus, prétend souvent se substituer au message
juif,
- de réaction phobique contre la mort (il n'y a pas dans le judaïsme cette
exhibition continue du gibet et de l'agonisant que le christianisme place partout
dans les chambres, sur les toits, au cou en collier, etc),
- de défense contre des pratiques populaires qui semblent plus
guidées par la crédulité que par la véritable
tradition.
Pour bien comprendre ces différences entre le judaïsme et ce qui en est sorti
sous la forme du christianisme, prenons un seul exemple, celui du célèbre
tableau de la Crucifixion par Matheus Grunewald,
raconté ici
par
Huysmans au Musée d’Unterlinden, à Colmar:
"C’était
... devant une crucifixion de Mathaeus Grünewald.
Et il frissonna dans son fauteuil et ferma presque douloureusement les yeux.
Avec une extraordinaire lucidité, il revoyait ce tableau, là,
devant lui, maintenant qu’ il l’ évoquait ; et ce cri d’ admiration
qu’ il avait poussé, en entrant dans la petite salle du Musée
de Cassel, il le hurlait mentalement encore, alors que, dans sa chambre, le
Christ se dressait, formidable, sur sa croix, dont le tronc était traversé,
en guise de bras, par une branche d’ arbre mal écorcée
qui se courbait, ainsi qu’ un arc sous le poids du corps. Cette branche
semblait prête à se redresser et à lancer par pitié,
loin de ce terroir d’outrages et de crimes, cette pauvre chair que maintenaient,
vers le sol, les énormes clous qui trouaient les pieds. Démanchés,
presque arrachés des épaules, les bras du Christ paraissaient
garrottés dans toute leur longueur par les courroies enroulées
des muscles. L’aisselle éclamée craquait; les mains grandes
ouvertes brandissaient des doigts hagards qui bénissaient quand même,
dans un geste confus de prières et de reproches; les pectoraux tremblaient,
beurrés par les sueurs; le torse était rayé de cercles
de douves par la cage divulguée des côtes; les chairs gonflaient,
salpêtrées et bleuies, persillées de morsures de puces,
mouchetées comme de coups d’ aiguilles par les pointes des verges
qui, brisées sous la peau, la dardaient encore, çà et
là, d’ échardes. L’ heure des sanies était
venue; la plaie fluviale du flanc ruisselait plus épaisse, inondait
la hanche d’ un sang pareil au jus foncé des mûres; des
sérosités rosâtres, des petits laits, des eaux semblables à des
vins de Moselle gris, suintaient de la poitrine, trempaient le ventre au-dessous
duquel ondulait le panneau bouillonné d’ un linge; puis, les
genoux rapprochés de force heurtaient leurs rotules, et les jambes tordues
s’ évidaient jusqu’ aux pieds qui, ramenés l’ un
sur l’ autre, s’allongeaient, poussaient en pleine putréfaction,
verdissaient dans des flots de sang. Ces pieds spongieux et caillés étaient
horribles ; la chair bourgeonnait, remontait sur la tête du clou et leurs
doigts crispés contredisaient le geste implorant des mains, maudissaient,
griffaient presque, avec la corne bleue de leurs ongles, l’ ocre du sol,
chargé de fer, pareil aux terres empourprées de la Thuringe.
Au-dessus de ce cadavre en éruption, la tête apparaissait, tumultueuse
et énorme; cerclée d’une couronne désordonnée
d’épines, elle pendait, exténuée, entr’ouvrait à peine
un oeil hâve où frissonnait encore un regard de douleur et d’effroi;
la face était montueuse, le front démantelé, les joues
taries; tous les traits renversés pleuraient, tandis que la bouche
descellée riait avec sa mâchoire contractée par des secousses
tétaniques, atroces. Le supplice avait été épouvantable,
l’agonie avait terrifié l’allégresse des bourreaux
en fuite". Le judaïsme et le christianisme ne peuvent pas être confondus
dans le concept unique de "civilisation judeo-chrétienne".
Au lieu d'en rester là sous l'effet de l'assimilation, il est souhaitable
d'entendre la conception du judaïsme présentée par
des Sages qui sont reconnus comme ayant une connaissance sûre
et complète de la tradition. Alors, il n'y aura point
de phobie ni d'exaltation susceptible de dérapages.
|
Le Chla s'appuie sur le fait que tous les exemples
rapportés de mort (comme celle des fils d'Aaron ou de Zimri
par Piné'has), nous ont été transmis non comme
un événement au sein d'une vie individuelle mais comme
un événement concernant l'ensemble de la communauté,
parce qu'il s'y cache un enseignement majeur et concernant chaque
membre du peuple.
|
Nous connaissons les faits, voyons-en l'interprétation.

Voici le début du commentaire du Chla sur la Paracha de Piné'has
:
"Béni celui qui a fabriqué l'homme par la Sagesse,
je tiens à le dire
pour que l'homme soit Sage et se comportant avec intelligence par un corps
pur et une âme ayant sa source dans le Tout-Puissant,
qu'ils soient un,
égaux dans leur orientation vers le bien,
qu'ils soient attachés à Hachém
et vivent pour toujours".
Reprenons chaque séquence.
"Béni celui qui a fabriqué l'homme par la Sagesse" :
Il faut concevoir la mort en la situant dans un monde où tout
est bénédiction, c'est-à-dire flux de vie depuis
la source de vie dans une procession qui crée chaque composante
du monde à chaque instant; et il ne faut concevoir l'homme que
dans cet ensemble.
Continuons.
..."pour que l'homme soit Sage et se comportant avec intelligence par
un corps pur et une âme ayant sa source dans le Tout-Puissant,
qu'ils soient un".
Dans ce monde ainsi planté, même s'il y aura ensuite une
division de l'homme par la mort et donc une destruction (réelle
et partielle), il ne faut pas que, par un retour en arrière de
cette destruction sur notre vision de l'homme vivant, nous concevions
l'homme comme divisé. Non, car l'homme est une unité composite
et cette unité trouve son point de jonction en sa source
qui est au-dessus de lui. Les deux composantes doivent donc être
perçues dans leur unité.
Continuons.
..."qu'ils soient un, égaux dans leur orientation vers le bien,
qu'ils soient attachés à Hachém et vivant
(au singulier) pour toujours"...
Cette unité est une unité orientée, de par
son origine, mais aussi de par sa destination ; et c'est l'homme qui peut,
par sa volonté et sa conquête progressive de lui-même
réaliser ce plan. Le Chla tire la conclusion rapide de cette vision
synthétique : le but de tout cela est, pour l'homme, la vie
et une vie sans arrêt ni rupture.
Pour poser le problème de la mort, le Chla présente ainsi
la conception du judaïsme avec la force qu'a un socle pour une statue
: avec assurance et stabilité. Nous devons donc essayer de situer
seulement dans ce contexte ce qu'est la mort que chaque homme connait
bien et qu'il ne peut ni gommer ni atténuer.
Le Chla ne simplifie pas l'approche de ces questions difficiles car il
ose parler, autant pour l'âme que pour le corps, et ensemble, d'une
vie qui sera sans rupture et durera ;

il ajoute que cette unité systémique de l'âme et du
corps doit être adhérante, collante à Hachém
qui, bien entendu, ne peut pas être atteint par aucune destruction.
Est-ce une conception personnelle du Chla ?
Non, car il précise immédiatement qu'il ne s'agit pas d'une
conception sur un point particulier, mais c'est la structure d'ensemble
de la Création telle que nous l'enseigne le judaïsme :
ki létakhlite zé nivra...
"car c'est pour ce dessein que l'homme a été créé"...
L'homme n'a donc pas été créé pour la mort
ni pour la séparation ni pour la division, et ce dessein positif
ne peut être aboli. Comment donc situer dans ce contexte, la
mort réelle que les hommes voient, rencontrent, ressentent et par
laquelle ils passent tous, eux-mêmes, leurs plus proches et tous
les autres ? Le Chla continue :
Omname haadam qilqél vé naâssé hagouf
'homér bichévira zohi hammita..."
traduisons : mais, l'homme a abimé (ce plan) et il en est découlé
que le corps a été fait de matière bourbeuse, destructible,
de l'argile de la terre".
Une des composantes de l'homme est devenue matière, reliée
davantage à la nature environnante qu'à la source divine
elle-même. Cette composante est d'abord écologique et participe
de ces rythmes de la nature visible.
vé éïne lo taqana élla bichévira,
zohi hammita..."et il n'est pas de réparation de ce dommage
si ce n'est par une brisure, et c'est cela la mort"...
Rien n'est dit de péjoratif envers le corps mais, simplement,
cet assemblage était devenu différent de son origine et de
son projet, et n'était plus selon l'unité lumineuse initiale
qui était elle-même totalement branchée sur sa source
de lumière.
Et, pour parvenir à nouveau à cet état optimal,
il faut une division du complexe actuel, une séparation et cette
séparation se fait au cours d'une phase brutale et difficile qu'est
la "brisure" (chévira).
vélo yétouqane âd léâtid ché
yavo machia'h, az yisma'h Hachém bé maâssav véya'hzoa
haôlam ké vité'hilate habbéria..."et
cela ne sera pas réparé jusqu'à cet à-venir
où
viendra le Messie (le Machia'h);
alors Hachém se réjouira
dans ses oeuvres, et le monde reviendra comme au commencement de la Création"...
Cette brisure est donc une phase partielle d'un processus positif qui
comporte trois phases :
- la brisure qu'est la mort,
- l'époque du Messie où il y aura
- la réparation et la restauration de l'état initial, la
joie de D.ieu face à ses oeuvres, le fonctionnement de la Création
comme il était prévu au commencement,
Commentaire sur la synthèse du Chla : la mort comme phase
Si un Juif n'a pas reçu l'enseignement de sa tradition, il ne
peut avoir cette conception large et optimiste de la mort : elle ne
sera présente à ses yeux que
- par le spectacle des cadavres immobiles,
- par la destruction du flux vivant des sentiments échangés
avec les êtres chers,
- par la destruction totale de leur vie,
- par la réaction continue de fuite vers les apparences de vie
(consommation, pouvoir, réassurance dans la séduction, possession
de l'argent, etc).
Cette conception de la tradition juive,
si elle ne retire rien des vécus douloureux individuels,
aussi bien chez celui qui va mourir que pour ses proches
et pour les endeuillés, situera autrement la
mort.
Celle-ci devient alors une phase
- temporaire,
- nécessaire pour séparer entre l'état
déficient et une nouvelle phase ;
- cette phase nouvelle sera vue comme une avancée
dans le processus global,
- une marche positive permettant l'accès à
une complétude plus harmonieuse, plus lumineuse, plus heureuse
et joyeuse, plus proche de D.ieu. Et peut-être des hommes.

|
La brisure et la souffrance subsisteront, d'autant que celui qui parle
actuellement aussi bien que ses lecteurs sont de cette composante tourbeuse
et trouble (rendue par le mot hébreu âkour) qui n'a
pas
une conscience habituelle ni constante des niveaux plus élevés
et qui est immergée dans le niveau des seules émotions
corporelles.
Ne pensez pas que je parle bien légèrement de la mort;
je puis vous assurer que je connais de très près ces passages
dans la vie de très proches, comme beaucoup d'entre vous.
Mais, simultanément, cet enseignement de notre tradition fournit
- une certaine part d'acceptation devant le fait qu'il n'est
pas de solution autre que cette déchirure pour continuer
dans la voie de la vie (c'est un peu l'expérience vécue
des poèmes),
- une certaine part de confortation apaisante et, par instants, plaçant
de côté le manque personnel, pour une réjouissance
qui repose sur un processus d'analyse rationnelle, de réflexion
envers le bonheur d'autrui qui est en marche, d'appréciation
positive sur le fait que D.ieu a distingué quelqu'un en le promouvant
dans les degrés élevés du développement
positif.
C'est pour cela qu'on parle de "hiloula" (mariage) pour le décès
des Sages qui accèdent ainsi à une union plus grande
avec la vie essentielle du monde qui est dans l'amour divin, dans le maqom
(lieu) qu'est D.ieu. Voyez dans les dates du mois, ces hiloulotes chaque
jour, ou bien dans le calendrier de vos communautés (lien ici sur
les hiloulotes et leurs significations et dates).
J'ai reçu cette note qui résume cet ensemble, du Rav André
Neher zal auprès de qui j'étudiais l'oeuvre du Chla
qu'il méditait sans cesse :
(Autographe personnel et précieux venant du
Rav André Neher.Lien
ici)
Elargissements de la perspective
du Chla sur la mort
La suite du commentaire du Chla sur la paracha situe ces phases successives
de
- phase de projet d'union dans la Création,
- phase de brisure,
- phase ultérieure de réunification
dans le champ individuel, dans le champ collectif, historique et dans
celui du monde physique.
Donnons seulement ses conclusions :
..."Et à cela font allusion les Sages zal dans le Traité
Pessa'hime, chapitre du sacrifice ; Ribbi Yo'hanane dit : il est
grand le rassemblement des exilés comme le jour où furent
créés en lui les cieux et la terre (duo) comme il est dit
"et ils seront rassemblés, les fils de Yéhoudah et les fils
d'Israël (duo) unifiés et on placera vers eux un seul chef
et ils monteront de la terre car grand est le jour de Yézréel"
(Osée 2, 2) et il est écrit "et il y eut un soir et il y
eut un matin (duo), jour un" (Béréchite, 1, 5). L'intention
en est celle-ci : quand ce sera le rassemblement en vérité
des exils au temps où vient le Messie notre tsaddiq,
alors la création se renouvellera dans une lumière nouvelle
dans l'intention (initiale) de la Création. Et s'unifiera le
corps avec le néféche (duo)."…
Apportons une simple précision : le néféche
qui est mis ici en parallèle avec le corps, n'est pas simplement
ce que la conception occidentale entend par l'âme ; c'est à
la fois la synthèse vivante de l'individu et ce que l'on entend
de nos jours par le psychisme et l'âme. Par contre, la dimension
la plus élevée de l'âme est la néchama
qui puise sa source originelle dans les processus divins et ce niveau reste
inaltérable. Pour ne pas entrer ici dans la complexité de
ces représentations de soi, nous conserverons le mot global de néféche.
Ce texte est placé sur le site en ce jour du 15 Tamouz, jour de la pleine lune
qui nous rappelle par sa plénitude après des phases partielles et d'obscurité,
que la plénitude existe et se réalisera. Torah visuelle écrite
devant nos yeux chaque soir.
 (Photo de l'auteur)
La problématique individuelle située dans le duo général
Le Chla ne présente pas seulement un modèle théorique
de développement en trois phases (union, brisure, réunification)
mais il apporte une réorganisation de la problématique posée
par celui qui cherche la signification existentielle de sa mort
dans son propre parcours d'homme.
Le Chla situe la question dans une perspective qui englobe au même
titre et dans une même dynamique les couplages divers qui se situent
- dans l'espace de la Création (les cieux et la terre),
- dans le temps de chaque séquence temporelle (le soir et le
matin),
- dans le temps étendu de l'histoire du peuple juif (les fils
de Yéhouda et les fils d'Israël),
- il relie en un même raccourci d'analogie ou d'identité
ces différents couplages brisés (le rassemblement
des exilés
comme le jour où furent créés…),
- il relie en un même raccourci la phase du début
et la phase de la fin au delà de la brisure (le rassemblement
des exilés comme le jour où furent créés).
Nous relions ici les commentaires du Chla qui sont éparpillés
dans son oeuvre sur ce thème et nous voyons alors que le Chla dépeint
exactement, selon le même modèle,
- la mort individuelle,
- le rassemblement unificateur des exilés,
- la réunion du soir et du matin.
Il décrit cela dans son commentaire Chaâr hachamayim
sur la bénédiction yotsér or ouvoré
'hochékh ("fait la lumière et crée l'obscurité")
qui précède le Chémâ Israël dans
la prière du matin.
Il s'appuie sur le Rambane
qui commente le verset "et D.ieu distingua entre la lumière et
l'obscurité" (Béréchite 1, 4) :
D.ieu a d'abord imposé une réduction de la lumière
initiale pour constituer la partie nommée obscurité, c'est
pourquoi la lumière est nommée en premier dans le verset
"forme la lumière et crée l'obscurité" puis "il y
eut un soir, il y eut un matin", puis "jour un".
Les séquences se suivent dans l'ordre : lumière-obscurité-soir-
matin-jour-un". Il faut regarder avec attention la dynamique très
nuancée et "éclairante" qui nous est présentée
:
1. certes, la lumière est première,
2. mais elle n'éclaire que les mondes élevés
3. et elle se voile pour pénétrer sous la forme de l'obscurité
dans nos mondes inférieurs ;
4. elle les éclaire alors de l'intérieur, les assume
5. et elle rejaillit en lumière éclairant ce monde pour
parvenir à un "jour" qui réunit les mondes ;
6. pourtant, sans que l'on puisse en ce monde voir la lumière initiale.
7. Mais on peut cependant atteindre ce que D.ieu nous propose alors :
la paix créative comme le dit la fin de cette bénédiction
qui précède le Chémâ
:
yotsér or ouvoré 'hochékh, ôssé chalom
ou voré éte hakkol
("forme la lumière et crée l'obscurité, fait la paix
et crée tout").
Voici, pour rendre sensible, cette photo de la pleine lune se levant
hier soir sur Jérusalem pour l'éclairer et gagner sur l'obscurité, après
Chabbate.
(Photo de l'auteur, en direct, sans aucun montage, le 15 Tamouz, sur le
quartier d'Arnona à Jérusalem, depuis la fenêtre de ma cuisine)
Alors, les luminaires symboliques (soleil et lune) de ce monde nous informent
de cette lumière essentielle (lien
ici).
Alors, elle imprègne la terre et ceux qui l'habitent, comme
le dit la suite de la bénédiction :
hamméïr laaréts véladarim âléya
véra'hamim…"qui éclaire de sa miséricorde la terre
et ceux qui l'habitent sur elle".
Chacun, s'il médite ces textes dès la prière du
matin, pourra expérimenter leur fonction pédagogique et structurante.
C'est dans cette situation que nos poèmes manifestent leur vibration.
Retour à Piné'has et au corps
Le Chla applique ensuite ce modèle de réunification ultérieure
non seulement à la mort individuelle, mais également aux
différents couplages touchés par la brisure et cités
par Ribbi Yo'hanane.
Si nous revenons à la lecture du commentaire de la paracha Piné'has,
nous allons voir aussi qu'il l'applique en particulier au corps
quand il est touché par la mort.
..."Et également la terre qui est la matière sera pleine
de connaissance et ensemble ils seront purs en bas.
Et ils recevront le flux d'abondance depuis en haut et seront vivants
pour toujours dans le corps et dans le néféche.
Comme dans le temps de la Création."…
La perspective présentée par le Chla ne consiste pas simplement
à dire : "il y aura une résurrection des corps que l'on nomme
la résurrection des morts", conception qui serait un simple cadre
sur le plan cognitif. Il parle d'une réunification des différentes
composantes de l'homme dans l'excellence du flux de la vie initiale qui
réinstaure l'unification première en son état de bonheur.
Situer le présent en perspective
Ainsi le corps, aussi bien celui de l'homme vivant que celui qui passe
par l'état de la brisure de mort, doit dès maintenant
être considéré dans cette perspective de haute qualité
:
- celle de son origine première et de sa position première,
- celle qu'il retrouvera et qui sera d'égale excellence.
Arrivée aux mitsvotes concrètes
L'anticipation de vie unifiée
Cette approche que nous présente le Chla du parcours du corps à
travers la vie et la mort est très élevée ; mais
l'homme rencontre dans son expérience sensible et réelle
les réelles brisures (maladie-souffrance-mort). Il ne peut pas
assumer seulement sur le plan philosophique et cognitif cette proposition
de la tradition juive. Le Chla aborde immédiatement cette question.
..."C'est que l'homme, alors,
dans sa splendeur ne put subsister dans la nuit et il a abimé,
et a été décrétée envers lui
la mort". (Cela se réfère au psaume 49, 13).
omnam natane Hachém lanou Torate éméte ché
âl yadah nizké léâtid
"mais le Nom béni soit-il nous a donné la Torah de vérité
et, par elle, nous mériterons de bénéficier de l'avenir"…
Ce serait une lecture trop légère que de lire ici l'expression
"la Torah de vérité" simplement comme si l'on disait la
vraie Torah, la Torah qui dit la vérité et possède
la vérité. En effet, si le Chla utilise cette expression
dans ce contexte, c'est parce qu'elle comporte un contenu spécifique
très précis dans la tradition juive qui la met exactement
en réponse avec le problème que nous explorons.
L'expression éméte (vérité) est à
prendre dans toute la richesse des lettres qui la composent et sur lesquelles
existent de multiples enseignements sûrs et rigoureux.
Une première approche, accessible, sans aller jusqu'à la
richesse de la qabbale, pourrait être trouvée dans le livre
du Maharal
de Prague Nétivote ôlam, dans le chapitre Nétivote
haéméte où il montre le développement
respectueux, complet et temporel de la dynamique de vérité
qui intègre le début

(la première lettre de l'alphabet : aléf), jusqu'au
milieu (la lettre médiane de l'alphabet : mém) et
jusqu'à la dernière parcelle d'existence et de temps (la
lettre finale de l'alphabet tav).
Note sur le Maharal de Prague. Rabbi Yéhouda Lœw ben Betsalel
est né à Pozna (1512-1609). et descendait du roi David.
Son image comme rabbin de Prague, sa pensée et ses livres en ont
fait l'une des figures les plus créatrices et les plus complexes
de la période de la Renaissance. Il a mis en valeur la structure
logique des récits haggadiques du talmud dans Béer Haggola,
le Puits de l’Exil. En français, le renouveau des études
maharaliennes fut essentiellement l'oeuvre d'André Neher, et également
de ses élèves, Théo Dreyfus et Benjamin Gros. Voir
sur ce lien les études André
Neher sur le Maharal.
Pour synthétiser, et faisant rejoindre cette approche avec ce que nous
présente le Chla dans ces phases ternaires, nous pourrions lire
le mot éméte (vérité) en acrostiche,
simplement pour les mémoriser :
aléf comme initiale de or, la lumière initiale
(première phase),
mém comme initiale de mavét la mort (seconde
phase),
tav comme initiale de té'hiya, la résurrection
ou tiqqoune, la restauration-réparation (troisième
phase).
Voyons alors comment le Chla situe les demandes de la Torah dans cette
perspective :
…"et Il nous a donné des mitsvotes, et leurs noms même
nous enseignent sur cela et elles sont une touche de cette réalité,
l'éternité du corps comme celle du néféche"…
Ainsi, l'acte des mitsvotes, avec leur dimension intégrée
(affective, intellectuelle, spirituelle, relationnelle), est déjà
en quelque sorte une participation éternelle à ce monde
à venir, dans la perspective d'un projet éternel qui ne
sera pas aboli. Chaque mitsva réalise ainsi, à petite échelle
de notre acte, une transformation sur ces trois étapes, une réparation,
un tiqqoune.
Si
nous vivons cela dans le plus concret de l'existence ; aujourd'hui,
l'attention devient plus grande envers les "malades-terminaux", envers
l'humanisation des hôpitaux, une amélioration immense est
encore à entreprendre pour l'accompagnement des malades qui ne
sont pas des diminués mais, au contraire, vivent le sommet de l'expérience
humaine. Leur état est celui de la pauvreté absolue, comme
dit le Talmud ; en raison de cela, on doit faire que nous leur soyions
davantage encore présents dans la dignité. J'ai écrit
un livre sur cette relation d'accompagnement pour aider ceux qui ont à
l'assumer (famille, soignants, médecins), intitulé
: "La relation avec le patient" (Ed. Privat-Dunod, Paris).
Il complète cette étude dans les attitudes les plus concrètes
pour faire réussir la vie jusque dans les moments les plus douloureux
et inévitables des passages par la mort
Etude supplémentaire :
Dans la paracha, dans le même axe, les filles de Tsélof'had
après sa mort demandent à hériter pour vivre. Elle
obtinrent gain de cause. La solution juste du problème de la mort
assure la vie dès maintenant et le bonheur de chacun. Voyez
le dossier ici.
Poème sur ce thème
Il va de soi que, dans le contexte des réalités si essentielles,
si vitales et si intimement personnelles pour chacun que celles de cette
paracha, tout poème communiqué est fait de ces niveaux ;
le dire est un prix que l'on paie uniquement pour la relation où
les lecteurs cherchent à entrer davantage dans la Torah, avec toutes
les dimensions de tête, de relation, de spiritualité, de coeur
et d'action.
Ainsi, le poème "Avant
de partir", tiré de mon livre Jérusalem et l'Homme-bible,
est un poème authentique écrit par mon épouse
Yémima Nicole, zal, avant le grand passage lors de
son décès.
Force positive de la femme juive, comme toutes celles qui firent sortir
le peuple
d'Egypte
et parvinrent
toutes à sortir du désert. Lucidité et force totales
même dans la détresse absolue où tout mot dit, est
prière et présence au destin donné, accepté
et toujours piloté debout.
Devant sa force, les médecins et infirmières me prirent à part et me
dirent: "nous ne comprenons pas, dans ce service c'est toujours le tristesse
et le silence, vous savez tous les deux ce qui va se passer incessamment
et nous vous entendons toujours rire ensemble. J'ai répondu la vérité:
mais nous sommes
heureux
tant que
nous sommes
ensemble"...
Et, même dans la déchirure et la souffrance, la vie n'est pas quittée
en passant à l'autre vie. Mi qodéchéche lé
qodéche, de la sainteté-vie à la sainteté-vie.
Ce n'est pas le peuple seulement de Moché et de Piné'has
mais aussi de Myriam, Judith et Dévorah.
Ainsi, cela nous montre simplement
- que nous sommes guidés en bonté,
- que nous ne le savons pas,
- que même ce que l'on se dit dans le secret en bonté
est porté et voulu d'abord par Celui qui est l'union, le destin
de bonté,
Si cela est ainsi, ayons aussi confiance de même en l'avenir,
pour toute la vie. La lucidité et la force et la confiance ne devraient
jamais nous quitter, nous membres d'un peuple qui a reçu ces
lumières. Et les horreurs des leaders corrompus sur tous les plans ne
doivent jamais nous faire quitter la lumière inaltérable et prendre prétexte
pour nous décourager et fuir.
De plus, le Créateur seul connait Ses motifs ; ce qui est marches de
vies et de morts successives n'est qu'une même trajectoire dans Sa
vie. Lisons
le psaume 23 (lien du commentaire), chaque mot le dit.
Cela est dit à chacun car cela n'est pas dit à l'un ni
à l'une comme seul individu, mais à tout Son peuple. "Même
si mon père et ma mère m'abandonnaient, Toi tu es avec moi"
dit le psaume.
Alors, sur quoi nous appuyer ? Non pas sur les seuls signes personnels
; ils doivent être seulement rappels de l'histoire des promesses
au peuple, et de ses victoires et de ses assurances.
Aucune persécution, aucune autre religion qui veut nous supplanter
ne brisera cette union. Aucune autre n'a été fidèle
à la mila, la circoncision qui scelle dans la chair le nom
et les voies de sa connaissance en sainteté. Ni à toutes les mitsvotes.
Et un jour, tous les peuples reconnaîtront que ce peuple juif est
seulement bénédiction. Ce jour-là, un peu tard,
ils voudront rejoindre, non plus pour détruire ni espérer
convertir à leurs scénarios dans la perte et l'infidélité,
mais pour entendre et voir la Torah de vie.
D'ici-là soyons fidèles, et joyeux et forts pour mériter
d'être Israël et Ra'hel. Lisez le 1e chapitre du Livre de Yehoshua,
tout est dit là.
En voici un extrait: "...comme j'ai été avec Moïse,
je serai avec toi, je ne te laisserai faiblir ni ne t'abandonnerai. 6 Sois ferme
et vaillant!
Car c'est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que J'ai juré à ses
ancêtres de lui donner. 7 Mais sois ferme et courageux, en t'appliquant à agir
conformément à toute la doctrine que t'a tracée Mon serviteur
Moïse: ne t'en écarte à droite ni à gauche, pour que
tu réussisses dans toutes tes voies. 8 Ce livre de la Doctrine ne doit
pas quitter ta bouche, tu le méditeras jour et nuit afin d'en observer
avec soin tout le contenu; car alors seulement tu prospéreras dans tes
voies, alors seulement tu seras heureux. 9 Oui, Je te le recommande: sois fort
et courageux, sans peur et sans faiblesse! Car Hachém, ton Dieu, sera
avec toi dans toutes tes voies."
Ce très long enseignement écrit ici n'est qu'une goutte du fleuve
que nos Sages ont transmis dans leurs commentaires sur ces sujets dans chaque
verset et sur chaque mot de cette paracha Piné'has.
Dans les applications, le Chla en tire que nous devons être forts
et déterminés et courageux comme Piné'has.
Rabbénou Bé'hayé applique cette détermination
dans la vie des mitsvotes d'abord au sauvetage de la mort envers les
prisonniers. Il ne s'agit pas seulement de la philosophie de "notre"
mort.
Cela, après la précision de l'amour réel, rend
impérieux le sauvetage de
nos frères prisonniers (lien ici), des Juifs
perdus par les conversions forcées ou par les persécutions
, des rescapés
de la Choah mourant de faim par les vols de nos responsables et politiciens
envers eux chez nous (lien ici), par les forces de l'assimilation.
Sinon notre Torah n'est pas Torah
de
vie
mais
tromperie.
Conseils pour la lecture de la paracha (nouveau bar mitsva ou
autres lecteurs)
Nous avons écrit "Piné'has" et non pas "Pin'has" ou Pine'has.
Le é de Piné'has doit être nettement prononcé.
Cela pour deux raisons :
- le i de la première syllabe est une voyelle longue comportant
les deux signes de la voyelle i. Après une voyelle longue, le chéva
(voyelle composée de deux points sous la lettre) doit être
prononcé fortement. Il faut se reporter à
la page qui traite de cette question. Nombreux sont ceux qui l'ignorent
et font beaucoup de fautes graves dans la lecture de la Torah ou
des prières.
- Le 2e motif est qu'il y a un métég ou frein
sous la première lettre de Piné'has pour bien mettre en valeur
la question précédente. Ainsi, on évite de faire la
faute quand on ignore les règles grammaticales. Etudier ici la
page du métég.
Exercices de mémorisation :
(Bamidbar 25, 10-11)
Vayédabbér Hachém el Moché lémor
Piné'has bén Elâzar bén Aharone haccohén
héchiv éte 'hamati méâl bnéi Yisrael
béqaneo éte qineati bétokham
vélo khiliti éte bnéi Yisrael béqineati
Hachém parla à Moché en disant :
Piné'has, fils d'Elâzar, fils d'Aharone le prêtre,
a détourné ma colère de dessus les enfants d'Israël
en assouvissant ma vengeance au milieu d'eux, en sorte que je n'ai pas
anéanti les enfants d'Israël dans mon indignation.
Bamidbar 26, 53 :
Lééllé té'haléq haaréts
béna'hala bé mispar chémote
A ceux-là sera partagé le pays comme héritage
selon le compte des noms.
Le Chla :
Vé éïne lo taqana élla bichévira,
zohi hammita...
Et il n'est pas de réparation de ce dommage si ce n'est par
une brisure, et c'est cela la mort...
Sur ce thème délicat, exceptionnel et important,
osez organiser un échange-discussion par l'étude de cette
paracha
dans le couple, en famille, entre amis, ou dans la communauté
car les défis de la mort-vie y sont toujours présents.
Cette paracha traite d'un thème rarement abordé et qui,
cependant, concerne chacun et ses proches : la traversée de la
mort.
Ce peut être l'occasion de trouver les mots ensemble pour essayer
de comprendre et d'échanger.
Les partenaires de l'échange lisent tous cette étude préalablement
et la paracha, même en français.
Ensuite on se réunit, en délimitant la durée de
l'échange,
on nomme un animateur, on débat... en s'efforçant de s'exprimer
et surtout d'écouter (chémâ Yisrael !) et
de se "modérer" les uns les autres.
Ainsi, l'étude est confrontée à l'expérience
personnelle, à la pensée personnelle, l'échange
augmente les lumières, et on garde les textes à portée
de main pour qu'ils soient toujours le repère.
Mettez le fruit de vos échanges sur le groupe de discussion, pour
que d'autres en profitent. Vous accomplirez ainsi toute la mitsva de
l'étude,
car elle n'est pas accomplie si elle ne va pas jusqu'à l'enseignement
: étudier et enseigner (lilmod ou lélamméd).
Question posée par une lectrice: L'héritage
par les femmes.
La paracha de Pinhas m'a posé cette question :
"quel est le rôle de ces femmes, les filles de Tsélof'had,
dans la succession des terres, alors que la succession était
patriarcale ?"
Réponse
Votre question porte sur l'épisode de Bamidbar ch. 27 des filles
de Tsélof'had, ce porteur de bois (Bamidbar 15, 32-36). Au
milieu d'un long passage portant sur les mitsvotes, il est rapporté
que cet homme, un ignorant, viola le Chabbate pour des motifs divers
; certains de sa génération pensaient que les mitsvotes
ne s'appliquaient plus à eux puisqu'ils n'entreraient pas
dans la terre promise.
Partant d'un bon sentiment, il a transgressé le Chabbate pour
voir ce qui se produirait ; il obtint la sentence de mort et enseigna
ainsi à Israël de respecter le chabbat. Erreurs multiples
de discernement : transgresser pour enseigner, décider par
soi-même
au lieu de demander à ceux qui sont compétents, penser
que les bons sentiments suffisent. Toujours est-il que, malgré
la sanction, son acte fut reconnu comme venant d'un coeur pur. Cela,
comme pour les fils de Aharone, Nadav et Abihou qui moururent par
excès
de zèle ; leur acte est réprouvé, mais leur intention
est louangée par la tradition.
Les filles de Tsélof'had virent que leur père était
mort sans fils, son héritage allait disparaître. Dans
leur amour de la terre, elles revendiquèrent cet héritage.
Mais elles eurent la sagesse de ne pas suivre l'exemple erroné
de leur père, elles prirent conseil auprès de ceux qui
savent. Et, comme lui, elles étaient mues par des intentions
de qualité à l'intérieur du peuple. De plus,
privées
de père, elles crurent en la bonté du Père du
Ciel.
Il est remarquable de constater que Moché (qui avait appris
toute le Torah et l'avait reçue), fut incapable de répondre
à la question posée par ces femmes. Les commentaires
disent que l'on est là dans le 49e degré de sagesse.
La femme est toujours placée en nos textes au degré le
plus éminent
; ils soulignent qu'au sommet de sagesse, à la fin de Dévarim,
Moché est nommé au féminin comme le rappelle
la fin du échéte hayil (Proverbes ch. 31), ou
que Israël est nommé au féminin, de même
que la Torah est féminine.
Juste après cette question, Hachém dit à
Moché d'aller regarder la terre d'Israël.
La question que vous soulevez n'est donc pas seulement une question
de droit de succession. Elle nous montre le souci que l'on doit manifester
pour cette terre très spéciale et pour les mitsvotes
qui s'y rattachent. Voilà pourquoi cet épisode est situé
au centre du passage sur les mitsvotes. Pour l'attitude de ces femmes
dont nous avons à apprendre, pour leur zèle envers la
réalisation des mitsvotes.
Situons donc maintenant cette perspective sur ce que dit Rachi
et que nous avons précisé dans la paracha
Vaét'hanane (aller voir).
Rachi commente alors: "aval âl nachim lo nigzera
guézérate hameraglim, léfi ché héne
mé'habevote éte ha aréts, mais la condamnation
concernant les explorateurs n'était pas tombée sur
les femmes car elles chérissaient la terre (d'Israël)".
Il continue : les hommes disaient (Bamidbar 14, 4) : "donnons-nous
un chef et retournons en Egypte" (comme aujourd'hui, certains disent
: restons-en là, trouvons un autre chef et décidons
de tout cela selon la Torah des Etats-Unis et de l'Europe"), tandis
que les femmes disaient (Bamidbar 27, 4) : "donne-nous un héritage",
et voilà pourquoi les femmes ont hérité dans
les versets suivants alors que l'usage faisait que la transmission
de
l'héritage passait par les hommes.
C'est le commentaire de Rachi. Il est certain qu'il a en tête
cette espérance indéracinable qu'il y avait déjà
chez Myriam seule quand tous les autres et tous les hommes étaient
écrasés par l'esclavage, et l'espérance indomptable
des accoucheuses juives qui refusaient d'obéir au Pharaon,
et la certitude de Myriam qui sauva son frère bébé,
assurée que l'avenir serait retourné par Hachém.
(Lire les commentaires de Rachi sur Chémote 1, 15-19 et 2,
1).
Voilà, disent nos commentaires, pourquoi on la nomme Hannévia
(LA prophétesse) car ce Ha fait
l'éloge,
par la lettre hé,
de la présence de Hachém qu'elle savait garder
vive en elle. Et voilà pourquoi, dans le même sens,
on dit hattof en parlant de son tambourin, "le" tambourin.
(Voir aussi l'étude sur la
paracha Chémote).
Que le mérite des femmes d'Israël sauve aujourd'hui
notre génération comme il a sauvé celles-là
!
Et qu'elles parviennent à calmer les explorateurs agités
et réformistes qui voudraient nous démontrer qu'il
faudrait, aujourd'hui exceptionnellement, abandonner notre héritage transmis
sans faille par toutes les générations qui ne nous ont certes
pas mandatés
pour l'abandonner en leur nom. Que ces femmes d'Israël nous
apprennent donc à chérir comme elles cette terre, lé'habev
éte ha aréts.
Si quelqu'un a eu le malheur d'être expulsé de son
appartement, il sait physiquement ce que c'est, dans son ré'hem,
dans son ventre ; il nous faudrait ressentir de cette manière
l'horreur que l'on commettrait en séparant ainsi cette terre
de Celui à qui elle appartient. Et qui, comme dit le premier
Rachi de toute la Torah (Béréchite 1, 1), "Il
la donne à qui Il veut". Il vaut mieux ne pas jouer
avec ces choses là quand nous avons tous nos enseignements.
Notre histoire s'est toujours déroulée selon ce
qui est écrit.
Nous le savons.
Donc, pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ?
En réponse à une autre question de lectrice, ajoutons
ceci :"pourquoi ces femmes héritent-elles aussi ? alors
que ce n'était pas l'usage".
Rachi l'explique à un autre niveau sur le verset de Bamidbar
26, 36. Il se place d'abord au niveau du pchate : les hommes
recensés sont en tout 65.
Puis, il passe au niveau du sens du middrache qui extrapole
symboliquement : le texte de Devarim 7, 7 dit "vous êtes le
moindre (hameate) de tous les peuples" (65 au lieu de 70).
Puis Rachi apporte une lecture par allusion (niveau du réméz)
basée sur le jeu des lettres : hameate qu'il traduit "5
en moins" ; en effet la lettre hé vaut 5. Cela lui
permet de dire "vous êtes 5 de moins que les familles de toutes
les nations qui sont au nombre de 70". En effet, il est bien connu
que dans la tradition juive, le chiffre 70 symbolise toutes les
nations du monde.
Que veut dire Rachi, ou plutôt vers quoi veut-il nous orienter
qu'il ne dit pas, tout en plaçant le poteau indicateur? C'est
que son réméz nous oriente vers le secret, le
niveau du sod qu'il montre pour les lecteurs qui connaissent.
Il est possible de l'expliciter simplement, sans entrer dans
des sphères hors de notre portée. Israël est 65,
c'est le chiffre de la guématria du nom divin Adonoute,
donc Israël
est le
peuple de la Présence divine dans le monde, il est plus
petit que tous les autres comme la Chékhina est discrète
et pauvre et fragile, mais il a la présence de Hachém (ce
hé, 5, invisible). C'est dans cette mesure-là qu'il
peut jouer sa fonction d'être cohén lagoyim, prêtre
pour les nations par la lumière de la Torah qu'il pratique, or
lagoyim.
Mais pour jouer ce rôle pleinement, ce 5 nécessaire devrait
être plein et non pas seulement en potentiel, voilà pourquoi
les 5 filles de Célof'had ont été ajoutées
au 65 et ont eu les mêmes droits que les hommes. Elles le méritaient
d'autant plus qu'elles étaient l'excellence de la présence
divine en tant qu'humain, et en tant qu'aimant la terre qui est
le lieu
de la présence divine, éréts haqqodéche.
C'est par cette inclusion de la reconnaissance des femmes que
le peuple peut jouer ce rôle qu'il a à jouer dans la
Création
envers tous les peuples. Israël est alors 70, de même que
Joseph est allé avec 70 en Egypte pour réassumer toute
l'humanité, et de même que nous offrions 70 sacrifices
à Souccotes pour toutes les nations du monde.
Ceci n'est que commentaires stricts et rapportés de notre tradition,
sans adjonction de notre part. Ceux qui disent que Rachi n'expose
que le niveau simple du pchate (sens littéral) ne l'ont certainement
pas bien lu. Car, pour lui, le pchate comprend tous les autres
niveaux.
Comme toujours, Rachi fait franchir les niveaux, les relie et ne montre
que la direction du niveau le plus important. Qui connait sa méthode
sait dans quelle direction regarder et chercher.
Si un lecteur voulait comprendre la présence des 4 niveaux
du sens dans un verset, il en a eu ici l'exemple.
Notes -
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abordé.
Par
exemple sur le mot "mort" (lien ici).


(Photos de nombreux immenses perroquets verts tournoyant devant ma
fenêtre à Jérusalem)
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